Littérature générale

  • Depuis mes travaux sur la Résistance, j'ai appris à me méfier des souvenirs : ils s'égarent souvent dans le romanesque et l'hyperbole. Sans l'amicale insistance d'historiens - Azéma, Bédarida, Crémieux-Brilhac, Wieviorka -, je n'aurais pas rédigé ces mémoires. Ces amis m'ont fait comprendre la valeur des témoignages, même celui d'un modeste acteur. Simple soldat, puis saboteur, radio, secrétaire, j'appartiens à cette cohorte d'anonymes sans lesquels l'histoire n'existerait pas, même si, après coup, elle en néglige les traces.
    Voici donc, au jour le jour, trois années de cette vie singulière, qui commença pour moi le 17 juin 1940, avec le refus du discours de Pétain, et s'acheva le 21 juin 1943, avec l'arrestation de Jean Moulin, mon patron. Pour raconter ce passé lointain, j'ai choisi la forme d'un « journal », qui oblige à déplier le temps et à raconter le déroulement précis des heures. Qu'en penser après soixante ans ? J'ai trop critiqué les souvenirs des autres pour être dupe de mes certitudes, et sans doute suis-je moi aussi abusé, comme tous les témoins, par les mirages de la mémoire : là où finissent les documents, commence le « no man's land » du passé, aux repères incertains.
    Pour désigner les acteurs de la Résistance, j'ai choisi d'utiliser leur pseudo le plus connu, au risque de provoquer quelques difficultés de lecture. En dépit de ce défaut, j'ai retenu cette présentation parce que la clandestinité était un mystère et que les pseudos étaient son bouclier. Je crois qu'au prix de quelques obscurités, ce parti-pris restitue avec véracité l'atmosphère ténébreuse de ce théâtre tragique. Le lecteur devrait ainsi pouvoir revivre plus aisément la succession des jours qui furent la trame de « l'aventure incertaine » de ma jeunesse.

  • La jeune Berlinoise qui a rédigé ce journal, du 20 avril 1945 - les Soviétiques sont aux portes - jusqu'au 22 juin, a voulu rester anonyme, lors de la première publication du livre en 1954, et après. À la lecture de son témoignage, on comprend pourquoi.
    Sur un ton d'objectivité presque froide, ou alors sarcastique, toujours précis, parfois poignant, parfois comique, c'est la vie quotidienne dans un immeuble quasi en ruine, habité par des femmes de tout âge, des hommes qui se cachent : vie misérable, dans la peur, le froid, la saleté et la faim, scandée par les bombardements d'abord, sous une occupation brutale ensuite. S'ajoutent alors les viols, la honte, la banalisation de l'effroi.
    C'est la véracité sans fard et sans phrases qui fait la valeur de ce récit terrible, c'est aussi la lucidité du regard porté sur un Berlin tétanisé par la défaite. Et la plume de l'auteur anonyme rend admirablement ce mélange de dignité, de cynisme et d'humour qui lui a permis, sans doute, de survivre.

  • Depuis le jour oú l'étudiant en etnologie castaneda a rencontré pour la première fois le maître juan matus, le chemin parcouru a été très long à la fois dans l'espace, dans le temps et par-delà l'espace et le temps.
    De ce voyage vers la tierce attention, nous ne possédions juqu'ici que des jalons épars - les ouvrages oú castaneda retraçait les expériences vécues par le disciple, telles que celui-ci les avait ressenties dans l'instant. avec le don de l'aigle, l'apprenti passé maître a enfin la possibilité de prendre du recul par rapport au vécu et de jeter sur l'ensemble de son cheminement un regard qui intègre contradictions apparentes et incertitudes.

