Religion & Esotérisme

  • Les discours religieux fondamentalistes actuels expriment une obsession croissante de la pudeur des femmes. Réduite aux parties de son corps susceptibles d'éveiller le désir, la femme est « génitalisée » à outrance, et la pudeur est invoquée pour couvrir sa nudité. Mais cette notion ne peut-elle pas renvoyer à autre chose qu'à la dissimulation et à la frustration ? Et est-ce l'unique image que la religion propose des femmes ?
    A la lumière des grands épisodes bibliques, du jardin d'Eden au Mont Sinaï, puis de la littérature religieuse, Delphine Horvilleur, Rabbin libéral et femme moderne, analyse successivement les sens de la pudeur et de la nudité, l'obsession du corps de la femme et sa représentation comme « être orificiel » pour proposer une autre interprétation de la tradition religieuse et mettre à mal les lectures fondamentalistes qui font de la femme un être tentateur et de la pudeur l'instrument de sa domination. Ainsi nous montre-t-elle comment la nudité recouverte d'Adam, d'Eve ou de Noé, renvoient à une culture du désir et non à une volonté de le tuer. Comment le voile est à l'origine destiné, non à rejeter, mais à approcher l'autre. Comment le féminin concerne aussi les hommes qui endossent, dans la prière et la pratique judaïques, les attributs des femmes et du maternel. On découvre alors, dans cette plongée au coeur des grandes traditions monothéistes, un autre visage de la femme, de la pudeur, et de la religion.

  • «  Jusqu'à sa disparition en 2010, maître Isogushi enseignait au dojo d'Ishen dans le sud du Japon. Son enseignement comportait deux disciplines inséparables  : pour le corps et pour le mental, la transmission de l'ensemble des arts martiaux traditionnels  ; pour l'âme et pour l'esprit, un guide nouveau pour la conduite de la vie. On ignore combien d'élèves forma maître Isogushi, venus des cinq continents, et il ne reste de cet enseignement que les notes de cours prises par mon vieil ami Emiliano Zapoga dit «  le Mexicain  », ici rassemblées.   Le maître a voulu que ses propos soit autonomes, tout en formant un modèle éthique complet, utilisable de manière concrète par n'importe quel homme ou femme. A quoi j'ajoute jeune adulte qui cherche une conduite à sa vie  ».
      Ainsi commence cet extraordinaire ouvrage de Patrice Franceschi  : une «  éthique  » personnelle, forgée au fil des années par l'auteur, entre ses études approfondies de philosophie à la Sorbonne, sa passion pour les stoïciens  ; et sa pratique des arts martiaux, de l'engagement et de la lutte, depuis l'Afghanistan jusqu'au kurdistan syrien... Ce «  petit manuel de combat  » rassemble 327 courts chapitres, mélodieux, philosophiques, universels. Ici une brève parabole  ; là un aphorisme surprenant  ; ici encore, un paradoxe. Chaque ligne étonne, secoue, oblige. C'est à la fois une éthique  ; un manuel de haute tenue pour une époque où rien ne semble tenir, et nous tenir. Et la recherche d'une voie, à l'évidence humaniste, poétique à la manière d'un Kipling écrivant à son fils.
    Romancier, explorateur, baroudeur, Patrice Franceschi est aussi un passionné de sagesse, une sagesse active, vive, enthousiaste il nous offre ici le plus beau des traités, dans une langue nette et forgée par le temps.
     

