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Librairie Lucioles
13-15 place du Palais 38200 Vienne Tél : 04 74 85 53 08 Fax : 04 74 85 27 52 ![]() Littérature française
Dans la cathédrale
Christian Oster
Minuit 13,50 €
Oster a le don de camper dans ses romans avec un talent certain pour l'humour pince sans rire, des personnages un peu à côté de la plaque, des hommes qui ont du mal à se colleter avec la réalité matérielle. « Dans la cathédrale » son quatorzième ouvrage chez Minuit ne dérogera pas à cette règle, pour notre plus grand plaisir. Jean a cinquante cinq ans, pas d'enfants, une relation amoureuse sur le déclin. Il est chroniqueur pour un journal de province dont le siège est à Chartres. Jean n'est pas un homme ambitieux, ni vraiment assidu « je travaille moins bien l'après-midi, surtout quand je n'ai rien fait le matin ». C'est un homme un peu gris, un peu triste, pas très disert, prêt à quitter Paris : le déclencheur sera Elizabeth, une femme d'à peu près son âge qui vient d'emménager dans son immeuble, elle le connaît, lui ne se souvient plus d'elle, ça le gêne. Il part pour Chartres, ou plutôt pour Langeville, à côté. Il n'y cherche rien en particulier, n'a pas le projet de « prendre du recul » ou de se remettre en question, il marche juste un peu à côté de ses pompes, intrigué plus que dérangé par les contingences du quotidien. Ce ne sont ni une chute de vélo, ni la platitude désolante de la Beauce, ni un probable licenciement de son journal qui vont perturber Jean, mais une photo, de femme, la future épouse de son rédacteur en chef pour être précis. En réalité l'amour qu'il en vient à éprouver est aussi évident pour lui qu'un mur de briques, il ne peut pas, n'envisage même pas d'y échapper, il est comme Tristan devant Yseult, l'idée que le coup de foudre ne sera pas réciproque ne lui effleure même pas l'esprit. Oster décrit avec une maîtrise rare de l'humour noir un personnage en apparence tiède, sans conviction, incapable de résister à la volonté d'autrui. C'est en réalité un timide qui a une trop grande conscience de lui et du monde qui l'entoure, on rit de ses hésitations car elles sont les nôtres, on rêve de son obstination car elle nécessite un art du renoncement que nous n'atteindrons sans doute jamais. |