La Rumeur Libre

  • Notre défi invisible, ce sont des carnets écrits presque au jour le jour, des notes, des bouts de phrases, des dessins sur papier, admirateurs zélés de la vie qui passe, meurt, naît, ressuscite, s'efface, rejaillit, tremblante, démoniaque, heureuse. Et cela dans l'admirable silence du mouvement, des rythmes infinis. Vivre est la danse d'un funambule. Aux livres, j'ai souvent préféré la belle palpitation du monde et suis allé au dehors pour amasser toute la chaleur du soleil, sa bonté inouïe. J'ai flâné longtemps sans jamais me lasser de cette contemplation peu ordinaire. Les visages des hommes sont sans mensonge. Les plis de leurs yeux disent la vérité. Sous ce ciel, il y a trop d'injustice et cette injustice soulève en moi des tempêtes. Ce chant massif, je l'entends. Cela vous donne, si j'osais ce mot, une sorte de responsabilité, d'humilité à l'égard de chaque phrase, de chaque être que vous fûtes un jour amené à croiser.

    Les textes sont datés, restitués chronologiquement, avec indication des lieux.
    528 pages de ce grand voyageur qu'est Joël Vernet, couvrent ce lent chemin parcouru de 1978 à 2016.

  • De courts textes qui s'appuient sur de simples faits de la vie de tous les jours. Ce monde qui relève de nous tous, est traité dans une langue poétique qui lui assure une forme rare de grandeur du quotidien.

  • C'est dans son atelier que Guillaume Métayer nous invite, en nous proposant de partager avec lui des expériences singulières de traduction.
    La formule « traduction, poétique », sous-titre du présent essai, doit s'entendre : une première fois, au titre de la riche tradition de réflexion théorique dans laquelle il s'inscrit, et une deuxième fois, au sens où l'effort de la traduction apparaît ici sous sa forme la plus vivante et la plus incarnée.
    Les douze chapitres de cet essai, forment autant de rebondissements réflexifs et poétiques, qui se lisent comme le récit d'une traversée : traversée des langues, des espaces - notamment des champs centre-européen, allemand, slovène et hongrois dont l'auteur est un des meilleurs connaisseurs actuels. À l'horizon de ce parcours parfois périlleux, la catastrophe heureuse par quoi la poétique de la traduction se fait, purement et simplement, poésie.

  • Sélection de poèmes d'Adrienne Rich, jamais traduite en France. Une voix lyrique familière, intime, une voix de femme américaine, porteuse de tradition, une voix whitmanienne, transcendantaliste, et gauchissant cette tradition pour l'élargir.
    Il y a chez Adrienne Rich une adhérence à la vie. Engagée dans les conflits et la lutte qui se mènent pour aller de l'inconscient au dicible, puis à l'action. Sa poésie, dit-elle, est « une longue conversation avec les aînés et avec le futur ».

  • Anthologie poétique de Jordi Pere Cerdà, édition bilingue français-catalan. Le choix des poèmes est du traducteur, Étienne Rouziès, il suit l'ordre de parution des recueils, de 1951 à 1966, et le dernier de 1988, réalisé en suivant l'édition de la Poesia completa établie par Marie Grau en 2013 (Barcelone, Viera Ediciones). Comme sous un flot de sève : c'est ainsi qu'on se sent en lisant la poésie de Jordi Pere Cerdà (1920 - 2011). Un flot de sève jailli des émotions les plus viscérales, du vécu. Que le poète évoque la nature, le désir, l'engagement, le deuil ou l'angoisse existentielle, les émotions sont là intactes, transcendées, brasillantes. Elles sont au coeur. Cerdà est un passeur : il fait passer l'émotion dans la langue. Cerdà est un tisseur : il trouve les images justes et les combine dans une composition unique, dense et complexe. Il y a dans sa poésie une force incantatoire, quelque chose de chamanique, de païen. Le poème est une offrande. Le poète, un sorcier.

  • Au fil des années Patrick Laupin a rencontré nombres d'enfants "cassés dans la langue".
    Il parle de ces lieux, moments où les enfants, souvent en institutions, s'écrivent, renaissent, touchant magnifiquement à la vie, la leur, la nôtre. Infiniment riche.

    Patrick Laupin remonte l'histoire de ces rencontres avec les enfants, donnant sens aux situations, depuis des dizaines d'années.
    Lecture qu'on ne "lâche" pas, touchés à vif que nous sommes.

  • Shoah (1985), film de Claude Lanzmann, fut et demeure réponse à la question qu'Adorno formulait pour ses contemporains : « Pouvons-nous, encore. ? ». Mais qui protégera la Shoah et Shoah, maintenant que Claude Lanzmann est mort ? Protéger de quoi ? De l'inéluctable devenir culturel touristique, souvenir de voyage, produits dérivés d'Auschwitz. Sous le déluge du fake et de la trumperie mondiale, quelle arche alors transportera le témoignage jusqu'à quelle colombe ?
    Dans ce livre, qui atteste d'une longue amitié, il est moins question du salut pour les Juifs que d'un salut par les Juifs, universel et profane, dont le marranisme moderne ferait l'exemplarité - modèle, mais comment ? - pour un salut des Nations, au seuil d'un chaos destructeur, à quoi il faut que succède une trêve infinie qui remplace le projet du XVIIIème siècle d'une « paix perpétuelle ».

