Fantasy & Science-fiction

  • "A l'aube d'une journée d'été, en l'an de grâce 1872, j'assassinai mon père, acte qui, à cette époque, produisit sur moi une profonde impression." Les dix-sept récits de ce recueil appartiennent au fantastique, au surnaturel: maisons hantées, forêts maléfiques, fantômes... Une écriture glacée, un humour noir proche des surréalistes.

  • Dans le nord de l'Ouganda, une unité spéciale des forces américaines est décimée par de paisibles villageois, soudain assoiffés de sang et animés d'une force surhumaine qui les rend insensible à la douleur, aux blessures et à la peur. Seul le chef des opérations parvient à échapper, par miracle, à cette horde enragée.
    Le colonel Jon Smith, le microbiologiste de la très secrète unité Covert-One, est dépêché sur les lieux pour mener l'enquête et tenter de percer le mystère de ces attaques sanguinaires. Il ne tarde pas à trouver la trace d'une infection parasitaire, apparue de façon sporadique au fil des siècles, causant chez les personnes contaminées de violents accès de démence. Mais cette fois, l'épidémie se propage de façon alarmante et trop ciblée pour être naturelle...

  • "Dans Pékin ensevelie sous la matière noire d'un manteau de pollution, un homme parle. Cet homme est un savant. Il est climatologue. Pour nettoyer le ciel et fermer les centrales à charbon, pour repousser l'échéance mortelle d'une montée des eaux, il croit en la raison. Mais que peut la raison d'un homme lorsqu'autour de lui le monde est fou ?
    Trahir, en apparence. Et commettre une folie.
    Par passion amoureuse et par goût de l'argent, pour toutes ces raisons banales et mesquines qui font de lui un homme et non plus seulement un savant, cet homme renonce au confort des Lumières et accepte l'offre d'une milliardaire: préparer dans l'ombre du Parti communiste chinois la première manipulation grandeur nature du climat.
    Cela pourra être tragique - l'équivalent, dans l'histoire, d'un Hiroshima ou d'un Nagasaki. Ou simplement glorieux, comme la mise sur orbite du premier Spoutnik. Dans tous les cas, s'emparant du ciel, la Chine sera grandie.
    « Nous entrons dans une période de conséquences » écrivait Churchill en 1938. Pour lui aussi, nous dit-il, mais aussi pour vous, le temps des conséquences est venu." T.V.

  • La nouvelle est peut-être le genre qui convient le mieux à l'art très singulier de Marcel Schneider. Il faut du brio, le sens de la concision, le don des nuances ; toutes qualités que l'auteur possède et domine.

    Ces treize nouvelles (treize, est-ce un hasard ?) sont une illustration de la littérature fantastique, dont Marcel Schneider est à la fois l'historien et le représentant. Pour lui, la fiction n'est pas seulement l'occasion d'exercer sa fantaisie ; il s'y abandonne tout entier, comme un possédé. C'est au niveau des sens, et non pas de l'intelligence que cet écrivain un peu sorcier nous atteint ; il sait donner forme aux fantômes avec lesquels nous vivons, mais que nous ne voulons pas voir. Cet art n'est pas loin de la psychanalyse.

    Depuis qu'il est devenu familier de ces démons et qu'il vit avec eux dans une harmonie relative, Marcel Schneider est entièrement maître de son style qui n'a jamais été aussi riche dans son baroque flamboyant. En apparence, il n'est pas un écrivain de notre temps. Mais on pourrait bien s'apercevoir un jour que Marcel Schneider est un précurseur, comme d'autres solitaires qui s'appellent Julien Gracq ou André Pieyre de Mandiargues.

  • Depuis Le Chasseur vert jusqu'aux Deux miroirs, Marcel Schneider n'a cessé de poursuivre les souvenirs d'une jeunesse merveilleuse. Dans Les Colonnes du Temple, le romancier reprend son thème favori, en l'éclairant, en l'amplifiant.