  • A l'heure des replis communautaires et des identités figées, que signifie appartenir et transmettre ? Contrairement à ce qu'affirment tous les fondamentalismes, la transmission d'un héritage ne doit pas être une réplication à l'identique. Elle dépend d'une infidélité partielle, garante de surgissements inattendus, aujourd'hui comme hier.
    Mariant filiation et rupture, la tradition juive ne se renouvelle qu'en étant bousculée et nourrie par sa rencontre avec d'autres ; cela implique l'ouverture à l'Etranger, ainsi que l'ouverture au Féminin. Cet ouvrage est donc d'abord un plaidoyer pour une « religion matricielle » qui, à la manière d'un utérus, est un lieu de fertilisation. Les textes sacrés eux-mêmes y sont fécondés par des lectures inédites.
    Illustrant brillamment cette vision ouverte de la religion, Delphine Horvilleur revisite, loin des interprétations convenues, quelques épisodes fameux de la Genèse, notamment Adam et Eve, Caïn et Abel, l'histoire biblique des premiers parents et des premiers enfants de l'humanité. Elle montre aussi sa capacité à repenser les grands problèmes contemporains à partir de la tradition rabbinique. Trois thèmes sont successivement abordés : Comment, selon le judaïsme, se fabriquent un parent, une identité et un désir, c'est-à-dire la possibilité d'enfanter l'avenir.
    Procédant avec clarté et humour, citant aussi bien Emile Ajar et Amos Oz que la Genèse et le Talmud, elle conclut son livre par une analogie entre le Texte et le Féminin, dotés d'une même capacité de croître et de multiplier.

  • « Il est difficile, ces temps ci, de penser librement et encore plus de penser en athée. Affirmer que les idéaux de la philosophie des Lumières sont toujours d'actualité nous fait paradoxalement passer pour des réactionnaires, des islamophobes, voire des compagnons de route du Front National assimilé au fascisme. Dans un monde qui prétend en masse « Je suis Charlie », Voltaire revenu passerait pour un défenseur du fanatisme ! C'est le monde à l'envers.
    Je me propose de réactiver la pensée des Lumières dans ce Penser l'Islam. Non pas le penser en faveur ou en défaveur, ça n'est pas le propos, mais en philosophe. Je lis le Coran, examine les hadiths et croise avec des biographies du Prophète pour montrer qu'il existe dans ce corpus matière au pire et au meilleur : le pire, ce que des minorités agissantes activent par la violence, le meilleur, ce que des majorités silencieuses pratiquent de manière privée. Comment la république doit-elle considérer ces deux façons d'être musulman ? Y-a-t-il des relations et des points de passage entre minorités agissantes et majorités silencieuses, sachant que l'histoire est faite par les premières, pas par les secondes ?
    Ce livre remet également en relation ce qu'il est convenu d'appeler le terrorisme avec la politique étrangère islamophobe menée par la France derrière l'OTAN depuis des années. Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre. L'islam terroriste a été partiellement créé par l'occident belliqueux. Les choses ne sont pas aussi simples que ce que, de part et d'autre, on voudrait nous faire croire. D'où la nécessité de se remettre à penser. Sur ce sujet comme sur d'autres.»

  • "Merci mon Père de révéler aux petits ce que vous avez dissimulé aux sages et aux intelligents." Les sages et les intelligents, depuis, se sont bien vengés : à force de concasser les Evangiles, ils en ont fait un petit tas de pièces et de morceaux trop hétéroclites pour signifier quoi que ce soit...Mais ils n'auront pas le dernier mot ! René Girard pense, comme Simone Weil, que les Evangiles sont une théorie de l'homme avant d'être une théorie de Dieu. Une carte des violences où son orgueil et son envie enferment l'humanité.Découvrir cette théorie de l'homme et l'accepter, c'est rendre vie aux grands thèmes évangéliques relatifs au mal, oubliés et évacués par les croyants - de Satan à l'apocalypse. C'est également ressusciter l'idée de la Bible tout entière comme prophétique du Christ.Ainsi les Evangiles, loin d'être "un mythe semblable à tous les autres", comme on le répète à l'envi depuis deux siècles, seraient la clef de toute mythologie derrière nous, et au-devant de nous, de l'histoire inouïe qui nous attend. Dans le dépérissement de toutes les pensées modernes, est-ce que seules les Ecritures Saintes tiendraient debout ?René Girard a longtemps enseigné à l'université de Stanford, où il réside toujours. Ses livres sont étudiés et traduits dans le monde entier. Parmi les plus célèbres : Mensonge romantique et vérité romanesque (Grasset, 1961), La violence et le sacré (Grasset, 1972), Des choses cachées depuis la fondation du monde (Grasset, 1978), Le bouc émissaire (Grasset, 1982).

