Manucius

  • D'où viennent les mathématiques ? D'où vient ce corpus abstrait de connaissances, précis, objectif, rigoureux, qui s'applique au monde réel avec réussite ? Nous ne pouvons pas répondre à ces questions de manière empirique. Il est impossible d'étudier les entités abstraites qui constituent les mathématiques car elles sont inexistantes dans le monde concret : on ne peut pas en faire l'expérience. Même le point euclidien est une idéalisation, un néant physique. Il faut donc chercher du côté des imaginaires car les hommes utilisent des métaphores et des gestes (mouvements fi ctifs) pour inventer les mathématiques et les expliquer. C'est ce que nous propose ici Rafael Núñez en s'appuyant à la fois sur l'anthropologie et les sciences cognitives.

  • Depuis le développement de l'imprimerie, la civilisation occidentale vivait dans la culture du livre comme les poissons vivent dans l'eau, c'est-à-dire sans le savoir. Elle avait à ce point imprégné nos façons de sentir et de penser que nous avions fini par la confondre avec la nature humaine. Les technologies numériques nous ont brutalement confrontés au fait qu'il existe d'autres relations possibles à l'identité, au temps, aux autres, à l'espace et aux apprentissages. Et du coup, nous ne pouvons plus penser l'homme, la culture, l'enseignement et l'éducation de la même façon.

  • Au moment de la crise d'une forme d'industrie, qualifiée de «désindustrialisation», P. Musso invite à revenir à la source de nos croyances sur ce processus d'industrialisation pour en faire la généalogie. L'industrie n'est pas qu'une affaire d'économie et de technique, elle est aussi une affaire philosophique, parce qu'elle porte l'imaginaire de l'Occident. Les industries contemporaines multiplient la fabrication de dispositifs destinés à produire et à développer les imaginaires grâce aux technologies du virtuel, du numérique, ou des technobiologies: robots, clones, avatars ne cessent de proliférer. A partir de ce constat peut-on définir les nouveaux imaginaires de l'industrie?

  • Le 7 novembre 2014, Francois Hollande annonce les détails de son « grand plan numérique pour l'école de la République » : des tablettes tactiles seront distribuées à tous les collégiens à partir de la rentrée 2016 et les rudiments du code seront enseignés en primaire et au collège. Nous ne sommes pas très loin des objectifs du plan Informatique Pour Tous de. 1985.
    Alors que l'on découvre que les dirigeants d'Apple, Google ou Twitter limitent l'usage des nouvelles technologies chez leurs enfants, estimant qu'elles pourraient nuire à leur développement, comment expliquer que l'État investisse autant sur le numérique en éducation sur un mode systématiquement technocentré ? Pour tenter d'y répondre, ce livre aborde l'infl uence des techno-imaginaires sur les modèles pédagogiques actuels.

  • Grâce à des technologies de pointe en imagerie cérébrale, il est possible d'explorer les arcanes du cerveau : ses di érentes régions, leur fonctionnement, leurs variations normales et pathologiques. Ce livre propose un état des lieux des connaissances et des applications thérapeutiques. Certaines avancées semblent très prometteuses comme le décryptage et la cartographie d'un code neural, mais en fi ligrane se dessinent des limites pratiques et éthiques : quid de la création d'un cerveau in silico c'est-à-dire artifi ciel?

  • L'imagination est-elle vraiment une expression instable, imprévisible, anarchique du psychisme ? Sa créativité est-elle rebelle à toutes règles et rationalité ? Un large spectre de travaux (G. Bachelard, G. Durand, etc.) qui prennent leur source autant dans la psychanalyse que dans la mythographie structuraliste d'un Claude Lévi Strauss ont modélisé les imaginaires individuels et collectifs, permettant ainsi d'éclairer les fondements de toute imagination créatrice et de jeter les bases d'une science de l'imaginaire.

  • Comment l'imaginaire politique des réseaux renvoie aux idéaux de domination ainsi qu'à ceux de d'émancipation individuelle et collective ? Cette ambivalence est caractéristique de tout imaginaire et pour questionner celle-ci, A. Picon s'est intéressé à «la ville des réseaux» autour de deux polarités. La première met en scène la tension «passé/présent», pour laquelle il considère la ville haussmannienne comme la genèse de la ville contemporaine des réseaux. La seconde tension abordée par l'auteur interroge le rapport «contrôle/liberté» et prend pour exemple la «ville intelligente» (Smart City) qui est un mélange d'expérimentations, de nouvelles technologies. Le principal problème selon l'auteur est que derrière ces bouleversements, il y a absence de réflexion critique.