    Le héros de cette histoire est un enfant sensible et fantasque ; il vit chez sa grand-mère, dans un sombre appartement du boulevard des Filles-du-Calvaire, au coeur du Marais. C'est un univers où le mystère et le quotidien se mêlent étroitement que lui révèle son aïeule, complice avec tendresse de ses rêves et de ses découvertes. Avec elle, il apprend à connaître, bien qu'ils aient depuis longtemps disparu, les " jardins de Beaumarchais " et la Tour du Temple, dernière prison de la famille royale. En sa compagnie, il passe tout naturellement des contes de fées aux légendes des terribles Chevaliers, dont les ombres mystérieuses continuent de planer sur le quartier. Le petit garçon émerveillé " joue au Temple " comme d'autres, à son âge, jouent aux billes ou à la marelle. La fréquentation d'une vieille dame spiritiste, amie de sa grand-mère, confirme l'enfant dans sa passion de l'insolite et des miracles occultes. Elle vit en effet dans une maison curieuse, gardée par un inquiétant portier, et correspond, on ne sait comment, avec son époux défunt.

    Un petit drame insignifiant prend soudain des proportions catastrophiques. Un après-midi, sans même y penser, l'enfant dérobe chez la vieille dame un camée, qu'il jette du reste aussitôt dans le ruisseau. Le soir-même, la dame meurt subitement. Le petit n'est-il pas le responsable involontaire de cette disparition ? Il n'est pas loin de le croire. Le remords s'insinue dans son coeur, d'autant plus que sa grand-mère, pense-t-il, a surpris son larcin.

    Désormais, son adolescence sera empoisonnée par cette inquiétude, qui pèse sur sa vie comme une malédiction. Elle fera de lui un jeune homme renfermé, solitaire, anxieux, que blessent le monde et ses réalités.

    Vers dix-huit ans, il retournera dans la maison, habitée par les descendants de la vieille maison. Il apprendra que cette bâtisse, qui fut une dépendance du Temple avant de devenir la demeure de Cagliostro, recelait encore bien des secrets, qu'il percera les uns après les autres. La découverte, par hasard, du fatal camée, chez un brocanteur, lui permettra de briser enfin le charme, le libérant des maléfices qui avaient marqué ses premières années. Le voici prêt, après avoir brisé Les Colonnes du Temple, à entrer dans " la vraie vie ".

    Ce roman, traité comme un conte, est en fait le récit délicieux d'une enfance heureuse, malgré les sortilèges, les fantasmes d'un esprit étonnamment sensible et précoce.

    Marcel Schneider n'en néglige pas pour autant les pensées graves qui lui sont chères : l'amour, l'érotisme, la mort demeurent à chaque instant présents au coeur de cet enfant prédestiné.

    Dans un style d'une pureté presque baroque, il réussit à confondre, pour notre plaisir, les souvenirs, la légende, l'histoire et la fiction ; il rejoint ainsi le réalisme fantastique des grands romantiques, dont il est, en France, de nos jours, l'un des rares et l'un des plus précieux héritiers.

  • Ce livre est la chronique des lieux magiques de Paris. Non pas le Paris où se sont déroulés les événements majeurs de l'histoire nationale : le Louvre, la Place de la Révolution ou l'Hôtel de Ville, mais le Paris où a pris corps la figure singulière de notre civilisation, l'Hôtel de Rambouillet, le théâtre de Molière et de Racine, la maison de Cagliostro, le jardin des Feuillantines, la Place des Vosges. Une histoire originale et poétique de la ville capitale.

  • Nul ne sait le prénom de l'enfant prodigue, mais pour Marcel Schneider, connaisseur du mystérieux, il s'appelle Augustin, comme l'auteur des Confessions, et c'est la veille de Noël qu'il fait à Mme Delaccour, sa mère, le cadeau de revenir dans la petite ville de l'Est, où elle l'attend depuis des années. Veuve à la suite d'un étrange accident d'avion, elle s'est confinée dans la vie dévote, tandis qu'Augustin cherchait au loin la révélation d'un bonheur différent, trouble, aventureux, et qu'il n'a sans doute pas trouvé. En apparence, chez les Delaccour, rien n'a changé. Tolie et Firmin, le vieux couple de domestiques, continuent de mener la maison avec la même fidélité bourrue et le fils prodigue se coulerait peut-être à nouveau dans la douceur du nid retrouvé s'il ne sentait partout la menace d'un sortilège. Qui donc est cette jeune fille qu'il semble être le seul à rencontrer, aux abords de la demeure familiale ? Comment M. Delaccour, qui détestait les voyages, a-t-il pu disparaître dans une catastrophe aérienne aux antipodes ? Avec Marcel Schneider, on n'est jamais sûr de rien jusqu'au dernier mot de la dernière page ; c'est le talent des romanciers fantastiques d'égarer le soupçon pour mieux nous apprendre l'envers des choses, les vérités cachées.

