Cormier

  • Uzès ou nulle part

    Corinne Hoex

    • Cormier
    • 1 Octobre 2020

    Ce nouveau livre de poésie de Corinne Hoex convoque la figure du vent, figure sans repos qui nous enfonce dans l'impression d'un vide inaliénable qui ne nous trompe pas au sujet de l'univers poétique que nous révèle ce titre, Uzès ou nulle part : tout ce qui demeure hors d'atteinte, tous ces paysages intérieurs, sont rejoints, touchés. Et ce serait une profonde erreur que de croire y découvrir quelque légèreté après y avoir identifié une telle obstination à tâter le fond de l'existence pour approcher au plus près ces lieux où aucune paix n'est jamais acquise. Au-delà de l'expérience singulière, cette parole poétique resserrée comme nulle autre, désigne un dénuement extrême, comme elle montre cette fragilité secrète épousant les limites de l'expression, et où se joue la présence de ce qui s'est absenté, où se découvre un quotidien épuré de ses strates inutiles afin d'atteindre le plus démuni qui est aussi chez elle le plus dense, là où l'autre se trouve désormais : nous nous offrirons / l'un à l'autre / de beaux moments / de manque, écrit-elle. Ce sont les coups et blessures qui s'y dissimulent, que l'on pouvait croire un instant égarés ; et qui reviennent avec une précision de la langue, de l'expression, celle d'une passion qui embrasse le vent. Quelque chose d'une urgence, d'une brûlure traverse ce livre exceptionnel.

  • Le cercle des îles

    Luc Dellisse

    • Cormier
    • 16 Octobre 2020

    Les îles sont fertiles en aventures. Elles font scintiller les facettes d'une existence sortie de ses gonds - voyages, rencontres, pièges, amours, périls. Elles combinent au grand jour le voir et le non-voir. Elles permettent de faire le tour du monde sans perdre le fil.
    Malte, Porquerolles, Belle-Île, Manhattan, la Sicile, les Cyclades et tant d'autres, viennent coexister avec les terres intérieures, dans une exploration méthodique de l'enchantement insulaire.
    À travers cette suite d'escales dans les îles de la mémoire, le livre nous fait découvrir l'existence d'un royaume dont l'invention remonte à l'enfance. Nous retrouvons ainsi la fonction première des îles : l'expérience du bonheur et la vision de l'infini à portée de la main.

  • Ulysse Lumumba

    Laurent Demoulin

    • Cormier
    • 1 Avril 2014

    Comme son titre, "Ulysse Lumumba", l'indique peut-être, ce livre mêle l'histoire, proprement historique, d'un homme politique congolais nommé Patrice Émery Lumumba et la légende grecque (et donc occidentale) d'Ulysse, telle que nous l'a rapportée Homère. Il invente pour ce faire une forme hybride et inclassable, mariant la prose et la poésie, le récit, la fable et la méditation, le lyrisme et l'humour, le pastiche, le détournement référentiel et le brassage intertextuel où Dante et Rimbaud rencontrent Aimé Césaire.
    Un tel foisonnement permet à Laurent Demoulin de multiplier les points de vue, de déconstruire en finesse et sans angélisme le regard occidental sur l'Afrique - non sans interroger au passage sa propre position d'auteur ; mais aussi de croiser et faire dialoguer les traditions culturelles africaine et européenne. En filigrane, une question : que faire, lorsqu'on est d'une génération ayant grandi au tournant des années 1960-1970 dans une Belgique encore prospère et tranquillement assise sur ses certitudes, avec le passé colonial du pays ; comment vivre aujourd'hui avec "ça" ?

  • Les ruderales

    Szpilmann Harry

    Les rudérales sont des plantes qui poussent en toute liberté sur les terrains en friche, sur les bords des chemins ou dans la proximité de l'habitat humain. Et telle apparaît la parole poétique de Harry Szpilmann, singulière autant que remarquable par la lucidité dont elle fait preuve et la liberté d'expression qu'elle s'autorise. Le monde des Rudérales se construit en réponse à une attente toujours fragile et indécidable, à l'étonnement face à ce qui se montre, la rencontre du réel, sa morsure. C'est toute la présence de l'expérience sensible qui se trouve mobilisée, cependant que cette profusion du regard se double d'une réflexion sur le livre en train de se faire et les possibilités de l'écriture poétique, sa puissance et sa précarité. Pour autant, aussi attentive soit-elle aux ressorts de la parole et à leur soubassement de silence, la poésie d'Harry Szpilmann n'a rien d'un simple jeu formel. Elle se maintient coûte que coûte sur le fil d'une interrogation inquiète, pointant les désastres approchés par l'image, par l'imaginaire, afin de ramener à soi la matière improbable qui insuffle au poème sa chair et son tracé.

