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Raymond queneau (il n'était pas le seul) regardait rue des maléfices comme le plus grand livre jamais écrit sur paris.
Un livre qui l'empêchait de dormir, car les histoires " vraies " que l'ami yonnet, connaisseur des plus sombres venelles de la rive gauche. raconte dans ces pages (photos de doisneau à l'appui) ne sont pas de tout repos. sentiment d'un autre connaisseur: " parmi les livres à commander avant le paradis: rue des maléfices de jacques yonnet. " raphaël sorin.
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Invitation au crime
Joseph Sheridan Le Fanu
- Libretto
- Litterature Etrangere
- 14 Novembre 2019
- 9782369145462
Richard Marston, aristocrate désargenté qui a passé la quarantaine, règne sur le domaine des Hêtres Gris qu'il n'a plus guère les moyens d'entretenir, entre sa femme qu'il délaisse, sa fille encore dans l'enfance... et la gouvernante française, Mlle de Barras, invitée à tenir compagnie aux deux « dames » du lieu.
Mlle de Barras a des manières, déploie mille attentions à l'endroit de la maîtresse de maison dont elle devient vite la confidente, mais sa venue aux Hêtres Gris semble donner le signal de quelques bouleversements inquiétants. Bientôt la vie monotone et apparemment austère du manoir est troublée par l'arrivée d'un nouvel invité? : Sir Wynston Berkley, célibataire coureur de jupons qui fut jadis le rival de Marston à l'occasion d'une amourette de jeunesse. Avec lui, une porte semble s'ouvrir sur un passé que les habitants de la place feignaient d'avoir oublié. Un passé qui a la vie dure, et qui poussera bientôt l'un des protagonistes au crime de sang...
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Résumer l'intrigue du roman, retorse à souhait, tout en rebondissements, en fausses pistes, disons tout de suite qu'il n'en est pas question ici. D'autant qu'il s'agit en fait de plusieurs intrigues follement emmêlées, que l'auteur contre toute attente parviendra à dénouer d'assez magistrale façon. Pour résumer à très gros fil : nous sommes dans le Londres des années 1840, et il n'est question que des frasques du marquis de Rio-Santo, dandy insolent dont la richesse paraît sans limite, qui subjugue l'aristocratie et règne sur les bas-fonds de la capitale, où l'on trafique, où l'on s'abrutit de mauvais gin, où l'on assassine à la demande pour quelques pennies. Il s'avère que malgré son nom, Rio-Santo est irlandais, voue une haine sans merci à l'Angleterre, et prépare en secret, à la tête d'une association de malfaiteurs au nom bien " févalesque " (les Gentilshommes de la Nuit) une révolution politique destinée à libérer l'Irlande (Féval n'est pas celte pour rien !).
Pour parvenir à ses fins, Rio-Santo a projeté d'épouser une riche et belle héritière, Mary Trevor, laquelle est fiancée au sympathique Frank Perceval. L'on ne révélera pas comment ce dernier se voit tendre un piège par son rival, ni tout ce qui s'ensuit de chausse-trapes, de poursuites, de complots, d'assassinats. Des hommes du monde se conduisent comme d'immondes fripouilles, des malfrats se révèlent gens de grand coeur, et l'affreux Rio-Santo lui-même se découvrira sous les traits d'un ancien bagnard (mi-Vautrin mi-Jean Valjean), innocent du crime qu'on lui avait collé sur le dos, mais résolu pour se venger à pactiser avec le pire.
L'auteur en profite pour régler quelques comptes avec l'Angleterre " coloniale " ; qui exploite la misère des siens afin d'inonder le monde des produits de son industrie conquérante, et soumet à son pouvoir indu la fière Écosse et la malheureuse Irlande. Mais s'il évoque aussi bien qu'Eugène Sue la vie sans espoir des crève-la-faim, il ajoute à sa vision " sociale " une dimension de mystère qui ne laisse pas d'étonner le lecteur d'aujourd'hui. Comme Wilkie Collins un peu plus tard, il a compris que la société victorienne (disons plutôt la société puritaine des possédants de l'époque, toutes nations confondues) ne parvenait à régner sans partage que parce qu'elle réussissait à cacher au monde - et à se cacher à elle-même - les turpitudes qui l'agitaient tout au fond. Nous ne voulons pas dire que Féval annonce Freud mais enfin, il soulève ici quelques jolis lièvres. Et d'abord celui-ci, qui n'a pas fini de courir : que la réalité n'est jamais entièrement contenue dans ce qu'on voit et que l'on peut décrire ; que le destin de chacun se joue dans l'ombre, dans ce qui ne peut être montré - dans ce qui ne peut être avoué. D'où la puissance quasi hallucinée de son récit, sur lequel plane de bout en bout un violent sentiment de menace ; d'où aussi cette vision profondément pessimiste du destin des hommes, qui l'apparenterait presque à un Barbey d'Aurevilly (et qui le situe, historiquement parlant, à l'opposé d'Eugène Sue). D'où, surtout, ce qu'on peut appeler sa " modernité " (alors que Sue, malgré ses vertus, a tout de même assez mal vieilli). Morand avait décidément raison : avec Les Mystères de Londres, c'est une porte obscure, qui s'ouvre sur tout un continent nouveau de la fiction - sur ce roman " noir " moderne où se trouveront plus tard projetés nos terreurs intimes, nos désirs inavouables et cette violence que l'Histoire, toujours et partout, s'avère incapable d'exorciser.