  • Tout en sachant ce qui, dans toute vie, relève du hasard et de la nécessité, je ne plaiderai pas l'irresponsabilité. Les bêtises que j'ai faites, c'est bien moi qui les ai commises. J'aurais pu devenir un échantillon de consommation courante, respectueux des usages et des préjugés en cours. J'ai préféré m'écarter du troupeau et réaliser le personnage que me proposait mon imagination. Ce n'est pas impunément que l'on devient ce personnage de fiction : on se coupe du reste des hommes. Qu'est-ce qui justifie pareille prétention ? Rien. Un moine qui se soumet à une ascèse répond à l'appel de Dieu, un soldat au sens de l'honneur : je ne m'en suis remis qu'à mes chimères et me voici mal à l'aise dans mon époque, réactionnaire tant qu'on voudra, le survivant d'un monde qui n'a jamais existé que dans ma tête ! Sans cesse je passe du tourment à la sérénité, de l'incertitude à la foi. Je ne me vante pas de ce que je suis, je ne me renie pas non plus. Si je ne me confonds pas avec ma vie, ma vie est pourtant ma première raison d'exister. M.S.

  • Depuis 1951, l'auteur de l'{Histoire de la littérature fantastique en France} poursuit une oeuvre en marge des modes, louée par des écrivains aussi peu semblables que Jean Cocteau ou Julien Gracq. " Marcel Schneider n'a jamais cessé d'appeler de ses voeux un envers du monde, un hors du monde ", dit Georges-Olivier Châteaureynaud dans son texte de présentation. On a voulu ici, en empruntant, entre autres, les meilleurs contes de {Déjà la neige} ou de {La {Lumière du Nord}, augmentés de nouvelles inédites, redire au lecteur quel maître du fantastique se cache chez ce misanthrope courtois. Le recueil suit un ordre chronologique qui n'oublie aucun des thèmes chers à ce rêveur de destins : la trahison, l'amour incompris, l'innocence perdue, etc. En Alsace, à Venise, dans la lumière du Nord ou à l'ombre des châteaux de granit, les personnages de Marcel Schneider ont en commun d'aspirer à l'ailleurs.

  • "Ce grand pays, notre voisin, qui s'appelle l'Allemagne, reste un inconnu, une énigme en tout cas. Nous inventons l'Italie à travers Stendhal, l'Espagne à travers Mérimée et Bizet. Rien de tel avec l'Allemagne qui n'évoque pour nous que des champs de bataille, Sedan, Verdun et l'Occupation de 1940.Cela suffit-il pour l'éliminer de notre univers imaginaire ? Nous lui devons plus que nous ne pensons. Le Moyen Age doit son premier éclat au Saint Empire romain germanique. Puis, il y a eu Goethe et Schiller, Hölderlin et Nietzsche : mais une nation ne saurait vivre de nostalgie.Faut-il encore avoir peur de l'Allemagne ? Est-ce une raison pour refuser toute existence à une pathétique allemande ? Je ne le pense pas. Les thèmes de cette poétique sont ceux qui, depuis des siècles, ont imposé à l'humanité leur universalité.C'est avec les yeux des poètes qu'il faut regarder l'horizon de l'Allemagne."

  • Traduit de l'américain par Eric Wessberge En essayant de soigner son père avec le Vasclear, médicament miracle censé guérir l'artériosclérose, le cardiologue Brian Holbrook découvre des effets indésirables que les fabricants ont dissimulés dans l'espoir de faire homologuer leur produit par la tatillonne FDA.
    Une course de vitesse s'engage alors entre le médecin, qui se fait enquêteur, et la direction de l'Institut qui escompte des profits faramineux. Quelques jours avant la signature officielle de l'autorisation de mise sur le marché, Brian tombe dans un guet-apens : des tueurs ont été commandités par la mafia tchétchène qui contrôle le laboratoire produisant le Vasclear...
    Michael Palmer a été médecin hospitalier dans de grands hôpitaux américains. Il est l'auteur de plusieurs best-sellers, dont trois thrillers médicaux parus chez Grasset : De mort naturelle (1996), Traitement spécial (1997) et Situation critique (1998).