  • Longtemps, lorsqu'un homme mourait, ses proches étaient heureux de pouvoir dire : " Soyez tranquille, il a eu le temps de se préparer. " Aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire, on se rassure : " Consolez-vous, il ne s'est rendu compte de rien. " De la mort, nous avons tout oublié, tout ce que notre culture avait érigé en sagesse. Même la science est devenue ignorante. Tellement que des savants tirent la sonnette d'alarme : il faut, disent-ils, réhabiliter l'agonie, écouter les mourants, étudier ce passage aussi capital que la naissance.

    Psychiatres, cardiologues, chirurgiens, biologistes et physiciens, dans les laboratoires les plus sophistiqués des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France (récemment), mais encore en Inde et partout dans le monde, analysent, sondent, interrogent la mort, ou du moins ceux qui ont frôlé la mort, collectionnent leurs récits, examinent leurs témoignages, confrontent leurs expériences... Et l'on découvre que la mort cacherait une clarté à l'éblouissante beauté, pleine de vie, pourrait-on dire. La source noire. Aux portes de la mort, c'est une nouvelle approche de la vie, de la connaissance, de la mémoire...

  • On pourra chercher tant qu'on voudra à tourner la difficulté, fréquenter les cafés philosophiques et les lieux initiatiques en tout genre, rien n'y fera : il est impossible d'entrer vraiment dans la philosophie si l'on ne prend pas le temps de comprendre en profondeur au moins un grand philosophe. C'est dans cette perspective que Luc Ferry offre au lecteur une introduction aux trois ouvrages majeurs de Kant - ses trois Critiques - qui correspondent à la théorie de la connaissance, à la morale et à l'esthétique. Il a cherché à lui ouvrir quelques portes, à lever les principaux obstacles qui peuvent entraver d'entrée de jeu la compréhension - expliquer, par exemple, pourquoi la Critique de la raison pure commence par une question en apparence technique, d'un intérêt très médiocre, celle des « jugements synthétiques a priori » ; ou encore, indiquer les raisons pour lesquelles la morale prend la forme d'un « impératif catégorique », dès lors que le propre de l'homme, ce qui fait sa dignité et le distingue des animaux, est situé dans sa liberté ou dans sa « perfectibilité ». Par delà le travail d'introduction proprement dit, ce livre propose une interprétation d'ensemble du système kantien qui part de ce qui en constitue à la fois le coeur et la principale difficulté : la question de la chose en soi. Lire Kant est et restera toujours difficile et ce livre ne prétend pas à la facilité. Du moins peut-on s'efforcer de rendre la tâche tout à la fois plus sensée, en souligant les enjeux, et moins ardue, en donnant les clefs de l'édifice. Le jeu, comme on dit, en vaut la chandelle.

  • Rien ne serait plus périlleux, aujourd'hui, que de décrypter les tumultes qu secouent le monde arabe par le prisme de l'opposition entre démocratie et dictature. Ce sont là des catégories qui, sans être dépourvues de pertinence, ne rendent pas compte d'une réalité fondamentale : l'antagonisme immémorial des sunnites et des chiites. C'est pourquoi, dans cet ouvrage, Antoine Sfeir a choisi de remonter aux sources historiques et théologiques de cette guerre de «l'islam contre l'islam», afin d'en mieux saisir les implications géopolitiques. De l'Iran à l'Egypte, du Qatar à la Syrie, du Maghreb à «l'Orient compliqué» - et, surtout, du prophète Mahomet aux luttes de succession ouvertes par sa mort -, il brosse une freque magistrale du monde arabe tel qu'il est, de ses «printemps» à ses éventuels automnes. Une exploration minutieuse et pédagogique qui, en brassant un immense passé, éclaire singulièrement notre présent.