  • L'arbre en chemin

    Philippe Jones

    • Cormier
    • 1 Octobre 2015

    L'Arbre en chemin s'inscrit dans le sillage de Parenthèses, paru voici deux ans. Dans cette suite alternant poèmes en vers et en prose, il semble que Philippe Jones condense en quelques pages aussi denses que limpides l'expérience de toute une vie en poésie. L'arbre occupe depuis toujours une place privilégiée dans l'imaginaire de l'auteur. Le revoici tel qu'en lui-même, campé dans sa matérialité d'arbre, mais simultanément envisagé dans toutes ses connotations symboliques, et enfin comme une métaphore de l'écriture poétique (« un arbre s'enracine / et se forge l'image »). À l'instar d'un arbre, le livre progresse en se ramifiant, évoquant tour à tour le rapport du poète au monde sensible, la femme, l'amour et le couple (ces deux êtres qui n'en font qu'un), les éléments essentiels d'un paysage intérieur - avant de se clore par le rappel discret d'un épisode tragique fondateur de la vie de l'auteur. La dédicace ouvrant le livre s'éclaire alors, et l'on comprend in fine que ce livre dessine aussi un autoportrait en creux.

  • Enfin mort

    Caroline Lamarche

    • Cormier
    • 15 Février 2014

    Dans cette suite de courts textes en prose, un frère et une soeur s'expriment tour à tour. Querelle, fugue, drame ou retrouvailles ? Chacun a sa version des faits.
    La relation fusionnelle entre un frère et une soeur - deux adultes restés des enfants sauvages qui inventent en marge du monde leur propre règle du jeu -, Caroline Lamarche l'avait déjà explorée dans son roman "Karl et Lola". Mais si elle reparaît ici, c'est dans une tonalité plus ouvertement onirique. Il s'agit en effet, dans "Enfin mort", moins de personnages que de voix opposées et complémentaires, l'animus et l'anima en quelque sorte - ou encore l'aigle et le condor du texte final -, dialoguant comme en songe. D'un texte à l'autre circule tout ce qui fait la singularité de l'écriture de Caroline Lamarche, le lien frémissant au monde sensible, le sens inné du détail concret, la création d'images aussi justes qu'inattendues.

  • Contre jour

    Corinne Hoex

    • Cormier
    • 15 Février 2009

    "Contre Jour" est un livre bref, d'une économie d'autant plus étonnante que son auteure parvient à condenser en quelques mots tout un univers de sensations qui sont dans un premier temps construites autour de couleurs et de formes et où les lieux minimalement évoqués sont présents à la manière d'une énigme. C'est alors sur un tout autre plan que se découvre la profondeur de cette écriture poétique d'une grande sobriété. Ce sont les effets d'étrangeté que porte cette écriture, c'est le sentiment de vertige qu'elle produit chez le lecteur qui retient immédiatement l'attention. Comme s'il s'agissait de lever un secret auquel nous ne pourrons pas accéder, mais qui se présente sous les aspects d'une obsession poursuivie avec obstination. Et c'est tout autant l'évocation du processus de la création picturale qui agit comme un palimpseste, à travers les rythmes de la voix. Et c'est une interrogation plus large sur le destin de l'être qui se découvre à travers les gestes et les rêves approchés, une manière d'aller à l'essentiel de la condition humaine sans aucun pathos, mais avec une densité et une justesse qui entame le réel, ce à quoi nous sommes toujours confrontés.

  • Cases départ

    Luc Delisse

    • Cormier
    • 20 Mai 2018

    Ce livre relate une série d'incursions temporelles dans l'année 1967.

    Coup après coup, 72 poèmes viennent trouer l'écran noir du passé pour faire surgir des rais de lumière.

    C'est l'époque où mon enfance commençait à céder de toutes parts sous la pression des forces extérieures : je sentais que j'allais devoir quitter ce royaume en ruines. Un sentiment d'urgence me gagnait. Chaque jour était un nouveau départ.

    De cette année engloutie, la plus ancienne où je puisse circuler en esprit, je n'ai pas une vision panoramique. Elle est morcelée. Elle m'apparaît comme une suite de lieux et de moments d'intensité variable, séparés les uns des autres par des portes invisibles, dont on devine la présence mais qui ne se laissent pas franchir. Chaque séquence demeure autonome. Le passage de l'une à l'autre se fait par coupures soudaines, par sauts imprévus dans un autre épisode frappant de cette histoire inachevée.

    Et pourtant, la perception de l'ensemble est là, comme dans un rêve profond où l'on perd sans arrêt le fil, tout en sachant qu'on en est à la fois le protagoniste et le témoin. On sait qu'on rêve. On sait qu'on va bientôt se réveiller. Une inquiétude diffuse accompagne la remontée vers la conscience : quelles pépites, quel butin va-t-on pouvoir ramener au grand jour ?