  • "Le silence d'une maison où l'enfance s'est tue, prêt à rejoindre les étoiles".
    Joël Vernet nous emmène dans les burles de son pays rustique, les beautés de "ses" paysages, à l'écoute de son école, de son instituteur, dans la rudesse néanmoins si douce, les émerveillements et les privilèges de cette vie dans la nature, qui aideront à dépasser la disparition jamais expliquée de ce père qui déjà travaillait au loin. Le creuset de ses choix de vie, poète qui part dans le monde, à la rencontre d'autres merveilles humaines et de nature, habité par l'amour chaleureux et vaillant de cette mère qui restera silencieuse jusqu'au bout.
    Un récit distillé en chapitres et deux grandes parties titrées, une langue douce et précise, rythmée par le souffle de Joël Vernet.

  • Un poème est passé est une anthologie conçue par temps de pandémie. Une anthologie née d'une situation exceptionnelle - que nous souhaiterions garder en mémoire comme quelque chose d'exceptionnel, dans le sens d'absence de répétition. Des voix poétiques confirmées, d'autres plus discrètes. Des écritures habituées, des écritures de toute première fois, mais de nombreuses écritures à partager. Rassembler, oui, en un même volume une sélection de textes, pour la plupart inédits, dont certains ont tout de même fait l'objet d'une première apparition, notamment sur le net, grâce à la lettre d'information de l'Espace Pandora, « 100 pour 100 ».

  • Il est encore temps d'aller aux fontaines, de trancher les secondes comme un fruit, d'écouter le chant des paroles montant de Babel.
    Personne n'est plus dans sa vie, dans aucune vie. Oui, tout est à réinventer, tout. Même l'amour, surtout l'amour et la bonté. Ces deux diamants qui se sont éteints au cours des siècles, sur lesquels nous avons jeté les eaux de nos tourments, sur lesquels nous crachons notre fiel. Oui, tout est à faire jaillir de la lumière, pour étendre la liberté, la liberté de tous. Nous sommes au matin de l'aventure fabuleuse, avec nos outils de préhistoire, nos goûts de caverne, nos vieux démons. Nous manquent la fraîcheur des sources, le renouveau des fleuves, la fraternité des oiseaux. Nous manque le plus simple que nous avons relégué aux oubliettes. Il est encore temps d'aller aux fontaines.
    Ce livre est composé de quatre parties.

  • Yanis créa toutes ses écritures et ses pastels à l'hôpital de jour Jean Dechaume de septembre 2012 à juin 2013. Il avait alors huit ans. Ses carnets écrits, son livre, méritent l'attention de tous. Il y a une telle beauté, et une force, un héroïsme naturel, dans ses créatures d'art qui surgissent tout droit au contact, qu'elles touchent plein centre le miracle d'invention de l'enfant qui explore le mystère du monde. Ses mots sont des natures vivantes de rêve, de chair et de couleur, qui animent en profondeur les appuis et les pesanteurs de sa vie terrestre. Il a une telle faculté de joie, une aptitude au bonheur, il parle un coeur, le sien. Il va droit au but et s'émerveille avec la volubilité de l'enfant qui parle tout haut et tourne ses mots dans sa bouche pour se rassurer et s'étourdir. Avec la vitesse de pierre lisse des galets d'un torrent.
    Je remercie Séverine, la maman de Yanis. Autorisant la publication de ce livre elle témoigne d'un grand geste d'amour et de confiance pour le talent de son petit garçon et pour tous les lecteurs qui viendront. Elle permet que chacun puisse ressentir pour lui-même en laissant venir ces mots, ces phrases, ces noms, ces gestes, toute cette musique et son audition colorée, toute cette tendresse magique de touche du seul et unique acte magnifique de vivre.
    Patrick Laupin (extrait de la préface).

  • « Je ne sais pas. Je n'ai jamais su où aller. Mais ce que je sais, c'est que je ne suis pas un prophète. Méfiez-vous des prophètes. Ailleurs, le monde est le même qu'ici. N'imitez pas ce qui est loin de vous. Est venu le temps de la réinvention, de l'invention, de la vie simple, du Recommencement. Aimez ce que vous faites, l'odeur du pain qui sort de vos fours parce que vous avez pris grand soin des céréales, penchez-vous sur ce qui tremble, qui est incertain, écartez ces produits de mort qu'on vous délivre, dites aux enfants que vous ne voulez plus détruire la terre, empoisonner les océans, qu'il vous appartient maintenant, à chaque seconde, d'être déjà fiers de l'avenir. Ne succombez pas à la parole du plus grand nombre. Vous n'êtes pas seuls, d'autres, comme vous, ont su ouvrir leur regard. Votre travail est beau. Le mien n'est pas son contraire. Les uns et les autres voulons voir la beauté du monde. Cessons de détruire et accompagnons tout ce qui est vivant, allons sur les chemins, ne craignons plus de nous éloigner, de nous perdre. La vie, ce n'est pas l'Histoire, la vie est éternelle. Ne nous laissons pas gouverner par l'Histoire. Mais sachons nous pencher sur un brin d'herbe, ici, sachons voir un regard qui nous appelle ».

