Librairie Lucioles
13-15 place du Palais
38200 Vienne
Tél : 04 74 85 53 08
Fax : 04 74 85 27 52
Le Château

littérature étrangère

 
Fiche précédente  |  Fiche suivante
Retour à la liste des lectures

Le Château

Edward CAREY
Grasset
22 €

Réservez ce livre
 

 

Quelque part au large de Londres, pourquoi pas en pleine époque victorienne, au milieu d'une décharge considérable, se dresse un manoir de bric et de broc, seule trace d'ordre surnageant dans un chaos indescriptible de ferrailles et de déchets. Ce château, c'est la demeure des Ferrayor, illustre famille dont le nom fait verdir toute personne habitant au delà des murs du dépotoir.

 

Les ferrayor, ce sont les maîtres de l'ordure, les adorateurs de l'objet inutilisable. Une famille repliée sur elle même et une société de caste parfaitement hierarchisée qui fonctionne grâce à la stricte obéissance à la Règle de chacun de ses membres. Ils trient, recyclent,réparent peut-être, ce n'est pas bien clair, toutes les immondices dont le monde se défait et sont grâce à cela immensément riches. Mais leur richesse ne les autorise qu'à se savoir riches et craints, et s'ils se sentent libres c'est uniquement dans les limites de l'enceinte du château... Au-delà est une terre à la fois trop vaste et trop méprisable pour eux... Et puis il y a cet océan de déchets mouvants et agité de tempêtes terribles qu'il faudrait franchir.

Seul le Grand-père, patriarche terrible de cette dynastie se rend à Londres chaque jour pour les affaires à bord de son train personnel.Il a réussi, comme ses aïeux avant lui à générer cette peur quasi divine qui à elle seul maintient l'ordre de cette étonnante communauté.

Evidemment la vie est monstrueusement dangereuse aux abords du manoir et gourmande de vies humaines. C'est pour cela que régulièrement, les branches les plus diluées de la famille sont rapatriées au domaine pour servir de main d'oeuvre. C'est ainsi qu'arrive l'impensable à la faveur d'une méprise, une non-Ferrayor va entrer au service du château : Lucy Pennant jeune rouquine insolente dont les parents sont morts réifiés (ça arrive). Sa fonction est de nettoyer les cheminées des parties hautes du château pendant la nuit et c'est au cours d'une de ses tournées qu'elle va croiser Clod un jeune ferrayor de sang pur -quoiqu'anémié- plutôt fragile de constitution qui a le don (mais en est-ce un ?) d'entendre le nom des objets. Il a beau être le souffre-douleur de ses innombrables cousins, il est, mais il l'ignore et c'est là tout le savoureux de l'affaire, qu'il est un élément fondamental de la famille, sur lequel se fonde de nombreux espoirs. Dommage qu'il soit par trop instable et rêveur, ça ne fait pas de très bons dictateurs. Cette rencontre va le faire vaciller sur ses faibles certitudes et il va se mettre à espérer un ailleurs plus vaste et plus clément. Pour cela il devra dans un premier temps découvrir les terribles secrets qui régissent toute la vie du manoir pour enfin pouvoir s'en émanciper.

C'est ce moment précis que choisissent les objets pour entamer ce qui ressemble bien à une insurrection.

 

Le château est un livre fantasmagorique, débordant d'imagination et de bouffonnerie. On ne peut s'empêcher de penser à la fois à Dickens et à Lewis Carroll, mais aussi à la grande beuverie de René Daumal. C'est un univers parfaitement structuré, on peut se référer au plans du manoir en annexes et aux innombrables portraits de la famille ferrayor qu'Edward Carey a peint parallèlement à l'élaboration du texte et qui lui donnent ce caractère à la fois enfantin et inquiétant.