Gallimard

  • " georges dumézil et les peuples de l'antiquité, dont les histoires et les croyances sont parvenues jusqu'à nous grâce aux textes, comme dans une migration des âmes qui aurait laissé des traces ; pierre clastres et les indiens guayakis à peine sortis de la forêt, qui mangent leurs morts et connaissent donc le vrai goût de l'homme ; marcel griaule qui croit rencontrer homère en afrique, et cueillir le récit des origines sur les lèvres d'un vieillard aveugle : ces trois expériences (et la lecture en est une, aussi intense que des voyages plus risqués) sont l'occasion de revisiter le musée de l'homme ; non pas celui du trocadéro où les différentes expéditions ont entassé leurs reliques et leurs trésors, mais celui dont chacun d'entre nous est le fondateur et le gardien, mêlant ses souvenirs personnels à ceux des voyageurs et des peuples disparus, à la merci d'une mémoire qui refait sans cesse l'inventaire.
    Un musée où les morts se mettent à parler, où les vivants échangent leurs rôles et leurs masques, redisent les anciennes légendes en les interprétant, relancent l'imaginaire en s'inventant des origines, comme de vieux enfants parfois trop crédules. ce qui permet de vérifier encore une fois ce que la littérature essaie de nous apprendre depuis toujours : qu'il existe une autre communauté que celle du sol ou du sang - la communauté des hommes qui se souviennent des mêmes récits.
    ".

  • « L'homme devrait être la plus libre de toutes les créatures... il n'y en a point peut-être de plus esclave » : le paradoxe ne vaut pas, chez La Mothe Le Vayer, appel à la sédition. Les « libertins érudits », dont il est une des figures majeures, sont réputés, fidèles en cela à l'esprit du Grand Siècle, apprécier les mérites d'un pouvoir fort.
    Héritier de Montaigne et champion de la philosophie sceptique, Le Vayer puise des traits de « hardiesse » et des modèles d'indépendance, chez les anciens, tandis que l'histoire de la culture de cour lui démontre toute l'emprise de la « servitude volontaire ». Les « dignités » équivalent à des « charges » et l'aliénation croit à proportion de notre élévation... Faut-il pour autant se réfugier, loin du bruit et du monde, dans le loisir lettré, libre et solitaire ? L'hésitation entre le désir, ou l'utopie, de la retraite et l'agitation vaine, et nécessaire, de la chose publique brille au coeur de ce petit traité, de même qu'elle anima la vie de Le Vayer, protégé de Richelieu, et précepteur pour un temps de Louis XIV, qui n'aimait rien tant que quitter le théâtre du pouvoir pour se réfugier dans sa chambre de méditation.

  • à la fin des années quarante, antonio pellizzari, directeur de la scala, démissionne pour changer radicalement de vie : il transforme sa somptueuse villa en orphelinat, tâche à laquelle il se dévoue avec une apparente passion.
    Ce changement apparaît pour le moins inexplicable au narrateur, qui connaît bien la nature égoïste et rusée d'un homme exclusivement dédié à ses propres plaisirs. pellizzari justifie sa " conversion " par la rencontre, aussi touchante qu'invraisemblable, d'un enfant malade au cours d'un voyage en italie l'enfant mourra peu de temps après. larmes et arguments du " père des orphelins " n'arrachent pourtant pas la conviction de son interlocuteur, qui ne voit dans ce récit qu'un étrange mélange de douleur réelle et d'hypocrisie.
    Ce n'est qu'au moment de quitter la villa que le narrateur voit se découvrir à lui la vérité par un tour bizarre : il découvre sur le bureau de son ami des boutons de manchette identiques à ceux qu'on lui a volés quelques mois plus tôt.

  • « J'ai longtemps hésité à publier ces pages de journal de mon séjour en U.R.S.S.
    Tout d'abord la crainte de compromettre des amis, en me contraignant à de nombreuses coupures, édulcorait si fort mon texte que je doutais que l'on pût y prendre intérêt.
    Enfin l'on trouverait là le reflet sans fard de mes impressions, de mon inquétude - et j'avais un extrême souci de ne rien livrer qui desservît l'Union soviétique au moment même où elle se préparait, peut-être, à triompher de ses erreurs. Cette illusion, que les communistes s'entendent à entretenir, je l'ai trop passionnément partagée pour m'étonner que certains de mes camarades continuent à s'en nourrir. »
    Pierre Herbart.