    Don juan n'apparaît plus soudain comme un maître exceptionnel isolé mais comme le maillon d'une longue chaîne, un nagual parmi d'autres naguals, choisi par son benefactor pour constituer un clan de guerriers, réceptacle d'une tradition ancienne, et chargé de transmettre à un autre nagual la règle qui est une carte - le don de l'aigle.
    Mais carlos castaneda sera-t-il digne des espoirs que don juan plaçait en lui ? parviendra-t-il, comme don juan, à rassembler son clan de guerriers et à le conduire jusqu'au passage débouchant sur la liberté ?
    Ce sera en tout cas pour le nouveau nagual l'occasion d'expliciter les techniques et les méthodes présentées dans les ouvrages précédents.
    A travers les thèmes constants réexposés sans relâche sous des images différentes, une partie de ce qui pouvait paraître obscur jusque-là s'éclaire soudain. quelques fils divergents se croisent. avec un don de rebondissement qui fait de lui un des grands auteurs épiques de notre temps, carlos castaneda a réussi à faire de ce don de l'aigle la clé de voûte de toute l'oeuvre.

  • Qu'est-ce que peindre ? Qu'est-ce que voir ? Qu'est-ce qui fait qu'un regard est unique ? Gérard Fromanger réfléchit à haute voix sur son art et parle de la naissance de ses tableaux. Vif et percutant, il raconte aussi la face cachée de la vie de peintre. Auteur d'une oeuvre parmi les plus sensibles aux mutations sociales et esthétiques de la deuxième moitié du XXe siècle, c'est tout un pan de l'histoire artistique qui est révélé avec humour et vivacité.
    Dans ce livre de conversations avec Laurent Greilsamer, entrepris après la rétrospective de 2016 au Centre Pompidou, on découvre sa jeunesse, ses années de formation à Montparnasse, son compagnonnage avec Jacques Prévert, César et Giacometti, ses ruptures avec le marché de l'art. Ses amitiés avec les philosophes Michel Foucault, Gilles Deleuze, Félix Guattari et Michel Onfray qui ont commenté quelques-unes de ses plus fortes séries.
    Cofondateur de l'Atelier populaire des Beaux-Arts de Paris en mai 68, il évoque aussi son besoin d'engagement, ses indignations, sa passion pour la foule, thème central dans sa peinture. Sans compter son besoin cyclique de se réfugier dans la solitude de la campagne siennoise où se trouve son atelier. Un témoignage capital sur la vie d'artiste aujourd'hui.
    Gérard Fromanger est né en 1939. D'abord influencé par Giacometti, il s'oriente rapidement vers la Figuration narrative et devient le peintre de la couleur. Il se partage entre Paris et la Toscane.

  • Présenté par Lise London. Avertissement de Pierre Nora

  • Lucidité, intégrité, courage - tels sont les traits du caractère d'Elena Bonner qui lui permirent de vivre et de lutter aux côtés de son mari Andreï Sakharov, figure de proue de la dissidence en U.R.S.S.
    Et si le récit de cette femme hors du commun, que l'on appelle, depuis la mort de son mari en 1989, " la dernière conscience de la Russie ", a déjà été traduit en plusieurs langues, c'est qu'il est beaucoup plus que de simples souvenirs. Née en 1923 en Asie centrale, d'origine juive par sa mère et arménienne par son père, Elena Bonner grandit à Leningrad et à Moscou : ses parents sont des bolcheviks de la première heure, de fervents communistes, et son père occupe un poste important dans la nomenklatura du Komintern.
    Au cours d'une enfance privilégiée, tandis que le pays est plongé dans la misère, la famine et la répression, la petite Elena côtoie des grands noms du communisme russe et international, Kirov, Togliatti, la Pasionaria ou le fils de Tito. Mais cette vie prend fin en 1937 avec l'arrestation de ses parents. Leur père fusillé, leur mère envoyée dans un camp, Elena et son frère, " étranges orphelins ", sont recueillis par leur grand-mère maternelle, une femme courageuse attachée aux valeurs traditionnelles que la révolution s'est employée à détruire.
    Cette autobiographie couvre les quatorze premières années de la vie d'Elena Bonner, mais de fréquentes incursions dans des époques plus tardives (la guerre, la mort de sa mère qui a déclenché ces souvenirs, sa vie avec Sakharov) lui donnent une dimension plus vaste. Ces pages vivantes et concrètes nous plongent dans une époque - les années vingt et trente - et un milieu - l'intelligentsia révolutionnaire, devenue classe privilégiée, puis décimée par les purges.
    Mais ce livre est surtout une passionnante saga familiale dominée par trois fortes personnalités : Elena, sa grand-mère et sa mère. Les hommes disparaissant dans le courant de l'histoire, ce sont les femmes russes qui transmettent les valeurs et se repassent le flambeau au fil des générations - flambeau de la lucidité, de l'intégrité, du courage...

