Le Passant Ordinaire

  • Il n'est pas certain que la normalité soit chose tout à fait normale et qu'il faille l'accepter sans réserve.
    Nos sociétés sont travaillées en profondeur par la figure de l'homme normal qui tend à fonctionner comme la vérité silencieuse de nos corps et de nos esprits. Car l'enjeu est bien, par l'appel à toute une série de normes, de produire une domestication nouvelle de l'homme dans les formes majeures de la vie sociale comme dans les formes mineures de la vie intime. Il est alors permis de se demander ce que signifie le fait de se vivre comme sujet absolument normal dans une société qui ne parvient pas à rendre les normes évidentes pour un grand nombre et qui, de ce fait, ne peut résorber, bien au contraire, tout un ensemble de pathologies sociales qui se révèlent notamment dans les situations de pauvreté, de précarité et de mépris social.
    L'homme normal est alors celui qui se soumet à des normes dont il ne parvient même pas à constater l'évidence à l'extérieur de lui. Assurément, il y va pour lui d'une réponse à l'angoisse de ne plus être dans la norme mais cette angoisse n'est pas annulée pour autant, elle refait surface dans une souffrance spécifique qui est la souffrance d'être trop dans la norme. Cette souffrance vient de ce que la vie psychique et la vie ordinaire ne sont plus considérées dans leur mobilité propre, comme animation, création, désir.
    La perte de la créativité psychique et vitale est sans doute le drame de l'homme normal. Contre lui, il faut en appeler à la vie ordinaire et à ses déplacements imperceptibles, à tout ce qui manifeste un style.

  • A un moment où la réflexion sur la construction européenne est dominée par la ratification du projet de « Constitution pour l'Europe », Etienne Balibar s'efforce de prendre le maximum de distance par rapport aux tactiques de parti. L'affrontement des partisans et des adversaires du projet ne saurait clarifier les enjeux historiques, car il évite soigneusement de poser la question de savoir comment une construction supra-nationale peut représenter en même temps, pour les populations qu'elle réunit, une avancée dans l'ordre des droits et de la participation. Le projet en discussion est donc une construction mort-née. Il faut relancer le débat, en revanche, sur les questions de l'avancée démocratique après l'Etat-nation, de la transformation du statut des frontières, de la dimension culturelle et multi-culturelle dans la construction européenne, conditions de la formation d'un citoyen capable de contrôler la délégation de ses pouvoirs. Un citoyen sans lequel on peut parler d'empire ou de coalition, mais pas de gouvernement représentatif et de destin collectif. Dans cette perspective, l'Europe n'est pas une fin en soi, mais elle doit être reconnue comme un instrument de transformation du cours de la mondialisation, peut-être irremplaçable. Il est grand temps pour les peuples qu'elle associe de s'en occuper.


  • La logique sécuritaire privilégie l'ordre des valeurs.
    Contre cette idéologie et les manipulations dont elle est capable, cet ouvrage montre que la violence fait obstacle à la société-une, qu'elle fait échec au fantasme de maîtrise. Le social ne relève pas des volontés de convivialité et d'entente, mais suppose le rapport à la loi et sa mise en pratique. La violence est cette dimension qui oblige toute culture à s'élaborer. Une telle perspective conduit à analyser la place que fait la société contemporaine à l'interdit et au symbolique.
    La modification des attitudes devant la mort, le mourir et les morts, traduit un changement radical dans construction des sociétés et signale l'émergence de la singularité de l'individu. Le monde urbain et la place qu'y tient l'image dans le rapport à soi et aux autres permettent également d'interroger cette nouvelle donne. Ce livre met en débat les ambiguïtés de la société où nous vivons.

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