  • sous l'un de ses portraits, nerval a écrit de sa main : " je suis l'autre.
    " cette formule, qui n'est pas moins troublante que celle de rimbaud " je est un autre ", est sans doute plus dangereuse pour son auteur, dont l'identité vacillante est un trait constant de son génie poétique, mais l'entraîne dans la folie. cette façon de se confondre avec un autre, jamais le même en apparence, est d'ailleurs à l'origine d'el desdichado, l'un des plus beaux poèmes de la langue française, dont la musique est celle d'un chant funèbre en même temps qu'une paradoxale affirmation de soi.
    des illuminés à aurélia, en passant par les filles du feu, les poésies allemandes et les chimères, j'ai interrogé à mon tour un portrait de nerval, le portrait changeant qu'il a laissé dans son oeuvre, et je l'ai complété par le témoignage d'un contemporain, si vraisemblable qu'il a le charme d'un propos saisi sur le vif, si peu connu qu'il a l'intérêt d'un inédit. g.m.

  • Paru en 1910, le William Blake de Chesterton fait partie de la série de biographies littéraires qu'il consacra à des figures aussi diverses que Charles Dickens, Robert Browning ou Robert Louis Stevenson. Elle est l'une des premières au XXe siècle, après celle que lui dédia Gilchrist en 1863, à proposer une réévaluation de l'auteur des Chants d'innocence et d'expérience.
    Au centre du livre se pose la question du génie - ou de la folie - de Blake, et le fait de savoir si sa supposée « maladie mentale » limite son oeuvre aux marges du bizarre ou si son excentricité n'est, au contraire, que l'à-côté d'une oeuvre singulière et unique (« Les critiques prétendent que ses visions étaient fausses parce qu'il était fou. Je dis, moi, qu'il était fou parce que ses visions étaient réelles. »).
    Prenant appui sur l'intérêt de Blake pour Swedenborg et l'occultisme, Chesterton trace aussi le tableau d'un XVIIIe siècle secret et situe l'oeuvre picturale et mystique de Blake dans un contexte littéraire et artistique encore largement méconnu.

  • Chargé par un journal d'effectuer un reportage, Mario Soldati monte à Turin à bord du Train Vert qui conduit malades, infirmières et prêtres à Lourdes. Après un premier élan d'agacement à la vue de tant de personnes évidemment charitables, il se décide à accomplir son devoir et à poursuivre le voyage entre bigots et infirmes. Périple qui nous vaut un portrait féroce de la bourgeoisie bien-pensante et qu'éclairent, seuls, quelques moments de grâce : une rencontre sur un quai de gare avec une séduisante Espagnole, la beauté de certains paysages, le son d'une guitare dans un bistrot. Dans une prose lumineuse, d'une grande poésie, Mario Soldati offre descriptions, réflexions et dialogues dignes d'un véritable roman dont la tonalité est à la perfidie mais aussi à la joie, et dans laquelle l'angoisse existentielle n'est jamais loin.

  • «Les Orientaux aimaient réduire le monde à l'infiniment petit, certains peintres japonais du XVIIIe siècle ont même réussi l'exploit de peindre un jardin sur un grain de riz. D'autres ont sculpté des scènes du Déluge sur des noyaux de cerise. Je ne pourrais prétendre à tant de virtuosité, mais j'ai toujours été attirée par les mondes infimes, au point de me constituer au fil des années un musée personnel du Minuscule.
    Paradis, Enfers : quoi de plus impressionnant, gigantesque, de plus surhumain en même temps - à commencer par leur version littéraire, cette Divine Comédie, dont la lecture, il y a quelques années, m'a ouvert la voie à ces univers parallèles?
    Un été où j'étais triste à Paris, je ne voyais pas d'issue à mon chagrin, sinon le rêve. Pour donner vie à ces rêveries, je commençai à dessiner des mondes minuscules, paradis terrestres, paradis perdus, où je m'imaginais avec celui que j'aime, où nous étions d'infimes particules d'un monde minéral et végétal, tels des feuilles, des étoiles, des grains de sable...
    Oublions le Purgatoire, que j'imagine plutôt gris, mais que seraient mes paradis sans leurs enfers? Rome sans les sept collines, la Joconde sans son sourire?... Aussi n'avais-je d'autre choix, à un moment moins chagrin, que de donner vingt-huit enfers miniatures comme antipodes à mes paradis. Lorsqu'on se "fait tout petit", on peut disparaître, mais c'est peut-être pour mieux renaître dans un autre monde, un jardin d'Éden.» Dominique Zehrfuss.