  • Esclave a cuba

    Barnet M

    Esteban est un «cimarron», c'est-à-dire un esclave noir fugitif, dans la Cuba coloniale et sucrière.Il a cent quatre ans lorsqu'en 1963 Miguel Barnet, jeune écrivain et ethnologue de La Havane, le découvre grâce à un entrefilet de presse et décide d'enregistrer ses souvenirs au magnétophone.Ce n'est pas seulement la vie dans les barracones des plantations, la fuite dans les montagnes, les appels à l'indépendance, la guerre de Cuba contre les Espagnols qui ressuscitent au fil de la mémoire longue. Mais c'est Esteban qui se détaille, vieil original individualiste et charmant qui égrène les travaux et les jours, la sorcellerie, les jeux, les châtiments, les ingénieurs, les brigands, les révolutionnaires et les superstitions:«Il y a des choses que je ne m'explique pas dans la vie. Tout ce qui dépend plus ou moins de la nature est pour moi très compliqué, et les dieux encore plus. C'est eux qui manigancent tout...»

  • Rigoberta menchú appartient à l'une de ces nombreuses communautés indigènes soumises et refoulées depuis la conquête espagnole, mais qui, depuis une dizaine d'années, ont découvert leur solidarité devant les tentatives d'extermination par le gouvernement.
    Rigoberta raconte ici à elisabeth burgos, ethnologue et elle-même latino-américaine, d'abord les moeurs et les croyances de la communauté dans laquelle elle est née, au sein d'une famille nombreuse, puis sa prise de conscience et sa lutte pour sa propre émancipation.
    A huit ans, elle commence à travailler dur. très précoce, elle voit comment le ladino, métis d'espagnols et d'indiens, exploite le paysan.
    Se dit qu'il faut lutter et, d'abord, s'emparer de la langue de l'ennemi, l'espagnol, qu'elle apprend en trois ans. devient une catéchiste " mais pour mieux savoir marcher sur cette terre, pas seulement pour après la mort ". entre ses mains, la bible devient un instrument subversif.
    L'un de ses frères est fait prisonnier, torturé en public et brûlé vif devant les siens ; sa mère, la sage-femme, également torturée des jours durant, peu à peu mutilée, est abandonnée agonisante dans un bois.
    Lorsque des étrangers proposent à rigoberta de s'exiler avec les survivants de sa famille, elle - devenue entre-temps véritable leader national - choisit de quitter momentanément son pays pour témoigner, tandis que deux de ses soeurs iront rejoindre la lutte armée.
    Il ne s'agit pas ici d'un document comme tant d'autres sur les luttes révolutionnaires du tiers monde. ce livre n'est pas un inventaire d'atrocités.
    La description ethnologique par une indienne lui donne une dimension inhabituelle. pour la première fois depuis la conquête espagnole, on entend la voix de l'autre amérique latine, avec ses profondeurs lyriques et bibliques. et l'extraordinaire personnalité de rigoberta menchú, fécondée par sa rencontre avec elisabeth burgos, sa générosité, son sens de la justice et le don de soi qui confine à la sainteté, font de ce livre aux accents franciscains un grand livre d'amour.