  • Rashi

    Elie Wiesel

    'Il est la première référence. Le premier secours. Grâce à une étincelle venant de lui comme un sourire, tout s'éclaire.' Ainsi parle Elie Wiesel, qui rend un hommage poignant, dans ce livre bref et singulier, à l'une des figures majeures de la pensée juive : Salomon, fils d'Isaac, rabbin de Troyes au XIe siècle, plus connu sous le nom de Rashi. Né en 1040 et mort en 1105, Rashi fut l'un des plus grands commentateurs du Talmud. La légende rapporte que ses parents possédaient une pierre précieuse, que l'Eglise voulut leur acheter ; plutôt que de céder à la tentation, ils jetèrent cette pierre à la mer - et le ciel, en récompense, leur donna un fils qui, par son esprit, brillait plus encore que cette pierre précieuse. Mais Rashi n'es pas qu'une légende : il est aussi le témoin d'une époque où la communauté juive, en France, jouissait d'un certain prestige et d'une certaine renommée.

  • Jean-Claude Milner y poursuit la réflexion sur le judaïsme engagée dans Les Penchants criminels de l'Europe démocratique ainsi que dans les Leçons données, ces dernières années, dans le cadre de l'Institut d'Etudes lévinassiennes de Jérusalem. Le livre oppose ces deux figures apparemment voisines et, en réalité, parfaitement antinomiques que sont la figure du « Juif de l'Etude » et la figure, plus moderne, fruit et coeur de ce que l'on a appelé le processus de l'assimilation, du Juif de Savoir. Comment Judaïsme et Savoir se sont-ils noués demande Milner ? Comment, au terme de quel processus, la figure traditionnelle du Sage, voué à la lecture et au commentaire des « lettres de feu » du Talmud, a-t-elle cédé la place à cet autre type d'humain qu'incarnent, pour aller vite, Leo Strauss, Gershom Scholem, Sigmund Freud ou Walter Benjamin ? D'où vient que cette histoire se soit jouée, pour l'essentiel, sur la scène de la culture et de la langue allemande ? Et d'où vient qu'elle se soit dénouée, enfin, dans la forme de la tragédie oe... A travers ce livre - dont les protagonistes sont, aussi, Hannah Arendt, Michel Foucault, Martin Heidegger - c'est toute l'aventure de l'Europe qui se profile : passée et, surtout, à venir.

  • Le soufi égyptien Ibn 'Atâ' Allâh (l259-1309) est l'auteur d'une oeuvre qui a pénétré tous les milieux mystiques de l'islam. Dans la Sagesse des maîtres soufis, son dernier ouvrage, Ibn 'Atâ' Allâh rend hommage à son maître al-Mursî et au maître de celui-ci, le Marocain Abû I-Hassan al-Shâdhilî, fondateur de l'ordre shâdhilî - l'une des principales composantes du soufisme actuel.

    Ibn 'Atâ Allâh le premier - ni al-Shâdhilî n'avaient écrit -, nous révèle l'essentiel de la doctrine de son ordre et dresse un plaidoyer très étayé en faveur du soufisme et de la sainteté. Soucieux de toucher un public large, Ibn 'Atâ' Allâh émaille son récit d'anecdotes savoureuses ayant pour cadre l'Egypte du XIIIe siècle.

    " Il est plus difficile de connaître le saint que de connaître Dieu ", affirmait al-Mursî. A l'évidence, la relation privilégiée qui s'est tissée ici entre maître et disciple fournit un témoignage incomparable sur la sainteté en terre d'islam, qui a valeur universelle.



    Spécialiste de la mystique musulmane, Eric Geoffroy est maître de conférences à l'Université de Strasbourg. Il est l'auteur notamment de Djihâd et contemplation - Vie et enseignement d'un soufi au temps des croisades (Dervy, 1997).