  • Au terme d'une carrière dans l'administration indienne qui n'a laissé que le souvenir d'éclats maladroits, le squire Vane vit retiré dans son domaine de Cornouailles.
    A la population locale, imprégnée de merveilleux, il oppose son rugueux bon sens et s'enfonce un soir dans un bois aux prétendus pouvoirs maléfiques... pour ne plus reparaître. L'enquête, qui devra éviter le double piège d'un rationalisme grossier et de la crédulité superstitieuse, est menée par les invités du squire, le poète John Treherne et le critique américain Cyprian Painter.

  • François sentein raconte dans les nouvelles minutes d'un libertin, publiées aux mêmes éditions, sa rencontre avec un improbable voleur de livres, en particulier d'éditions originales des classiques, surnommé corneille.
    Avec jean genet, alias corneille, se noue très vite une relation amicale, et sentein discerne immédiatement les capacités littéraires d'un jeune malfrat qui n'a jusqu'alors rien publié. il lira tout le premier théâtre, détruit depuis, de genet, et assistera à la composition de notre-dame-des-fleurs qu'il corrigera et ponctuera. dans les quelques années qui précèdent sa gloire littéraire, genet est comme l'on sait menacé de relégation, et c'est de prison qu'il s'adresse surtout à sentein, seul à l'aider ou presque, prenant soin des moindres demandes d'un ami plutôt exigeant.
    Annotées par claire degans avec l'aide de françois sentein, ces lettres offrent pour la première fois une vision directe, et extrêmement émouvante, des débuts d'un des plus grands écrivains de notre siècle.

  • Le buste d'une femme énigmatique, la salière de Cellini pour François Ier, cinq bronzes italiens et une vanité du XVe siècle : prenant appui sur l'histoire de la littérature, des formes et des styles, Julius von Schlosser s'interroge dans ces essais magistraux, traduits ici pour la première fois, sur l'oeuvre d'art comme expression d'une individualité singulière, sur l'objet de curiosité par excellence que constitue la célèbre salière, sur la place que le corps nu occupe dans les cabinets d'amateurs et sur la valeur et le statut de ce qui constitue un objet de collection.
    Où l'on verra que l'apparent " détail " porte souvent des leçons plus riches que bien d'importantes synthèses.

  • Découvrez Lettre à son père sur la mort d'Etienne de La Boétie, le livre de Michel Montaigne. Le portrait que Montaigne a tracé de lui-même comprend bien des lacunes. Raisons politiques, scrupules, goût du secret, il a jugé nécessaire de rester muet sur certains épisodes, de voiler certains faits. La Saint-Barthélemy par exemple : il n'en souffle mot. Rien d'étonnant si, dans les Essais, on ne rencontre aucune représentation solide d'Etienne de La Boétie. Même le chapitre qui lui est consacré, De l'amitié, n'évoque qu'une silhouette. Pour remplir les blancs on pourrait imaginer des fictions, mais quels éléments choisir ? selon quels critères ? Mieux vaut s'en tenir aux documents, si minces soient-ils. En ce qui concerne La Boétie, ils sont plus que minces : infimes. Montaigne nous le révèle avec parcimonie. Seule la lettre qu'il adresse à son père l'expose dans sa présence effective. Cette lettre fut imprimée à Paris sept ans après la mort de l'ami. Mais quand, précisément, l'a-t-il écrite ? juste après la disparition d'Etienne ? Ou, l'ayant écrite alors, l'a-t-il retouchée ensuite ? Ou bien l'a-t-il écrite peu avant de la publier, voire dans l'intention de la publier ? Mystère. Cependant une chose est sûre : le 23 juillet 1570, Montaigne résigne sa charge de magistrat au parlement de Bordeaux. D'août à novembre, il consacre son loisir à la publication de quelques feuillets de La Boétie. L'air de l'époque est pesant : Montaigne renonce à publier le Discours de la servitude volontaire ainsi que certain Mémoire de nos troubles sur l'édit de janvier 1562. Cette absence symbolise parfaitement le peu de matière que La Boétie nous a laissé. Sauf dans la lettre sur sa mort. Un récit sans rhétorique où on ne le voit guère, mais où il parle. On lit. On souffre avec lui. On l'écoute. Et l'émotion nous emporte.