  • Brindilles

    Soline De Laveleye

    • Cormier
    • 28 Février 2019

    Chaque poésie est tenue pour singulière, soit. Cependant certaine parole poétique se distingue par une capacité d'attention telle, par une force de rayonnement à ce point irrépressible, à partir de circonstances souvent au plus près du quotidien, au plus proche de l'expérience sensible, comme pour faire face à l'inattendu, à l'imprévisible, parfois pour témoigner du presque rien ; mais un presque rien si considérable qu'il bouleverse tout le rapport que l'on entretien avec le monde qui nous entoure, qui nous habite, que nous respirons, et qui respire en nous. C'est que la perspective qu'une telle poésie développe et engage cherche l'adresse de l'autre, du lecteur, pour le rejoindre et le toucher. Sans quoi la parole poétique est vouée à tourner sur elle-même. La poésie de Soline de Laveleye évoque cette nature du quotidien si insistante, tout ce « ronronnement des choses », selon ses propres termes, comme pour se maintenir en elle, en cette réalité qu'elle ressaisit par les mots, par la parole poétique, permettant ainsi d'accéder aux pulsations du corps, inséparables en ses textes de l'imagination et de la pensée. Celles des sensations tout autant, et celle de l'espace en sa clarté comme de ses obscurités, non moins. Une manière, et peut-être la seule, de « rendre le monde visible », pour le saisir ; et au milieu de chantiers en action, pour y ajouter. Alors que chez cette auteure aucune complaisance n'est épargnée face au monde à « apprivoiser » et tel qu'il va ; face à ses dérives ressenties dans les plus infimes moments de l'existence. Cette poésie impulse une dimension critique, un regard à distance, un recul nécessaire à notre acuité, à cette lucidité qui nous est devenue indispensable pour ne pas dire, essentielle, pour vivre à l'époque nôtre.

  • De hautes erres

    Elodie Simon

    • Cormier
    • 25 Février 2020

    Dès l'ouverture de ce livre, qui est aussi le premier recueil de poésie d'Élodie Simon, le lecteur est immédiatement ébloui par l'inventivité de sa syntaxe, par l'éclat de son lexique, et par l'acuité de sa perception des choses et des événements. D'autant qu'elle refuse d'attribuer d'avance le sens de ce qu'elle approche et cherche à rendre par la parole poétique. Ainsi prend forme une véritable passion pour l'évocation des sensations relevant de la perception du fait de notre simple présence aux lieux, à ce qui les compose et nous les rend quelque peu familiers, là où brûle le feu jamais apaisé de la perception sensible. Cette parole poétique n'hésite pas à se déplacer sur plusieurs terrains à la fois, et simultanément. Le sens de l'étrange dont elle fait preuve se rend disponible à tout événement. Souvent la saisie de ces événements conduit à l'évocation discrète de ce qui remonte de l'enfance, pour ne prendre que cet exemple. Et c'est toute l'expérience individuelle qui se transcende, pour atteindre dans ses assemblages si singuliers une intensité émotionnelle sans ne jamais céder sur cette attention continue et approfondie de la réalité. C'est comme si rien n'échappait à sa mémoire immédiate, au point que les similitudes, les différences et les répétitions dont est faite l'expérience propre de la vie, parviennent à nous faire entendre les mots dans leur nudité où sous les habits d'une fraîcheur retrouvée. Ainsi cette poésie témoigne d'une mutation du regard que nous portons sur le monde, sur l'accélération des bouleversements qui en définissent les singularités toutes actuelles. C'est le constat qui peut être fait de ce qui transforme le sensible, ici porté à la langue poétique. Il suffit, pour prendre la mesure des changements de perspective que l'auteure propose sans l'air d'y toucher de lire ce passage pour s'en rendre compte : de dédales en rameaux / d'errances en gestations / surgi d'imprévus modelages / il habite un lieu / où les traits ne cessent. Cette poésie porte en elle ce refus incessant de prendre retard sur la vie.