  • Depuis Le Chasseur vert jusqu'aux Deux miroirs, Marcel Schneider n'a cessé de poursuivre les souvenirs d'une jeunesse merveilleuse. Dans Les Colonnes du Temple, le romancier reprend son thème favori, en l'éclairant, en l'amplifiant.Le héros de cette histoire est un enfant sensible et fantasque ; il vit chez sa grand-mère, dans un sombre appartement du boulevard des Filles-du-Calvaire, au coeur du Marais. C'est un univers où le mystère et le quotidien se mêlent étroitement que lui révèle son aïeule, complice avec tendresse de ses rêves et de ses découvertes. Avec elle, il apprend à connaître, bien qu'ils aient depuis longtemps disparu, les " jardins de Beaumarchais " et la Tour du Temple, dernière prison de la famille royale. En sa compagnie, il passe tout naturellement des contes de fées aux légendes des terribles Chevaliers, dont les ombres mystérieuses continuent de planer sur le quartier. Le petit garçon émerveillé " joue au Temple " comme d'autres, à son âge, jouent aux billes ou à la marelle. La fréquentation d'une vieille dame spiritiste, amie de sa grand-mère, confirme l'enfant dans sa passion de l'insolite et des miracles occultes. Elle vit en effet dans une maison curieuse, gardée par un inquiétant portier, et correspond, on ne sait comment, avec son époux défunt.Un petit drame insignifiant prend soudain des proportions catastrophiques. Un après-midi, sans même y penser, l'enfant dérobe chez la vieille dame un camée, qu'il jette du reste aussitôt dans le ruisseau. Le soir-même, la dame meurt subitement. Le petit n'est-il pas le responsable involontaire de cette disparition ? Il n'est pas loin de le croire. Le remords s'insinue dans son coeur, d'autant plus que sa grand-mère, pense-t-il, a surpris son larcin.Désormais, son adolescence sera empoisonnée par cette inquiétude, qui pèse sur sa vie comme une malédiction. Elle fera de lui un jeune homme renfermé, solitaire, anxieux, que blessent le monde et ses réalités.Vers dix-huit ans, il retournera dans la maison, habitée par les descendants de la vieille maison. Il apprendra que cette bâtisse, qui fut une dépendance du Temple avant de devenir la demeure de Cagliostro, recelait encore bien des secrets, qu'il percera les uns après les autres. La découverte, par hasard, du fatal camée, chez un brocanteur, lui permettra de briser enfin le charme, le libérant des maléfices qui avaient marqué ses premières années. Le voici prêt, après avoir brisé Les Colonnes du Temple, à entrer dans " la vraie vie ".Ce roman, traité comme un conte, est en fait le récit délicieux d'une enfance heureuse, malgré les sortilèges, les fantasmes d'un esprit étonnamment sensible et précoce.Marcel Schneider n'en néglige pas pour autant les pensées graves qui lui sont chères : l'amour, l'érotisme, la mort demeurent à chaque instant présents au coeur de cet enfant prédestiné.Dans un style d'une pureté presque baroque, il réussit à confondre, pour notre plaisir, les souvenirs, la légende, l'histoire et la fiction ; il rejoint ainsi le réalisme fantastique des grands romantiques, dont il est, en France, de nos jours, l'un des rares et l'un des plus précieux héritiers.

