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En finir avec Eddy Bellegueule

Littérature française

 
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En finir avec Eddy Bellegueule

Edouard Louis
Seuil
17 €

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Eddy Bellegueule, c'est un nom avec lequel il faut composer, surtout lorsque l'on parle avec une voix légèrement plus aiguë que les autres, quand on a des manières, quand on est un peu efféminé. Et encore plus lorsque l'on vient d'un village de Picardie où les hommes se doivent d'être des durs, afficher un embonpoint signifiant que l'on mange à sa faim, un goût pour le football et la poitrine des femmes. Pas question d'aimer le théâtre, les tenues féminines et les chanteuses de variétés. Mais Eddy refuse cette famille, sa vulgarité, son racisme. Et quand ce ne sont pas ses proches qui le ridiculisent, c'est la violence physique, au collège qui le rattrape afin de rappeler sa différence. D'abord l'envie de correspondre aux standards, de faire plaisir à son père, à sa mère en sortant avec des filles, en apprenant par coeur le nom des joueurs de foot. Mais se trahir pour ne plus être brimé, battu, Eddy ne peut pas. Il faudra fuir, quitter le village afin de se donner une chance. Aujourd'hui Eddy s'appelle Edouard, il étudie la sociologie et vient de publier un ouvrage sur Bourdieu. Finalement, la chance a été saisie.

Ce livre est étonnant car il est sous-titré : roman, alors qu'il n'a rien d'un roman. Dans ces pages, Edouard Louis raconte son enfance, dont il n'a apparemment aucun souvenir vraiment heureux. Sans apitoiement, il pose le contexte, donne les faits, tente de les comprendre, de les expliquer. Pour ses parents, aucune haine, aucune rancoeur, parfois même un peu de tendresse. Se dégage l'image de gens qui n'ont pas su comment réagir face à l'inconnu, qui ont rejeté la différence de leur fils car ils ne savaient absolument pas quoi faire d'autre. Malgré tout, on peut sentir une forme d'amour, mal exprimée, complexe, mais sincère. Quand Eddy cherche à s'enfuir et se fait rattraper par son père, ce n'est pas une dispute qui l'attend, mais une incompréhension : Pourquoi tu veux partir ? 

L'attitude des jeunes garçons de son collège est par ailleurs beaucoup moins acceptable, tout comme le rôle des professeurs qui ont sûrement remarqué ce qui se tramait, sans jamais intervenir. Mais même là, Edouard Louis n'accable personne et ne cherche pas à se défendre, à se placer uniquement en victime. Il parsème son récit d'ébauches d'analyses sociologiques, assez finement pour que le lecteur les remarque à peine, et intelligemment afin que son texte sorte du lot et ne soit pas comparé à tous les témoignages remplis de pathos qui occupent les rayons de beaucoup de librairies. 

Avec une grande clairvoyance, l'auteur ne s'épargne pas, livre au lecteur ses doutes, ses erreurs, ses hontes, ses pensées d'adolescent, même si elle peuvent choquer, heurter, ternir l'image de ce jeune homme. La violence de ce texte est parfois difficile à supporter, certaines scènes provoquent des réactions physiques. Mais il ne s'agit pas d'un simple étalage, la violence a son utilité car elle a existé, elle a été le quotidien d'un enfant, d'un adolescent, cette violence physique mais aussi morale, et elle a provoqué sa fuite, elle est même l'origine de ce roman. S'il n'y avait pas eu ce rejet, ces coups, ces insultes, ces brimades, si Edouard Louis avait été un enfant accepté par ses parents, même homosexuel, même efféminé, jamais ce livre n'aurait eu de raison d'être.

 

 

A propos de l'auteur...

 

Édouard Louis a 21 ans. Il a déjà publié Pierre Bourdieu : l'insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.