  • L'humanité n'a-t-elle pas renoncé à tout un cortège d'idées qui nous paraissent absurdes aujourd'hui ? Qui croit, par exemple, que certaines pierres ont un esprit avec lequel il est possible de communiquer ? Qui croit que l'univers s'interrompt après l'océan ?
    Qui croit de nos jours que la radioactivité fait disparaître les rides ? Qui croit que la Terre est plate et que c'est le soleil qui tourne autour d'elle et non l'inverse ? Peut-on faire l'hypothèse que les progrès de la connaissance humaine seront de nature à faire disparaître progressivement l'ensemble des croyances et des productions de l'imaginaire humain ? En d'autres termes, l'empire des croyances est-il menacé à plus ou moins longue échéance par les progrès de la science et de la technologie ?

  • Quel est l'accueil de l'innovation dans nos modes de vie? L'un après l'autre, tous les pans de la vie quotidienne passent sous l'emprise de la technique et entrent dans la sphère monétaire. Notre rapport au monde prend une posture inédite, chaque individu se trouve défini comme interlocuteur d'un macro-système mondial d'objets techniques «intelligents». Mais à trop insister sur l'évidence d'une révolution, on néglige de s'interroger sur les invariants. Or on peut déceler une persistance de la «pensée sauvage», associée aux formes ordinaires de vie sociale décrites par Mauss ou Lévi-Strauss, tout au long du processus qui va de la découverte fondamentale à l'innovation technique. L'exemple de quelques savants va nous informer sur leur vision du monde et leur vécu de la recherche.

  • La science est souvent présentée - et parfois pensée - comme un monstre froid capable d'exorciser l'imaginaire, vu comme un parasite, une scorie encombrante capable de souiller les meilleures intentions de la raison. L'adjectif « imaginaire » (un malade imaginaire.) ne renvoie-t-il pas à la fausseté, à l'irréalité, aux chimères, aux illusions, bref à toutes ces choses que la science se voue justement à combattre ? Mais si pareille caricature était exacte, d'où sortiraient les nouvelles idées ?

  • Il semble aller de soi qu'un rapport direct et consubstantiel existe entre le développement de connaissances fondamentales sur le monde - la science -, et notre capacité à agir sur lui - la technique. De fait, c'est bien grâce à la théorie quantique que nous pouvons fabriquer des lasers et à la biologie moléculaire que se développe la bio-ingénierie. Mais cette connexion est toute récente dans l'histoire de l'humanité - à peine plus de deux siècles ; elle n'a pas toujours existé, et pourrait bien se rompre dans un proche avenir.

  • Les acquis récents des neurosciences cognitives permettent de revisiter les conceptions mentalistes que proposaient auparavant la psychologie ou la psychanalyse.
    D'une certaine manière, ces avancées légitiment la production imaginaire. Elles ne suivent pas un raisonnement positiviste mais mettent l'accent sur la compréhensibilité biologique de la fonction de régulation de l'imaginaire. Mon propos s'inscrit dans une perspective darwinienne, c'est-à-dire non-créationniste. Elle pose le postulat suivant: il n'y a pas de rupture entre l'histoire du vivant et l'homme. [.] On peut considérer que l'homme est le produit ultime de la théorie de la récapitulation, c'est-à-dire que le bébé/foetus fait en une vingtaine d'années le parcours accompli par les êtres vivants en des millions d'années.

  • L'informatisation est un « big bang » qui fait émerger une « nature nouvelle ». Pour s'orienter dans cette nature, il faut disposer du modèle d'une économie et d'une société qui par hypothèse y seraient parvenues à maturité. Ce modèle, nous l'appelons « iconomie ». Les tâches répétitives sont automatisées, la main d'oeuvre a fait place au « cerveau d'oeuvre », la qualité de l'action est conditionnée par celle du langage. Un éventail de conséquences anthropologiques se déploie.
    L'héritage historique de notre République invite notamment à concevoir une « informatisation à la française ».

  • Cet ouvrage analyse les imaginaires de communautés de fans d'Apple sur les réseaux sociaux. Par leurs dimensions ludiques, ces réseaux procurent un sentiment de liberté stimulant la créativité et la rêverie des utilisateurs. Ils permettent aussi la formation de communautés d'intérêts unies par une même passion, en l'occurrence le culte de la marque Apple et de son héros, Steve Jobs. Il existe un sentiment «d'identité partagée» chez les fans d'Apple qui, de son côté, le cultive avec son logo, ses symboles et ses légendes. L'analyse proposée par R. Rega révèle un objectif majeur de l'entreprise de la Silicon Valley: placer l'individu au centre d'une vision du monde technologique et répondre à ses désirs, rêves et ambitions personnelles par une offre de produits informatiques.

  • Cette technologie qui avait désenchanté le monde est en train, curieusement, de le réenchanter. Ce qui donne, et la chose n'est pas forcément péjorative, un spectacle collectif aux chatoiements divers. Au Moyen Âge les «Mystères», autour desquels la communauté communiait, se jouaient devant la Cathédrale. Il en est de même de nos jours. C'est dans les églises électroniques, au travers des videogammes, des sites, des blogs, des forums et des encyclopédies, que se jouent les «mystères» postmodernes. Mystères unissant entre eux tous ces initiés (sexuels, musicaux, sportifs, religieux, théoriques) formant la socialité en devenir.