  • Le fantastique, pour Marcel Schneider, est une irruption de l'irrationnel dans la vie la plus quotidienne, une déchirure qui permet d'entrevoir " l'espace du dedans ". Né de l'inquiétude, il est un remède à l'inquiétude, peut-être un moyen de capter ingénument l'invisible et d'approcher le sacré dans une période littéraire de plus en plus encombrée par le réalisme ou l'abstraction théorique des professeurs.
    Dans le bref essai qui ouvre ce volume, Marcel Schneider démontre brillamment que les visionnaires sont parfois plus proches des lois naturelles que les savants, de même que Balzac est un peintre plus vrai que Saint-Simon. En vérité, de l'Enéide à Faust, les grandes oeuvres sont toujours fantastiques, et créatrices de mythes. Toutefois c'est le modeste Hoffmann qu'on peut considérer comme le père de la littérature fantastique, genre nouveau, dont l'importance n'a fait que croître depuis le XIXe siècle. À mi-chemin de la poésie et de la vérité, c'est une échappée libre et solitaire dans un monde engagé, un moyen de " connaissance par les gouffres " où doivent s'aventurer par élection les esprits que tentent la découverte et l'absolu.
    Comme pour nous en donner le go-t, l'auteur nous propose trois nouvelles, parmi les plus belles qu'il ait jamais écrites. De la tendre et fugitive " Dame de Noël ", avec sa couronne de bougies, messagère de l'inconnaissable, au couple tragique du Granit et l'Absence qui nous entraîne vers le " tramonde " auquel aspirent les condamnés d'ici-bas, sans oublier le conte étrange de ce roi maudit qui semble surgi des légendes germaniques, c'est la même approche des mystères, le sang qui coule sur la neige, une commune richesse des images et des couleurs dans l'harmonie inspirée. C'est aussi la même " déchirure " soudaine, qui laisse deviner l'angoisse, le vertige de la mort désirée, le secret des révélations essentielles, l'âme des choses.
    Héritier d'une tradition qu'il connaît mieux que personne, Marcel Schneider ne cesse de la renouveler, de l'approfondir, avec un art de livre en livre affirmé qui a fait de lui un maître du fantastique, et l'un des tout premiers écrivains de sa génération, bien qu'à nul autre comparable.

  • Si l'on se souvient qu'on appelle " vanités " les peintures qui représentent symboliquement, par des emblèmes ou des allégories, la fuite du temps et la brièveté sans recours de la vie, on comprend aussitôt le sens du titre et le propos du livre de Marcel Schneider, tel qu'il nous l'explique lui-même : " Je vis entre deux vanités, suspendues aux murs de ma chambre, de l'un et l'autre côté de mon lit ; elles figurent mon ermitage dans le désert. L'une, dans le go-t espagnol, suggère le parfait désenchantement ; sur le mur opposé, l'autre, d'une inspiration mondaine, et qui provient du nord de la France, énumère les plaisirs des sens. Je passe d'une vanité à l'autre, et c'est passer d'un monastère castillan dans un salon parisien : deux ordres de pensée, deux styles de vie, deux façons d'aimer. Mais c'est en moi que je me promène, dans des régions de mon esprit où tour à tour, et quelques fois en même temps, m'attirent des aimants auxquels je ne cherche pas à résister. Je vais ici et là, selon l'heure et l'occasion, et quel mal de céder à ses penchants qui ne se contredisent que pour un esprit borné ? " Du côté de l'Estramadure, avec Zurbaran, le Greco, sainte Thérèse d'Avila, Charles-Quint, Don Juan, ou du côté de chez Proust, après Nerval et Delacroix, l'auteur traque une certaine idée de l'éternité qui le hante, où se mêlent symboles et fantasmes. Partout et toujours, les mystiques aussi bien que les poètes ou les peintres tirent leur gloire du mépris d'autrui. Ils apportent d'ailleurs leurs certitudes et leur génie.
    Avec cette provocante limpidité qui lui est coutumière, Marcel Schneider nous introduit dans son univers, où la morale commune et les préjugés à la mode n'ont pas plus cours que la vanité.
    En forme de méditation, coupé de nouvelles et de brèves études, cet ouvrage profond et surprenant est un voyage au-delà des apparences, dans le merveilleux quotidien d'un esprit rare, qui sait être grave sans jamais peser.