  • On les appelle les « sortants », ces hommes et ces femmes issus des milieux utra-orthodoxes israéliens qui, un jour, décident de se fondre dans la vie laïque. Ce choix douloureux, coupure brutale avec leur famille, les plonge dans un univers inconnu, souvent sans ressources, privés d'éducation autre que religieuse. Là d'où ils viennent, la vie est réglée de façon précise et immuable, soumise à une loi implacable mais rassurante. Là où ils vont, ils sont seuls face à eux-mêmes.
    Ce sont ces cheminements chaotiques d'un monde à l'autre que Florence Heymann restitue à travers une enquête de terrain attentive et sensible. L'auteur se met elle-même en scène, bénévole dans une association d'aide aux sortants, à Jérusalem. Elle dresse des portraits hauts en couleurs et attachants : des dissidents, des "apostats sortis du placard", des suicidaires, des marginaux, des "kippas roses", des voyous - autant de déserteurs réclamant simplement le droit de choisir leur vie. Leurs récits nous donnent un aperçu du monde religieux, ultra fermé, ritualisé, dans lequel même le sexe et le téléphone sont estampillés cashers. Certaines sorties du "ghetto" sont réussies, d'autres tragiques. Elles sont toujours un voyage fascinant dans lequel l'apprentissage de la liberté s'avère semé d'embûches, de doutes et de questions.

  • Un essai sur l'histoire des sociétés secrètes, qui apparaissent souvent comme une nébuleuse opaque entre syncrétisme et croyances archaïques. Mais ces sociétés constituent aussi une "société en soi", le reflet souterrain de l'époque actuelle. Sont ainsi abordés Saint-Sulpice, l'architecte de la cathédrale Saint-Paul de Londres ou encore l'atelier de Nicolas Poussin.

  • La Maçonnerie française, unit en elle deux courants traditionnels distincts. Une Maçonnerie {opérative}, issue des anciens métiers de constructeurs et qui ne se distinguait pas, jusqu'à la Renaissance, du compagnonnage ; une Maçonnerie {spéculative}, issue des milieux alchimiques et philosophiques européens. La lecture du {Regius} et du {Cooke}, deux des plus anciens documents représentatifs de cette maçonnerie opérative et conservés au British Museum, donne une idée de l'organisation des premières assemblées des maçons ; elle permet de mieux comprendre ce que fut l'apport des maçons qui, au XVIIe siècle, et surtout à partir de la création de la Grande Loge de Londres, en 1717, tentèrent de faire de la Maçonnerie "une confraternité morale unissant les hommes de bien de tous les pays, de toutes les langues, de toutes les races et de toutes les positions sociales". Patrick Négrier a rassemblé ici et traduit un ensemble de textes représentatifs des origines xxx certains, jusqu'alors inédits en français, nous faisant mieux comprendre comment la Maçonnerie a, peu à peu, abandonné sa dimension opérative pour se muer en une société initiatique et donc secrète.

  • Depuis leurs premiers textes théoriques (Versant sud de la liberté), "les" Mahmoud Hussein veulent réconcilier l'Islam et la démocratie. Chemin délicat, escarpé, jonché d'espérances et de désillusions. Car le premier problème auquel se heurtent les musulmans "modernistes", c'est l'intangibilité du Coran, dicté par Dieu lui-même selon les croyants. Comment, dans ces conditions, introduire de l'herméneutique, et a fortiori de la "pensée critique", dans un texte à jamais figé ? C'est sur ce point que portent les efforts de Mahmoud Hussein.
    En contournant le Coran, comme ils l'avaient entrepris dans leur livre sur la "Sira", ce recueil de textes dus aux compagnons du Prophète, ils avaient tenté d'injecter un peu d'interprétation dans la stricte doxa de la lettre coranique. Cette fois, dans ce petit livre volontiers provocateur, ils vont plus loin car ils montrent que le texte même du Coran est lui aussi empreint d'historicité, donc d'une possible interprétation.
    Livre clair, confrontant des exemples qui parlent d'eux-mêmes, soulignant que telle ou telle partie du texte sacré est ou n'est pas contemporaine de telle autre, ils procèdent à la façon du Renan qui, au XIXe siècle, ne s'y prenait pas autrement pour lire les Saintes Ecritures. Travail salubre s'il en est. Les temps sont mûrs, estime l'auteur, pour accoucher d'un Islam de Progrès. Ce livre devrait y contribuer.