  • Comment prenons-nous conscience de ce qui occupera dans un instant la scène de notre esprit ? A partir de données neuroscientifiques récentes, et surtout de l'observation de patients qui présentent des pathologies de la « prise de conscience », Lionel Naccache nous entraîne dans une fascinante exploration de la construction de la signification qui caractérise notre vie mentale, construction complexe qui fait appel à des opérations conscientes et non conscientes, et qui ne cesse d'évoluer à travers un processus de "révision éditoriale" subtil et le plus souvent très discret.

  • Montrer aujourd'hui qu'une approche historique est susceptible d'apporter un éclairage original et enrichissant à l'analyse des processus d'innovation en se concentrant sur le concept de construction des savoirs techniciens et en adoptant une approche fondée sur l'histoire de cheminements technologiques concrets tels que l'histoire de la machine à vapeur, l'histoire de l'hydraulique ou de la teinturerie synthétique.

    Né en 1931, François Caron est professeur émérite à l'université de Paris IV, où il a enseigné l'histoire économique et l'histoire des techniques entre 1976 et 1998 et créé le Centre de Recherche en Histoire de l'Innovation (CRHI). Il a beaucoup oeuvré en faveur d'un dialogue entre l'université et les entreprises en participant à la création et en animant plusieurs associations ou institutions réunissant des historiens, des économistes et des dirigeants ou cadres d'entreprise.
    Partant d'une thèse consacrée à l'histoire des chemins de fer en France, il a développé et animé des recherches et publié des travaux fondés sur une étroite mise en relation de l'histoire des techniques et de l'histoire économique et sociale.

  • Les imaginaires sont une matière première pour innover, et le processus d'innovation est un alliage transdisciplinaire à la croisée de l'expertise scientifi que, de la création artistique et des problématiques industrielles. La Chaire Modélisations des Imaginaires, innovation et création (MODIM) explore depuis quatre ans ce processus d'innovation maniant les imaginaires.
    Il s'agit aujourd'hui de faire le point sur ces travaux en proposant un ouvrage rendant compte de la théorisation de cette pensés.
    Les Concepts, les méthodes et les mots présentent l'approche du processus d'innovation par les imaginaires, un tour d'horizon des grandes théories de l'innovation et enfi n les termes et notions utilisés ( Fiction/Design/Marque ).

  • La question industrielle est au centre de nombreux débats publics et l'innovation semble être devenue, en Europe notamment, le Sésame pour sortir de la "crise". Industrialisation et innovation sont des injonctions, que se donne l'Occident pour retrouver sa "marche au Progrès". Ces problématiques sont traitées prioritairement par des économistes, des technologues et des "experts".
    C'est pourquoi le triptyque «Imaginaire, industrie et innovation», objet d'un colloque international à Cerisy-la-Salle, est abordé de façon originale, à partir d'une approche critique et interdisciplinaire, voire anthropologique et philosophique. Cela permet de questionner l'imaginaire occidental de l'industrie et de l'innovation technologique, à partir des imaginaires des acteurs et des "techno-imaginaires".

  • La technique, fait social, ne s'inscrit pas dans une histoire déterminée par la recherche de l'efficacité, l'ouvrage le démontre en évoquant les voies choisies par diverses civilisations. Mais la chaleur comme puissance motrice ouvre, de manière inattendue, au xixe siècle une nouvelle trajectoire thermo-industrielle. L'innovation technique se fige dès lors dans une prédation accentuée de la nature, qui aujourd'hui concerne même les énergies renouvelables. Une nouvelle trajectoire de rupture s'avère nécessaire dans le cadre d'une pacification de nos rapports avec la nature. Elle passe sans doute par une réelle prise en compte des enjeux du développement durable.

  • Pierre Musso a introduit la conférence de Henri Atlan " Qu'est-ce qu'un modèle ? ", présentée à la chaire d'Enseignement et de recherche " Modélisations des imaginaires, innovation et création ", le jeudi 24 mars 2011 à Paris, en rappelant cette phrase d'Alfred Fessard : " la principale idée directrice d'Henri Atlan est que si la notion d'information peut nous aider à reconnaître l'ordre biologique qui existe dans le monde vivant, ce n'est pas sous la forme d'une évaluation statique de la complexité structurale des systèmes, c'est comme taux de production (ou de destruction) d'information. dans ces systèmes, tels qu'ils se trouvent confrontés à leur environnement. " (Préface à l'ouvrage de H. Atlan, L'organisation biologique et la théorie de l'information, éd. Hermann, p XXIII. Paris 1992).

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