  • «Un vrai roman garde quelque chose de lettres intimes interceptées.» Ni Kot Tatischeff, qui note ces mots, ni le poète Boris Poplavski, qui les a prononcés, ne peuvent se douter qu'eux-mêmes prendraient place un jour parmi les héros de ce roman vrai.
    Il a fallu pour ce faire que l'auteur du livre, Anatoli Vichnevski, se trouve par amitié, mis récemment en possession des archives de la famille Tatischeff : cartes postales envoyées des prisons de Petrograd et de Moscou, lettres transmises par des voies détournées, rapports de police, notes éparses, journaux intimes, ébauches de poèmes, dessins, «pneus» échangés par des amoureux, témoignages, souvenirs, datés de 1917 à nos jours.
    Choisis, mis bout à bout, ces documents composent ce roman-montage qui est aussi une chronique de la Russie dans l'émigration, réfractée dans le destin de Boris, Dina, Kot et leur monde. Aristocrates russes, jeunes juives provinciales, officiers de la garde blanche et chauffeurs de taxi parisiens, poètes et artistes du Montparnasse de l'entre-deux-guerres, dissidents soviétiques et diplomates français seront emportés dans le tourbillon de l'histoire.
    Et voilà qu'en feuilletant ces pages rescapées par miracle, écrites à la hâte, presque indéchiffrables par moments et restituées ici, on se surprend à écouter ces voix dont aucune ne resssemble à l'autre et à suivre la destinée des êtres à qui appartiennent ces voix, comme s'ils avaient encore devant eux toute une vie.

  • Le Couloir est le récit d'un voyage au pays du sida. En août 1989, une infirmière, Françoise Baranne, entre dans le service des maladies infectieuses d'un hôpital parisien. Elle qui n'avait jamais accompagné les malades que jusqu'à leur guérison, elle va, pendant trois ans, les suivre, pour la plupart, jusqu'à leur dernier souffle.
    C'est avec discrétion qu'elle retrace leur douloureux parcours, leur isolement dans un monde qui, aujourd'hui encore, les rejette, comme l'on rejetait jadis lépreux et pestiférés : hétérosexuels, homosexuels, toxicomanes, transfusés, tous égaux, quels que soient leurs origines, leur milieu social, leur profession ou leur âge, devant un destin en forme d'arrêt de mort. Elle décrit également l'angoissant univers dans lequel évoluent équipes médicales et paramédicales confrontées au sida qu'elles combattent tout en sachant qu'elles ne peuvent encore le vaincre.
    Le Couloir n'est pas que le simple témoignage d'une infirmière impuissante face à la douleur de ses patients. C'est, aussi, un cri. Un cri d'alarme destiné à ceux qui ne s'estiment pas concernés par le virus et pensent que «ça n'arrive qu'aux autres». Un cri d'amour pour ces malades qui, d'où qu'ils viennent, où qu'ils aillent, ont droit à notre respect.

  • Pétainiste à douze ans, stalinien à vingt, P.S.U. à trente, historien et professeur d'université à quarante ans, Emmanuel Le Roy Ladurie a voulu dans ce livre écrire le Notre après-guerre d'une génération née vers 1925-1930. On pardonnera à l'ouvrage sa cruauté à l'endroit de certains ; elle s'adresse d'abord à l'auteur. Porter en soi, comme un jardin secret, la Normandie catholique et royale des années 1930 ; affronter, abasourdi, en 1945 jusqu'à en être désintégré, les khâgnes rouges des lycées parisiens et banlieusards, issues de la Libération ; être piégé en 1948-1949 par le dogmatisme du Kominform ; émerger, avec le rapport Khroutchev et Budapest (1956) vers une gauche ouverte, éventuellement utopique, celle du P.S.U., plus naïve et souriante que celle qui gouverne aujourd'hui ; considérer cette émersion à la fin des fins comme un nouveau rite de passage, telle est, en l'occurrence, la trame d'une autobiographie. D'autres «chaînons» mettent en cause la persistance d'une école historique, celle des Annales à laquelle se rattache comme chercheur Emmanuel Le Roy Ladurie.
    Ces souvenirs personnels de l'auteur de Montaillou, village occitan offrent aussi, à leur manière, la vision nostalgique, parfois déçue, d'un certain Languedoc, et plus encore de Montpellier, cité fascinante, insaisissable, difficile, aux marges d'une géographie spirituelle.

