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Zone 1

Zone 1

Colson WHITEHEAD
Gallimard
22.50 €

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-Tu lis de la SF ?

-Non, j'ai pas le temps.

-Et Zone 1 c'est pas de la SF peut-être ?

...

Oui, je me suis laissé aller à la faiblesse de classifier la littérature non pas en terme de qualité d'écriture, mais de genre. Et vous serez d'accord avec moi, quand un livre est bon, peu importe que ce soit un polar, un space opera ou un récit de voyage. Personne ne viendrait aujourd'hui dire qu'il n'a pas aimé la Route de McCarthy sous prétexte que l'histoire se passe après l'apocalypse. Après tout, on ne se pose pas de questions lorsqu'un roman se situe pendant la 1ere guerre mondiale, or l'apocalypse est un peu plus envisageable aujourd'hui que ne l'était à l'époque l'idée de s'embourber pendant quatre ans dans les tranchées de Verdun. La littérature est l'endroit de tous les possibles.

Et donc ou veux-je en venir ? A "ZONE 1", dernière publication en date de la collection le monde entier chez Gallimard et croyez-moi sur parole Ca vaut la peine de s'y pencher.

L'apocalypse a eu lieu, une peste sans nom a contaminé on ne sait pas comment une partie de l'humanité et s'est propagée comme un raz-de-marée au reste des populations par morsure : en dehors de quelques rescapés, la population mondiale erre en se cognant dans les murs et en perdant des bouts de doigts de pied à la recherche de chair fraîche : on est en pleine histoire de Zombie. Mais ici pas de Zoom raccoleur sur les tripes à l'air et les festins sanglants. Les survivants se sont organisés derrière un gouvernement provisoire (ah oui, cela se passe à Manhattan) tout à fait persuadé qu'avec quelques sponsors et une bonne dose d'autosuggestion les choses reviendront vite dans le droit chemin. C'est un peu l'idée que si vous fermez les yeux, les problèmes ne vous verront pas !

Mark Spitz le "héros" du roman est un être médiocre qui a toujours su éviter les succès et les échecs. Comment s'en est il sorti ? La chance et aussi la certitude qu'avec l'avènement d'une ère pragmatique, les médiocres deviennent des médiocres au carré, que l'absence de désirs de gloire comme de sentiments trop puissants en fait le peuple élu. D'ailleurs dans ce nouveau monde il est "ratisseur" c'est à dire un peu troufion et un peu équarisseur, il nettoie les étages des buildings des derniers zombies oubliés derrière les portes par les forces spéciales et il n'est même pas très bon dans ce qu'il fait : dans une scène d'ouverture à la tension insoutenable, il se fait attaquer par quatre secrétaires de direction en lambeaux et manque se faire bouffer la rate parce qu'il rêvassait.S'il s'en sort c'est uniquement parce qu'il fait tout ce qu'il entreprend sans espoir et sans passion.

Le roman est principalement constitué de retours en arrière et Mark Spitz devient un anthropologue de cette civilisation juste éteinte avec un regard sardonique sur l'inutilité de 99% des objets et des métiers qui existaient juste avant.

C'est comme un arrêt sur image pour faire le point sur la necéssité de cette course effrénée à l'avoir et au "bien-être" discount. Au final, qu'il s'agisse de Zombie ou d'une invasion de sauterelles peu importe : une civilisation décadente n'attend qu'une pichenette pour sombrer dans l'abîme. Et toutes les méthodes coué du monde n'y pourront rien de plus.

 

Très bonne lecture et bon appétit.