  • Des statues géantes, d'aspect terrifiant, montent la garde à la frontière. Au-delà s'étendent des forêts pleines de silence et d'horreur, où nul n'a pénétré et qu'on croit habitées par des démons. On appelle ces statues les guerriers de pierre, on craint

  • Tout en jouant au jeu de l'oie, Marcel Schneider raconte les moments décisifs de sa vie. Les obstacles majeurs fixés par la tradition : le pont, le château, l'auberge, le puits, le labyrinthe, la mort et le lac sacré servent à relier confidences, récits et réflexions. Ce jeu intéresse chacun de nous. On avance, on marque le pas, on revient en arrière, on passe son tour : n'est-ce pas là le rythme de toute vie ?Le jeu de l'oie qui tient de la confession, de l'essai et du recueil de nouvelles, ne rentre dans aucun genre défini. En cela, il reflète fidèlement l'auteur qui ne se range dans aucun parti, n'adhère à aucun groupe, pas même à une école littéraire et qui ne s'en porte que mieux, bien que faire cavalier seul ait toujours été une attitude téméraire. En marge de la littérature actuelle.Le jeu de l'oie diffère de tout et ne ressemble qu'à lui-même. On goûtera la singularité de la pensée et la concision élégante du style : les lecteurs raffinés attachent encore de l'importance à ces qualités-là. C'est à eux que Marcel Schneider dédicace son Jeu de l'oie.

  • Au temps des guerres de Napoléon, un officier autrichien, perdu dans les Alpes de Carniole. Seul et blessé, parmi les montagnes où il vient d'enterrer son ordonnance, Franz-Sylvius von Willersdorf ne peut plus attendre qu'une mort prochaine ; les Français ont exterminé ses compagnons d'armes, et les partisans slovènes, cachés dans les forêts, passent pour impitoyables et sanguinaires...
    On dirait le début d'un conte romantique, mais c'est un tour surréaliste que prend l'aventure du jeune homme. Quand il se réveille, dans une caverne, il se demande pourquoi les hors-la-loi l'ont épargné et quel est l'avenir qu'ils lui réservent. Dans son délire, le lieutenant assiste à des scènes singulières, presque barbares ; est-ce une vision née de sa fièvre, une réalité ?
    Il vivra désormais dans un monde à part. Il ne s'étonnera pas d'être enfermé dans un château, à la merci d'une princesse patriote et passionnée, dont il reste " la prise de guerre ". Qui est cette Bogomila ? Quelle raison a-t-elle de lui sauver la vie ? Un simple caprice ? Mais peut-elle être à la fois sa maîtresse et son ennemie ?
    Quel est le sens des noces wagnériennes auxquelles on le conviera plus tard ? Serait-ce une initiation ? Et comment se retrouvera-t-il, après un an de captivité, devant un conseil de guerre qui l'accuse d'espionnage et de trahison ?...
    Il ne faudra pas moins d'un secours surnaturel pour tirer Willersdorf de ce mauvais pas et lui permettre de revoir une dernière fois, en Slovénie, une Bogomila toujours aussi mystérieuse, malgré la défaite de sa cause et l'écroulement de ses illusions.
    Comme souvent chez Marcel Schneider, la poésie nous emporte. Une sorte de logique onirique rend nécessaires les péripéties les plus inattendues, parce que la puissance d'évocation d'un maître du fantastique suffit à leur donner la vérité de l'évidence.
    Tout intérieure, cette évidence, mais Marcel Schneider compte parmi ces rares auteurs qui savent nous faire pénétrer dans leur rêve, au point que ses songes nous habitent, et bientôt nous appartiennent.

  • Un homme se débat dans sa nuit intérieure. Il rêve, il est rendu au temps sans durée : il navigue dans l'arche avec Noé, il polit l'émeraude du Graal, il connaît la forêt médiévale et ses animaux héraldiques, il fuit le tyran colossal et se réfugie dans les grottes de la mémoire. Le rêve nous donne le fil de l'histoire universelle et nous permet de la lire à l'envers. La nuit fait de chacun de nous un être qui revit toutes les aventures de l'humanité, ses désirs, ses terreurs et ses mythes.
    Au cours de cette nuit de longtemps où tout recommence sans s'achever jamais, Arno médite sur le mal, la grâce et la souveraineté : ces trois motifs conducteurs se tiennent et ne font qu'un, le mal étant corrigé par la grâce et la grâce donnant la souveraineté.
    Fidèle à lui-même, Marcel Schneider explore le domaine de la littérature irrationnelle, qu'elle soit le fantastique ou le merveilleux. Dans la Sibylle de Cumes, il avait tenté d'expliquer un rêve unique, privilégié. Dans la Nuit de longtemps, il approfondit son dessein et va plus loin encore dans la connaissance de lui-même, c'est-à-dire de tous. C'est une clé des songes à l'usage de ceux qui, pareils à Marcel Schneider, ne vivent ni dans le passé ni dans l'avenir, mais dans ce qui est perdu.