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Publié en 1863, un an avant Oncle Silas, La maison près du cimetière est tout à la fois un thriller, une romance, et un " divertissement " centré sur le Temps et le Langage. Roman sans héros, peuplé de personnages masculins et féminins qui s'entrecroisent sans relâche, on y trouve banquets et ripailles tout autant que chantages, enterrements clandestins à la lueur de la lune, et crânes exhumés... Tout ceci se déroule en 1767, à Chapelizod, petit village près de Dublin, et l'on y détecte sans doute plus encore que dans les autres oeuvres de Le Fanu son goût démesuré pour l'étrange et le surnaturel, mêlé au quotidien d'une Irlande de clergymen, notables, militaires, et traîne-la-faim...
Joyce relisait ce livre chaque fois qu'il souhaitait s'empêcher de dormir. Un roman noir tout ce qu'il y a de classique en apparence (Le Fanu fut dans ce registre le seul rival de Wilkie Collins), mais ficelé à l'irlandaise, c'est-à-dire sans marchander sur les ingrédients indispensables : le whiskey, la mort violente. et le surnaturel.
Quelques messieurs plus ou moins distingués aiment à se réunir le soir au club, dans une bourgade des environs de Dublin, pour dire tout le mal qu'ils souhaitent au monde et tout le bien qu'ils pensent d'eux-mêmes. jusqu'au jour où ils se retrouvent avec un joli crime sur les bras. Un thriller particulièrement retors qui se sert d'un fait-divers faussement banal pour nous rendre complices du pire ; en nous invitant à nous poser la seule question qui compte : « Comment tuer le temps ? » Que la bonne société victorienne en profite au passage pour se faire déculotter et fesser d'importance ne saurait nuire, on s'en doute, à notre plaisir. Mais Le Fanu a encore d'autres surprises dans son terrible sac - qu'il n'est bien sûr pas question de révéler ici.
Qu'un tel livre - nous voulons dire d'une si violente modernité - n'ait jamais été traduit en français à ce jour est à la fois consternant et rassurant : il nous reste encore (Elizabeth Bowen dixit) des chefs-d'oeuvre à découvrir !
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Fred et Guiret, deux étudiants en médecine sans le sou, perdent tout espoir de se refaire après une malheureuse partie de poker... Une fois leurs camarades de jeu rentrés chez eux, les deux compères, désespérés, pensent à mettre fin à leurs jours lorsqu'ils découvrent sur le sofa la bourse de Chouchou, dame de petite vertu, qui accompagnait l'un des joueurs. Bijoux, louis d'or, billets de banque, le sac contient largement de quoi les sortir d'affaire... Parue en 1921, La Malle sanglante fut une pièce de théâtre avant que son auteur ne la transformât en un court roman.
Publiée aux Etats-Unis dès 1903, l'oeuvre de Maurice Level est célébrée par Howard Philips Lovecraft, et sa renommée devient plus grande outre-Atlantique qu'en Europe. Ce mince roman est suivi d'une nouvelle, Laquelle ? (1906) qui révèle une autre facette de son talent.
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Le meilleur roman historique depuis Ivanhoé » : tel fut l'accueil de la critique à la sortie de ce livre (1899) que Conan Doyle considérait - avec Sir Nigel, qui lui fait suite à sa façon - comme son oeuvre la mieux inspirée. Quel régal, au surplus, pour des lecteurs français, que d'entendre la guerre de Cent ans racontée par un Anglais ! Et par un Anglais dûment frotté de Chaucer et de Shakespeare. A suivre Sir Nigel et les trois cents archers de la légendaire Compagnie à travers Rouergue, Quercy, Guyenne et Gascogne - alors terres anglaises -, c'est un autre Moyen Age que nous découvrons : traité à l'anglo-saxonne, c'est-à-dire avec ce mélange d'érudition, de passion chevaleresque et de liberté aventureuse que nos voisins d'Outre-Manche, à la suite de Walter Scott et de Stevenson, ont su miraculeusement préserver.
La guerre est là, bien sûr, mais aussi la passion amoureuse, les joutes entre chevaliers - sur la lice de Bordeaux -, les repues franches. Des personnages historiques croisent la route de nos héros endiablés. Ils ont nom Édouard III Plantagenêt, le Prince Noir, Pedro le Cruel, Bertrand Du Guesclin ou Tiphaine Raguenel. On assiste à la révolte de Jacques Bonhomme en Auvergne, à un combat naval dans la Manche, à des batailles rangées, à des duels, des concours de tir à l'arc. Le tout emporté par une verve et des dialogues ferraillants qui confèrent à cette fresque un relief, une verdeur, une « vie » hautement jubilatoires.