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La couleur de la nuit

Littérature étrangère

 
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La couleur de la nuit

Actes Sud
Madison SMARTT BELL

traduit de l'américain par Pierre Girard


22 €

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Depuis 2001, il y a eu déjà quelques romans qui ont pris pour toile de fond l'effondrement des tours, qui ont utilisé cet évènement comme symbole d'une Amérique châtiée, victime, ignorante dans ses fantasmes d'Empire, du monde autour d'elle... que sais-je encore ?

Mais aucun n'avait osé une entame pareille : Comme mon coeur a chanté quand les tours sont tombées ! Une telle poussée de force pure, se tordant, se désagrégeant, s'épanouissant en ce gigantesque astre de ruines avant de jeter au sol toute sa substance... Ces escarbilles semblables à des moucherons qui tournoyaient tout autour s'avéraient être des mortels jaillissant des flammes. Drapés dans le linceul de leur cris, ils descendaient. Si j'avais su que la mort pouvait en détruire un tel nombre !... en l'espace d'un instant.
Et là, au milieu de ce chaos, de cette désolation passée en boucle sur tous les écrans du monde, le visage hurlant d'une femme. A peine quelques secondes. Mais pour Mae, la narratrice, qui vit en ermite aux portes du désert, ces quelques secondes suffisent pour reconnaître une ancienne compagne et raviver un souvenir vieux de trente ans.
Ne pensez pas trouver ici une belle et romantique histoire d'amour, même si Mae et Laurel se sont rencontrées à Los Angeles à la fin des années 60 et qu'elles ont vécu en communauté... le Flower Power avait pour elles un goût de fleurs du Mal.

Le texte est ramassé, les chapitres, courts, dévoilent peu à peu l'un des pires traumatismes américain.
Avec une force rare, SMART BELL impose à chaque page ses propres visions et, entre les lignes, un regard sans compassion sur une Amérique aveugle qui refuse de comprendre qu'elle fabrique aussi des monstres.
Et quand, dans un entretien donné au Matricule des Anges (1), l'auteur cite Joan DIDION et Flannery O'CONNOR comme inspiratrices, on comprend mieux le recul de son regard sur la folie et la mort.

Michel Edo

 

(1) Matricule des Anges n°128 novembre-décembre 2011, Entretien Madison Smartt Bell p. 40-42