  • Découvrez Sept érotiques, le livre de Jacques Drillon. Tout est affaire de lieu : une cuisine, un couloir, une cage d'escalier, un bureau ne portent pas la même charge érotique, ne font pas naître les mêmes histoires. Sept pièces font sept atmosphères. Mais ces tons divers, ces formes littéraires diverses (dialogues, portraits, nouvelles, inventaires, lettres, récit dans le récit) sont moins des décors dissemblables pour une scène unique et toujours revécue qu'un point de vue renouvelé sur un rapport humain toujours changeant. Ils ont en commun d'opposer clairement le très sophistiqué et le très hard, et sont des objets littéraires d'autant plus obscènes dans la position que précieux dans le drapé. La visite de ces lieux est rythmée par des gravures érotiques de la Renaissance italienne d'Augustin Carrache (1557-1602), qui ont pour avantage, parce qu'elles réconcilient aussi le pornographique et l'académique, de tirer définitivement le texte du côté littéraire, d'effacer le moindre doute sur sa nature raffinée, mais sans rien lui ôter de son caractère troublant.

  • S'inscrivant dans la suite de La réfutation majeure (2004) mais sur le mode de l'essai, Environs et mesures propose de comparer géographie réelle et géographie imaginaire. Les tentatives menées, d'un bout à l'autre de l'histoire, pour fixer sur une carte des lieux imaginaires font naître, sous la plume de Pierre Senges, un étonnant catalogue, écrit à la manière de Sir Thomas Browne ou de Robert Burton. Regroupant des catégories hétérogènes qui auraient ravi Borges (" paradis ", " enfer ", " lieux de l'Odyssée ", etc.), le texte s'attarde aussi sur quelques figures étonnantes : l'historien Victor Bérard qui passa vingt ans de sa vie, au tout début du siècle dernier, à chercher l'île de la nymphe Calypso, ou la dizaine de chercheurs qui tentèrent de localiser, sur une carte de l'Espagne, la " bourgade dont je ne veux pas me rappeler le nom ", évoquée par Cervantès au tout début de Don Quichotte. Au-delà du plaisir encyclopédique à énumérer noms de lieux exotiques et figures de géographes sérieusement cocasses, ce bref essai tente d'expliquer les raisons qui ont poussé tant de savants à assigner en un endroit précis des territoires de pure fiction; il montre comment l'imaginaire et le réel, le flou et la précision se prolongent l'un l'autre, nourrissant notre curiosité et notre émerveillement. Et ces explications ne sont pas là pour servir de leçon, mais au contraire pour inviter le lecteur à découvrir une autre forme de gai savoir, par le voyage ou par la lecture.

  • En 1636, gracian rencontre vicencio juan de lastanosa, influent érudit de huesca dont l'amitié et le soutien à son égard ne se démentiront jamais.
    C'est à cette époque qu'il entreprend la rédaction du héros, premier d'une série de traités dans lesquels les ressources de l'intelligence et du langage sont portées à leur plus haut degré d'analyse. le pseudonyme de lorenzo gracian, sous lequel il publiera l'essentiel de son oeuvre afin de se dérober à la censure ecclésiastique, ne prête à aucune illusion, ni sur son identité véritable, ni sur les fondements de sa morale : pour vivre en ce monde, il s'agit moins de tromper autrui que de se détromper soi-même.
    La traduction jusqu'à présent la plus connue, et constamment rééditée, est celle, publiée en 1725, de joseph de courbeville ; elle tient malheureusement plus de la paraphrase que de la restitution du texte. cherchant à épouser au plus près nuances et variations de l'original, catherine vasseur propose ici pour la première fois un véritable essai de traduction française du héros.