  • En 2008, un historien israélien, Shlomo Sand, publia un ouvrage (Comment le peuple juif fut inventé, Fayard), bientôt suivi de deux autres textes (Comment Israël fut inventée et Comment j'ai cessé d'être juif, Flammarion). Ces ouvrages, visant tous à dénoncer la "fiction" de "l'être juif" et de la "légitimité" de l'Etat hébreu, connurent un grand retentissement - surtout en France. Volontairement iconoclastes, les thèses de Schlomo Sand furent reprises par plusieurs familles idéologiques françaises - allant du "courant" de la Revue Esprit aux franges antisémites ou pro-palestiniennes de l'opinion. Du coup, le livre de Claude Klein se donne un double but :
    1. Démonter, en historien, l'absurdité des thèses de Shlomo Sand ;
    2. Surtout, analyser les raisons qui, en France, ont rendu ces "thèses" si populaires.
    Ainsi, son ouvrage Peut-on cesser d'être juif ? est moins un livre israélo-israélien qu'un livre franco-français. En cela, il rejoint très largement les conclusions auxquelles étaient parvenues des essayistes comme Zeev Sternhell ou Bernard-Henri Lévy (dans son Idéologie française).

  • Le tantrisme, une des composantes majeures de l'hindouisme, en inverse les valeurs fondamentales. Par exemple au lieu de vénérer les dieux mâles de la religion traditionnelle (Shiva, Vishnu, Krishna, etc.), les tantriques vouent un culte exclusif à des déesses telles que Kâlî, Durgâ ; au lieu d'être végétariens et de s'abstenir de boissons alcoolisées, ils mangent de la viande et boivent du vin. Et surtout ils mettent en valeur la sexualité et la pratiquent d'une façon "libérée" : partenaires multiples, commerce avec des individus de basse caste, toutes choses qui valent "excommunication" dans l'hindouisme traditionnel. Il ne s'agit pourtant pas d'une invitation à la débauche, puisque l'on reste dans le cadre de la religion, mais d'une "vue du monde" originale, selon laquelle le Dieu tout-puissant est un absolu transcendant, donc non agissant, l'action étant l'apanage de la déesse nature : Shakti ("Energie", "Puissance"). Voici, pour la première fois, une anthologie de textes tantriques en langue française : {Upanishads} (enseignements ésotériques), {Hymnes} et {Chants} utilisés dans le culte, {Textes rituels}, accompagnés d'une substantielle introduction, d'indications sur le sens et la valeur de chaque texte traduit, d'un glossaire et d'une bibliographie.

  • Le Prophète de l'Islam a vécu il y a quatorze siècles, dans une société de tradition orale. Les témoignages de ses contemporains, sur sa personne et son action, ont été fixés par écrit plus d'un siècle, voire deux, après sa mort. Ils ont d'abord été transmis sur des supports de fortune, avant d'être recueillis par différents chroniqueurs, qui les ont triés, compilés, rédigés chacun à sa manière. Les textes laissés par ces chroniqueurs forment un volumineux corpus, portant le titre générique d'Al Sîra, ou " Chroniques du Prophète de l'Islam " (à distinguer des " Dits du Prophète " - Hadîths - et des commentaires du texte sacré - Le Coran). Grasset en a publié un premier choix : " Le Prophète del'Islam raconté par ses compagnons ". Voici la suite. Le portrait de Mahomet que nous livre la Sîra est celui d'un être supérieur, aux prédispositions spirituelles précoces, enclin à la solitude et à la méditation. Sa vie bascule, à l'âge de quarante ans, quand il entend la voix de l'Ange Gabriel, qui lui révèle que Dieu l'a choisi comme Son Messager. Il va défier les siens, renier ses ancêtres, insulter leurs idoles et assumer l'immense solitude qui en découle. Puis il va se muer en homme d'Etat, en chef de guerre, en bâtisseur d'une Cité nouvelle. Les Chroniques qui retracent cette trajectoire constituent pour les musulmans un réservoir d'exemples à suivre, de gestes à méditer, de vérités à retrouver au quotidien. Mais peu de gens les lisent dans le texte. A la mosquée, à l'école ou à la télévision, ils en reçoivent sans cesse des bribes, le plus souvent extraites de leurs contextes, tronquées, voire carrémenmt réinventées, afin de servir les différents discours du moment. C'est en partant de ce constat, et pour contribuer à rétablir la vérité de ces textes, que les Mahmoud Hussein ont voulu présenter la Sîra sous une forme accessible au lecteur d'aujourd'hui. Ajoutons enfin - et ce point est essentiel - que les chroniques de la Sîra proposent une vision de l'Islam plus " libérale ", plus tolérante, plus ouverte à l'individu. Cette caractéristique explique peut-être le fait que cette source théologique ait été, si souvent, négligée ou dissimulée, au profit d'une orthodoxie coranique plus stricte. Le premier volume rassemblait, essentiellement, des " chroniques " relatives à la vie du Prophète. Celui-ci, en revanche, rassemble les chroniques qui illustrent son action de " chef d'Etat ". Du coup, ce second volume est plus politique et moins théologique que le premier.