  • Publié chez l'éditeur newyorkais Living Hand en 1976 à l'initiative de Paul Auster et Lydia Davis, ce livre de poésie de l'auteure américaine nous est proposé ici dans une traduction française que l'on doit au poète Mathieu Nuss. Celui-ci fait remarquer à juste titre dès l'ouverture de sa préface « que cette poésie s'inscrit à total contre-courant de ce qui nous parvient d'outre Atlantique depuis plusieurs décennies ». Il semble nécessaire de savoir que Sarah Plimpton est tout autant artiste plasticienne fort reconnue, d'où l'importance de la perception au coeur de ses textes. Poésie de la vision, chaque poème est un appel à voir puisque rien ne nous est caché, au premier abord du moins, bien qu'il s'agît toujours pour le poète de dévoiler le réel et tout ce qu'il porte d'inconnu. Ces moments, ces instant évoqués, reconstruits par le langage, par la parole poétique, prennent la forme de poèmes souvent brefs, à la composition précise, rigoureuse. Ils éveillent chez le lecteur des sentiments vifs d'être lié au plus près des choses et des êtres, au plus près des mouvements du corps, marquant ainsi notre enracinement dans la lumière du jour. Le monde qu'elle évoque en son menu détail nous devient familier. Comme le remarque si bien son traducteur : « Nouveauté et troubles que le poème suscite, toujours stimulant, parce que dans leur fragilité et instantanéité, et dans leur instantanéité et invincibilité, chaque fois ils semble dessiner (ou peindre) ce qu'il y a de plus urgent en poésie. Le poème est sans cesse en phase de transition... ». Une manière décisive, pourrait-on dire, de témoigner de l'état toujours mobile de la vision et de ce qu'elle tente d'approcher et qui tient à l'infini variété du vivant. Un texte à lire qui déroge des canons habituels et des préjugés bien ancrés au sujet de la poésie américaine contemporaine.

  • Sorties du temps

    Luc Dellisse

    • Cormier
    • 12 Février 2015

    Luc Dellisse est poète, romancier, scénariste. Toutes ces facettes convergent dans Sorties du temps. Cette suite de poèmes en prose (où se glissent quelques textes en vers) peut en effet se lire comme autant de courts métrages imaginaires où les images crépitent en décharges électriques ou en étincelles de foudre. Un personnage y circule dans une réalité hérissée de menaces troubles et de pièges, mais ouverte à tout moment à la possibilité de rencontres amoureuses. Le présent n'existe pas, pas vraiment. Il est irrigué par la mémoire, il est riche de tous les futurs possibles. Il n'y a pas de différence essentielle entre décrire sa vision d'il y a trente ou quarante ans, et fixer un certain mouvement des arbres, des visages ou du plaisir, qui est seulement en train de naître. De même qu'une goutte d'eau contient l'univers, le poème est le prisme qui permet de condenser ce champ de visions superposées ; et ainsi d'effectuer comme par effraction des plongées hors du temps.

  • Poésie complète

    Guy Vaes

    • Cormier
    • 8 Mars 2018

    Écrivain francophone originaire d'Anvers, Guy Vaes (1927-2012) a publié de la poésie, des romans et des essais. Il était aussi photographe et grand arpenteur des villes, d'Anvers à Londres. Son premier recueil de poèmes, Ce qui m'appartient, paraît en 1952. Son premier roman, Octobre long dimanche (1956), salué par Julio Cortazar, est devenu un classique du « réalisme fantastique » belge. En 1983, son deuxième roman, l'Envers, reçoit le prix Rossel. Il publiera deux autres romans au début des années 2000, les Apparences et les Stratèges. Essayiste perspicace dans Londres ou le Labyrinthe brisé (1963), la Flèche de Zénon (1966) et le Regard romanesque (1987), il fut aussi un critique de cinéma d'une grande pénétration.

    Édition critique bilingue avec un essai et des notes de Bart Vonck.

  • Västerås

    Elke De Rijcke

    • Cormier
    • 15 Décembre 2012

    À la fois portrait et récit, ce livre est tout d'abord le journal poétique d'un séjour à Västerås, ville proche de Stockholm. L'auteur s'y est rendue en 2006 pour s'imprégner des paysages du "Sacrifice", le dernier film d'Andreï Tarkovski. Västerås est l'espace-temps non maîtrisable où s'esquisse, au fil des heures, la rencontre insaisissable avec la voix et le corps du cinéaste éparpillé à travers les champs, rivé aux lacs, résolu dans les nuages. À la façon d'un séismographe, l'écriture enregistre le champ magnétique de cette expérience qui transforme, dès l'arrivée sur place, les capacités de la perception sensorielle et du savoir. Or, "Västerås" est aussi le temps d'un bilan de la quarantaine, qui considère le fruit de vingt ans de vie d'adulte. Fruit aux goûts suspects d'une émancipation devenue impraticable par un temps de mauvaise conjoncture. L'auteur y évalue le tracé, l'état et la valeur des éléments qui ont déterminé sa vie : la poésie, l'amour, le travail, les amitiés, la féminité. "Västerås" est le livre-extraction d'un âge qui plonge dans la durée tout comme dans l'instantané d'une vie, à travers l'aventure du journal et de la phrase poétique.

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