  • La bile noire (mélaînè cholè), l'une des quatre humeurs constitutives de notre corps selon la doctrine médicale antique, est aussi - comme le suggère l'étymologie - la substance génératrice de la mélancolie.
    De la bile noire, ici traduit pour la première fois en français et présenté en version bilingue, est le seul traité antique consacré à cette substance qui soit parvenu dans son intégralité jusqu'à nous. son auteur, galien, y met en lumière l'importance du débat qui entoura la bile noire durant l'antiquité, tout en montrant l'enracinement physiologique de cette humeur. humeur que la tradition médicophilosophique chargea d'effets psychologiques aussi variés que le génie ou la folie et qui inspira à k klibansky, f.
    Saxl et e. panofsky leur célèbre saturne et la mélancolie, première interprétation moderne de ce thème central de la culture antique.

  • Le traité sur l'âme de tertullien, l'un des textes fondateurs de l'anthropologie chrétienne, n'a jamais été traduit en français.

    En 1948, pierre klossowski en isola quelques chapitres consacrés au motif essentiel du sommeil et de la mort, c'est-à-dire du lien entre l'âme et le corps ; c'est cette traduction, rendu magistrale d'un style virtuose qu'admirait huysmans, que l'on propose ici.
    Le traité de tertullien se veut avant tout réfutation des théories sur le sujet. c'est étrangement par fidélité à la bible qu'il adopte la théorie stoïcienne suivant laquelle l'âme est un " corps " car si l'âme créée par le souffle divin est immortelle du fait de son origine, elle est, en tant cette fois que créature, limitée, sensible et passible.

    Le sommeil, le songe, la mort marquent précisément les frontières où se joue cette union, les moments ou l'immatériel se détache du corps pour rejoindre les limites de l'inouï ; et l'on reconnaîtra incidemment dans ces thèmes quelques-uns des motifs essentiels du futur auteur du baphomet et du souffleur.
    La traduction de pierre klossowski est précédée d'une présentation de jean-françois cottier, situant le contexte et les sources de l'oeuvre de tertullien.

  • Une amitié sans feinte commande un témoignage sans complaisance.

    " avec vous, je m'entends à demi-mot ", disait gide à pierre herbart.
    " sur gide, il me faut dire tout ce que je pense - ou rien ", répond celui-ci dans son livre.
    A la recherche d'andré gide est une sorte de déposition sous la foi du serment. plus qu'aucun autre, pierre herbart a connu gide, a vécu dans son intimité. la figure qu'il évoque, confrontée à celle que gide a laissée de lui-même dans son oeuvre, épouse ses vrais contours et rejoint sa grandeur.

    Gide, selon pierre herbart, aurait pu, aurait dû, aboutir à la stérilité, au désespoir. " son aventure exceptionnelle fut de les conjuguer en embrassant si étroitement le but qu'il s'était fixé : l'oeuvre - qu'on ne peut plus l'en dissocier. " c'est cette " aventure " de l'homme par rapport à sa création que ce petit livre s'efforce de retracer.

  • « Sont rassemblées ici, pour mémoire, quelques centaines d'anecdotes, parfois terribles, parfois cocasses, toujours singulières. Toutes concernent la mort de personnes célèbres, ou qui devraient l'être, à mon sens : hommes d'État, savants, artistes, explorateurs.
    Le moraliste Chamfort rapporte ce mot d'une demoiselle de douze ans : "Pourquoi cette phrase : apprendre à mourir ? Je vois qu'on y réussit très bien la première fois." Mais si la vie est l'ensemble des forces qui résistent à la mort, mourir ne relève-t-il pas du savoir-vivre le plus élémentaire ? »
    Stéphane Audeguy.

  • Voyage en Afrique offre le récit d'une traversée du continent, d'Addis-Abeba à Nairobi, et du Kenya à Zanzibar, continent qui représente pour Manganelli le contraire même de l'urbanité occidentale : terre sans rues, traversée de pistes sinueuses et provisoires, toutes faites pour désorienter le voyageur qui ne peut se raccrocher à aucun repère. A la géométrie apollinienne, à l'abstraction de l'identité occidentale s'oppose cette réalité fluide, plurielle, incernable, nourrie d'archaïsmes et de forces immaîtrisables. Rien d'exotique, ni de dogmatique, dans ces notes lumineuses, restées longtemps inédites, mais la restitution saisissante, par un regard auquel n'échappent ni le détail incongru ni la mémoire des formes symboliques, d'un continent aussi fascinant qu'inaccessible, d'une Afrique " habitée mais inhabitable ".

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