  • Les catholiques

    Tincq-H

    La planète des catholiques : plus d'un milliard d'hommes répartis sur cinq continents.
    Partant du cas singulier d'un chef de religion, le pape, qui est à la fois pasteur et homme de pouvoir, cette synthèse magistrale procède à une analyse historique, morale et politique de la religion catholique. elle révèle les arcanes les plus secrets de l'organisation du pouvoir au vatican et fait l'état des relations entre l'eglise et la modernité à travers l'histoire. classant les sept grandes familles qui composent la communauté des croyants - des traditionalistes aux rebelles -, elle raconte les profonds bouleversements de la géographie de la chrétienté dans le monde, de la france à la chine, de l'italie au brésil.
    Y a-t-il crise ? ou au contraire regain d'influence ? a partir de l'autorité restaurée de la papauté depuis jean-paul ii, quel chemin prend aujourd'hui l'eglise de rome ?

  • Le Judaïsme et l'esprit du monde est une entreprise intellectuelle de grande envergure qui vise à comprendre la cohérence symbolique, rationnelle et historique du judaïsme dans toutes ses dimensions et ses époques. Le concept de « judaïsme » prend dans cette démarche un sens renouvelé de « système cohérent de croyances et de pratiques », étant entendu que cette cohérence ne relève pas d'une conformité à des dogmes mais d'un principe de fonctionnement, d'agencement d'éléments interdépendants.
    L'auteur en construit le modèle en en puisant dans le texte biblique, qui fut au centre de l'existence juive jusqu'au XXème siècle, de sorte que la majeure partie de l'ouvrage constitue également une oeuvre d'exégèse. Elle renouvelle les approches connues et les ébranle, en démontrant la cohérence profonde du texte biblique.
    Les quatre livres qui composent l'ouvrage sondent les structures et les dynamiques des quatre sphères décisives de l'être juif :
    Ethique (la religion, la théologie), Ethnos (le peuple, l'identité, la politique, la socialité), Ethos (le comportement existentiel : les moeurs, le psychisme, les grands courants identitaires), Ethnikos (l'histoire externe d'Israël, l'ethos des deux monothéismes ultérieurs, dérivant de celui d'Israël et leurs rapports à Israël).
    Dans la mesure où ce livre entreprend de saisir et d'analyser l'esprit qui structure l'ensemble du judaïsme et impulse ses manifestations les plus diverses, certains pourront y trouver une forme de « Guide des égarés » en prise directe sur les questions et les espérances de notre temps.
    Le livre de Shmuel Trigano fait partie de ces rares livres dont est émaillée l'histoire de la pensée juive. Sa nouveauté tient à ce qu'il ne se cantonne pas au côté métaphysique ou, encore moins, dogmatique, à un exposé des vérités du judaïsme mais intègre dans son analyse toutes les manifestations adjacentes, contradictoires et divergentes que cette histoire a pu produire.