  • Pour un écrivain fantastique, le rêve et la réalité sont étroitement apparentés l'un à l'autre. L'invisible demeure toujours à fleur de vie, si proche, si tentant. L'état de grâce suffit pour s'y retrouver ; il s'agit ensuite de déchiffrer l'énigme, et de traquer la révélation profonde qu'elle réserve à ceux qui savent ne point se perdre au coeur du labyrinthe.
    Marcel Schneider est le guide " rêvé " dans ces forêts obscures du songe. Sa référence littéraire à La Sibylle de Cumes intriguera peut-être. Mais n'est-ce pas la Sibylle qui enseigna le chemin des Enfers à Enée, ainsi que le moyen d'en revenir ? L'auteur des Colonnes du Temple et de La Branche de Merlin nous invite ici à le suivre dans un voyage un peu semblable.
    Son livre est le récit d'un rêve, suivi d'une tentative d'interprétation, ou plutôt d'élucidation progressive, menée avec une rigueur digne des analyses de Jung. Marcel Schneider, cependant, ne joue pas au philosophe ; doué de ce style d'une clarté irréprochable qu'on lui connaît, il reste un écrivain, d'abord. Sa recherche de la vérité demeure passionnante de bout en bout : c'est une manière de roman policier où Jérôme Bosch mènerait l'enquête, assisté de Gérard de Nerval.
    Transporté " au-delà de ce monde ", le lecteur ne s'y sent pas dépaysé ; il y reconnaît les grands mythes et les démons dont nous sommes tous habités. " Chercherait-on quelqu'un d'autre, on ne trouverait que soi ", déclare le narrateur. Cela vaut aussi pour chacun de nous. Ce bref ouvrage, mais d'une singulière plénitude, nous propose - mieux, nous impose - de nouvelles pistes pour explorer nos petits enfers personnels, que nous essayons trop souvent d'ignorer avec tant de soins inconscients...

  • Dans ce recueil d'essais et de réflexions, Marcel Schneider revient sur un certain nombre de thèmes qui lui sont chers. « J'ai toujours su, écrit-il, que je ne trouverai pas ma place dans ce qu'on appelle le monde réel, parce que pour y tenir une place, si humble soit-elle, il faut y croire. Je n'y crois pas. Je fais semblant d'y croire, je porte un masque pour me rendre pareil à mes concitoyens. J'ai été professeur, chroniqueur musical, journaliste littéraire et écrivain. Cela me tient lieu de pièces d'identité, mais cela n'a rien à voir avec la vérité de mon être. La mondanité m'a servi d'écran protecteur. » Cet autoportrait dit en quelques mots la vérité d'une âme. Viennent ensuite, dans un désordre qui n'est qu'apparent, des souvenirs sur le prince Pierre de Monaco ou sur Marie-Laure de Noailles, Malaparte à Royaumont, Liliane de Rotschild, mais aussi de courts essais et méditations, sur la musique, Racine, Schubert, le fantastique, la Foi, la peinture des Vanités, la mort et le memento mori. Le tout est tissé d'anecdotes, de traits tantôt plaisants et tantôt graves. Dans le registre plaisant, le mot de la grand-mère de Marie-Laure de Noailles, la comtesse de Chevigné, qui n'aimait pas l'auteur de la Recherche, sur « les dindonnades de Proust » - elle se servait de ses lettres pour estimer la température de son fer à friser. Il y a même, dans ces pages, mai 68, ce qui nous vaut l'habituel numéro du cher Marcel, réactionnaire et fier de l'être : « N'oubliez pas que je suis d'Ancien régime. ». On voit aussi passer la silhouette d'Yves Berger évoquant dans les jardins de la Villa Médicis l'âge des pins parasols. Marcel Schneider termine par une méditation sur « la mort inéluctable », qui débouche sur cette prière et sur une inquiétude déjà démentie par le courage qu'elle recèle : « Pourvu que je ne tremble pas trop, que les affres de l'agonie ne tirent pas de moi plus de râles et de cris qu'il est permis ! »

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