    Joël Vernet

  • Au fil des pages, l'auteur distend le fil « perdu depuis des lustres » sur lequel il avance hardiment dans sa quête inépuisable de « l'énigme de vivre ». « Remuez, remuez désespérément, vibrions tragiques entraînés dans une aventure complexe », semble se désoler Aragon. L'optimisme lucide de notre poètefunambule, l'humour parfois inquiet de ses textes les plus récents nous forcent à l'encourager et sans doute à le suivre.

  • Froissements

    Anne Lorho

    Recueil de courts textes, poèmes, où le corps est central, comme pris dans les pensées ou les mots qui s'inscrivent dans la chair. L'univers autistique, que l'auteure côtoie quotidiennement, est un lieu d'inspiration qui la pousse à imaginer ces bribes de corps qui tombent, ces limites incertaines, ces corps bleus qui peuplent son recueil.

  • De courts textes chacun tient dans une page. Dans ce bloc, dense, compact, et dans cette légèreté pourtant, ce flux, cette coulée de larmes : je crois n'avoir rien découvert d'aussi beau depuis les élégies de Rilke. Sans doute est-ce parce que cela « tombe » en prenant son essor, en se mêlant aux nuages, aux étoiles, à la volubile floraison du sang. (extrait de la 4ème de couverture de Lionel Bourg).

  • 71 textes adressés à 71 animaux, accompagnés de 25 dessins. Une correspondance, un chant d'amour que l'auteure a fini par partager avec le lecteur. Une préface d'Eric Baratay, Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Lyon, spécialiste de l'histoire des animaux : « Albane Gellé exprime, à sa manière, tout en littérature, un souhait croissant en Occident: passer sur le versant animal des choses, aller du côté des animaux, s'en approcher au mieux pour mieux les saisir, les ressentir, les vivre, avec empathie et générosité. Elle proclame aussi la conscience nouvelle de vies animales, non pas inférieures, bestiales, bêtement instinctives, comme on l'a longtemps affirmé pour préserver des intérêts humains bien pesés, mais différentes, diverses, riches, étonnantes, même exceptionnelles puisqu'il ne s'en trouve pas ailleurs. (extrait)»

  • L'ouvrage réunit cinq brèves chroniques rédigées entre novembre 2019 et mai 2021, soit avant et pendant la pandémie de la Covid-19, dans lesquelles l'auteur, fort de son expérience d'administrateur culturel, livre ses réflexions et ses interrogations - parfois aussi ses humeurs - sur l'évolution du monde culturel et, notamment, du spectacle vivant, à l'heure de la mondialisation, du numérique et de la crise sanitaire. Sans jamais, pour autant, abandonner sa conviction que, en ces temps plus encore qu'hier, le soutien à la création et au partage des oeuvres constituent, pour la puissance publique, une « ardente obligation ».

  • (...) un essai sur les possibles, un pari sur l'ouverture de l'imaginaire que nous offre le monde, sur ce quelque chose qui est toujours tension, mouvement latent, déplacement et jamais immobilité (...) une juxtaposition inouïe de contrastes qui fait resplendir ces poèmes en fulgurations qui diffèrent à chaque lecture comme des palpitations argentées sur la surface mobile d'une mer de sens. Jeanine Baude, originaire du Midi, de cette étendue inclinée de la Méditerranée, mer fermée, utérine, où palpite le bleu intense, plonge ses racines poétiques dans la beauté houleuse, rude, illimitée et convulsive de la Bretagne et de ses îles fouettées par la mer et submergées par l'humidité et la fureur grise.

    Ce volume contient la réédition intégrale des ouvrages suivants :
    - Ouessanes, Sud poésie, 1989 ;
    - C'était un paysage, Rougerie, 1992 ;
    - Incarnat désir, Rougerie, 1998.

  • " Louise L.Lambrichs promène sa lanterne sourde dans la pénombre, nous entraîne sur de fausses pistes, attise une curiosité qu'elle veille à ne pas satisfaire. Cette romancière, révélée par "Le Journal d'Hannah" et "Le Cercle des sorcières", montre un goût britannique pour les maisons, les jardins, qu'elle se plaît à décrire. Elle a planté des glycines dans ses labyrinthes et ciré les rampes d'escalier dont le contact lui restitue son enfance. "C'est bien joli, tout ça, protestera le lecteur, mais on ne perd pas une main par distraction. A qui appartient celle que l'on a repêchée?" Inutile de tricher, en sautant au dernier chapitre, le sol se dérobe sous nos pas, et nous voilà renvoyés au point de départ. A chacun de jouer au "Jeu du roman". Attention, danger! Certaines promenades en bateau se terminent par des naufrages. Oui, mais les explorations sous-marines ne guérissent-elles pas du mal de vivre en surface? "

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