  • Qui n'a pas, une saison ou l'autre de la vie, tenu son journal personnel ? Et pas seulement de jeunes adolescentes ou des écrivains confirmés. Vous, moi, tout le monde...
    En lançant un appel dans Le Magazine littéraire, en avril 1988, Philippe Lejeune, spécialiste de la littérature personnelle, a eu la chance de recevoir les témoignages de quarante-sept diaristes - c'est un coup de sonde dans un univers d'écriture méconnu -, quarante-sept personnes qui racontent l'histoire de leur journal, décrivent leurs pratiques, expliquent ce qu'elles en attendent. Ce sont ces documents que rassemble ici Philippe Lejeune. Ils sont si éloquents, si variés qu'ils forcent à poser et à reposer toutes les questions qui touchent à l'écriture personnelle.
    Quiconque tient un journal ou s'interroge sur le genre pourra difficilement ignorer cette gerbe de témoignages d'inconnues en si profond accord avec l'humeur du temps. L'entreprise de Philippe Lejeune, indépendamment des résultats qu'elle a suscités, est originale. On y sent de sa part, et sans qu'il intervienne autrement que par une présentation descriptive et un index des thèmes, qui rendent sa collecte démonstrative, une ouverture de coeur et comme de l'amour.

  • Esteban est un «cimarron», c'est-à-dire un esclave noir fugitif, dans la Cuba coloniale et sucrière.
    Il a cent quatre ans lorsqu'en 1963 Miguel Barnet, jeune écrivain et ethnologue de La Havane, le découvre grâce à un entrefilet de presse et décide d'enregistrer ses souvenirs au magnétophone.
    Ce n'est pas seulement la vie dans les barracones des plantations, la fuite dans les montagnes, les appels à l'indépendance, la guerre de Cuba contre les Espagnols qui ressuscitent au fil de la mémoire longue. Mais c'est Esteban qui se détaille, vieil original individualiste et charmant qui égrène les travaux et les jours, la sorcellerie, les jeux, les châtiments, les ingénieurs, les brigands, les révolutionnaires et les superstitions : «Il y a des choses que je ne m'explique pas dans la vie. Tout ce qui dépend plus ou moins de la nature est pour moi très compliqué, et les dieux encore plus. C'est eux qui manigancent tout...»

  • " Une leçon de vie, une leçon de mémoire ", comme dit François Mitterrand qui, en tant que Président de la République, a tenu à attirer l'attention sur ce livre.
    Tout finit, en effet, par paraître presque simple, quand on y met ce naturel, qui prend à la gorge. Et pourtant rien n'est simple dans la vie de Sabine Zlatin, née à Varsovie dans la Pologne occupée par les Russes, avant la Première Guerre mondiale. Comment une jeune militante du Bund, ce mouvement ouvrier juif antisioniste, s'éprend-elle de la France, dans les années trente, au point de sacrifier sa vocation de peintre, élève de Gromaire et familière de Montparnasse, pour partager la vie de son mari, émigré russe devenu exploitant d'une ferme avicole dans le Nord ? Comment, à peine naturalisée française, s'engage-t-elle dès le début de la guerre comme infirmière militaire de la Croix-Rouge pour aboutir au camp d'Agde, de sinistre mémoire ? Comment recueille-t-on une troupe d'enfants juifs abandonnés pour organiser leur transfert en zone d'occupation italienne et diriger la colonie d'Izieu, liquidée par la rafle de Klaus Barbie, le 6 avril 1944, et envoyée, avec Miron Zlatin, à la mort ? Comment s'engage-t-on dans la Résistance pour finir la guerre avec l'accueil des déportés, au Lutétia ? Et comment, après tout cela, se refait-on une vie de peintre ? L'épisode d'Izieu est au coeur des mémoires que Sabine Zlatin s'est décidée à écrire à quatre-vingt-cinq ans, sans gaieté de coeur.
    On y trouvera sa déposition au procès Barbie, le témoignage inédit de l'institutrice, Gabrielle Perrier, comme celui de Samuel Pintel qui avait six ans quand il a passé deux mois dans la maison refuge. On y trouvera aussi, et surtout, quelques jugements sans réplique sur les hommes et les choses, qu'elle était la seule à pouvoir formuler.

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