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La ballade de Bobby Long

littérature étrangère

 
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La ballade de Bobby Long

Ronald Everet Capps
Rue Fromentin
23 €

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Byron Burns et Bobby Long. Deux anciens professeurs d'université, alcooliques et sans le sou qui vivent dans une chambre d'hôtel miteuse à la Nouvelle Orléans, en compagnie de Lorraine. Lorraine a été belle, elle a été magnifique, mais elle n'est plus qu'une vieille folle obèse, dont la main est toujours fourrée dans un paquet de chips. Le trio fonctionne, la vie peut sembler belle. Mais Lorraine décède subitement, et à la porte des deux hommes apparaît un petit bout de femme de 17 ans. Hanna, fille de Lorraine, venue pour récupérer le chèque de pension de sa mère avant de rentrer dans le trou minable où elle ne fait pas grand chose de sa vie. Le rayon de soleil dans le quotidien embrumé de mauvais tabac des deux hommes. Ils veulent l'aider, pour la beauté du geste, pour la mettre dans leur lit aussi, évidemment. Elle ne se laisse pas faire, elle prend l'éducation mais leur laisse les fantasmes. Ils ont tous à y gagner. Bobby et Byron peuvent encore être utiles, et Hanna n'a pas encore l'âge d'avoir raté sa vie. Et si Lolita allait étudier chez Bukowski ? 


Rares sont les romans où l'on se dit, dès la première ligne : Ce livre est formidable. Avec quelques mots, Ronald Everett Capps plante le décor. Une caravane sordide, pas d'argent, un homme à la vie quasiment derrière lui, un loser abîmé dont le seul but consiste à tenir jusqu'à la prochaine vodka orange. Un type minable mais attachant. C'est Byron. La chance, c'est qu'ils sont deux. Bobby Long, le prolixe Bobby Long, est de la partie. L'homme capable en une seule phrase de réciter de la poésie et demander à son interlocutrice de bien vouloir montrer "un petit bout de foufoune". La grâce et la vulgarité. L'instruction et la déchéance. Ils sont beaux, ils sont lourds, usants, mais on ne veut pas les quitter. 

L'ambiance est plus vraie que nature. On s'y croit. Dans la chambre d'hôtel, dans la maison à moitié repeinte, dans les canapés défoncés avec les sans-abris, dans la cuisine qui pue la graisse et l'alcool, et la sueur rance. Et au milieu, Hanna, un personnage à mille lieues du décor, la fleur dans le tas de purin. On craint pour l'honneur de cette petite, coincée avec ces deux vieux dégueulasses bukowskiens, et on se retrouve dans un roman de Carson McCullers ! Il y a une grâce qui se dégage de cette histoire, un grain particulier qui râpe la langue mais donne envie de continuer, de ne s'arrêter qu'à la dernière page, à la dernière ligne avec la mélancolie de laisser partir ce trio atypique et bien brossé. 

L'écriture de Ronald Everett Capps enchante, transporte, emmène en vacances, elle prend aux tripes, elle fait rire de ces deux larrons en foire avec leurs dialogues interminables et insupportables qui résonnent comme une petite musique d'ambiance. Personnages charismatiques, orateurs hors du commun, grands enfants apeurés, ils sont réalistes, ils ont des faiblesses, des failles, mais ils sont bons. C'est un livre qui s'inscrit dans la lignée des grands romans américains, sur la misère humaine, la descente aux enfers et la rédemption inespérée. C'est un texte brillant, intelligent, bourré de références, totalement prenant... 
Un roman comme un grand rayon de soleil, qui réchauffe et laisse sur la langue le goût des vodkas-orange et des cigarettes bon marché, fumées sous le porche d'une maison mal finie de la Nouvelle Orléans.