  • "Ce livre voudrait aider ceux qui cherchent Dieu à tâtons en leur montrant les voies par lesquelles il se fait connaître. Il voudrait guider ceux qui connaissent Dieu en leur expliquant comment il se révèle de bien des manières, mais comment sa révélation en Jésus Christ et éminente et définitive. Il voudrait aider les chrétiens à situer dans leur connaissance de Dieu les diverses voies qui leur sont posées et à aimer la Bible sans déprécier la théologie et à faire de la théologie, mais sans négliger la mystique. Il voudrait surtout, dans un monde où Dieu paraît si absent, restituer les étapes par lesquelles Il s'est manifesté et par lesquelles il peut êtreretrouvé." J.D.

  • L'auteur montre pourquoi la notion de "mort de Dieu" pose plus de difficultés qu'elle n'en résout. Comment le Dieu dont on proclame la mort est un Dieu conceptuel, abstrait, désincarné, à la lettre une idole. Et comment la question de Dieu s'ouvre d'autant plus que cette idole ne cesse, sous nos yeux, de mourir... Dieu est mort donc, le Dieu des philosophes, le Dieu de la raison rationnelle : vive Dieu par conséquent, le Dieu de la distance, le Dieu mystérieux et insondable du credo quia absurdum. L'originalité de cette étude, à la fois rigoureuse et brillante, tient à ce que, pour la première fois, un philosophe chrétien reprend et se nourrit de problématiques aussi "hérétiques" que celles de Heidegger, Hölderlin ou Jacques Derrida.

  • Le Zen s'est développé aux VIe et VIIe siècles grâce à la fusion du bouddhisme Dhyana importé en Chine par Bodhidharma et du taoïsme. La pratique du zen doit mener à la vision de notre propre nature et à l'Eveil parfait, tel que Bouddha l'a vécu sous l'arbre Bodhi après une période intense de méditation. Le chemin pour parvenir à l'Eveil est la pratique du zazen : la méditation assise, en posture dite du "lotus" ou du "demi-lotus". La plupart des grands maîtres du zazen ont témoigné de leur expérience intérieure, et de cette recherche formelle sont nés les {koan}, aphorismes ou dialogues à caractère toujours paradoxal, qui frappent l'esprit du pratiquant et produisent chez lui l'Eveil. Des cinq grandes écoles chinoises, l'école Rinzai (ou "zen de la contemplation des mots") et l'école Soto (ou "zen de l'Illumination silencieuse" et de "la méditation pure") seules ont survécu. Si l'école Rinzai fait de l'étude du koan le centre de la pratique, le zen Soto a privilégié la méditation assise, sans objet, le zazen.

  • Née le 13 mars 1902 dans un village de la drôme, marthe robin est morte le 6 février 1981 dans la maison paternelle qu'elle n'avait jamais quittée. pendant trente années, cette femme simple et humble n'a pris aucune nourriture, aucune boisson. pendant trente années, chaque vendredi que dieu fit, elle souffrit les douleurs de la passion dont elle portait, sur le corps, les stigmates. cette femme fonda sur la terre quelque soixante-cinq " foyers de charité ". jean guitton, qui fut le témoin de sa foi, a voulu en faire le portrait en vérité, comme il le fit, il y a quarante ans, pour l'inoubliable monsieur pouget.

    C'est un livre admirable de profondeur et de ferveur. c'est aussi, à travers des entretiens avec marthe robin et divers témoignages de première importance, une extraordinaire chronique de la vie quotidienne, celle d'une femme élue par dieu.

    " dès ma première rencontre avec marthe robin, écrit jean guitton, j'ai conçu qu'elle serait à jamais pour moi une soeur de charité, comme elle le fut pour des milliers de visiteurs. et j'eus le pressentiment que je serais un jour conduit à la faire connaître au monde, attire par son génie. " c'est aujourd'hui chose faite. et de manière bouleversante.



    Jean guitton, (1901 - 1999), philosophe et chrétien, fut le seul laïque à siéger à la première session du concile vatican ii. il est l'auteur d'une oeuvre importante : dialogues avec monsieur pouget, le temps et l'éternité chez plotin et saint augustin, jésus, le cardinal saliège, ce que je crois.

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