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Gallimard
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Mémoires d'outre-tombe Tome 1
François-René de Chateaubriand
- Gallimard
- Quarto
- 14 Novembre 1997
- 9782070748433
«Moi, bonheur ou fortune, après avoir campé sous la hutte de l'Iroquois et sous la tente de l'Arabe, après avoir revêtu la casaque du sauvage et le cafetan du mamelouk, je me suis assis à la table des rois pour retomber dans l'indigence. Je me suis mêlé de paix et de guerre ; j'ai signé des traités et des protocoles ; j'ai assisté à des sièges, des congrès et des conclaves ; à la réédification et à la démolition des trônes ; j'ai fait de l'histoire, et je la pouvais écrire : et ma vie solitaire et silencieuse marchait au travers du tumulte et du bruit, avec les filles de mon imagination, Atala, Amélie, Blanca, Velléda, sans parler de ce que je pourrais appeler les réalités de mes jours, si elles n'avaient elles-mêmes la séduction des chimères. [...] Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue.» Chateaubriand, 1837.
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Au coeur des oeuvres emblématiques de Marie NDiaye réunies dans cette édition se trouvent des histoires de femmes, aux caractères forts et toujours ambivalents, qui essaient d'échapper à la réalité les entourant. L'étrangeté des relations et le mystère des événements s'insinuent dans les destins de ses personnages et se transmettent de génération en génération. L'entrée dans l'univers de Marie NDiaye s'accomplit par une immersion dans les émotions les plus inquiétantes, mais aussi dans une apparente douceur que sa langue évoque. Il faut oser franchir les eaux secrètes de son écriture pour comprendre que la frontière entre vie réelle et irréelle, rêve et cauchemar, visible et invisible, est très poreuse. Pour ce volume, une galerie de documents inédits issus des archives personnelles de l'écrivaine nous accompagne dans une traversée mystique. On y découvre les lieux de sa vie, ainsi que les oeuvres qui ont inspiré sa créativité si singulière.
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Récits, contes, nouvelles, fables : Italo Calvino, narrateur hors pair, a rédigé entre 1943 et 1985 des centaines d'histoires qui ont convergé dans des recueils que l'écrivain, sa vie durant, s'est employé à recomposer pour en modifier le sens, exerçant à ce jeu combinatoire une inventivité savante et gracieuse.
La présente édition propose un large choix de ces textes, réunis selon une progression chronologique qui met en évidence leurs liens thématiques autant que formels - des vignettes comiques à l'accent absurde de la prime jeunesse de l'auteur aux contemplations méditatives de ses dernières années, en passant par ses efforts pour dire l'expérience de la guerre, se faire l'observateur d'un contexte politique et culturel, cerner le silence au coeur des rapports humains.
Si l'édition prend pour point de départ l'ultime mouture des recueils établis par Calvino, elle restitue également la constellation de récits épars qui les entourent et dont la plupart sont restés inédits en français : pépites écrites en amont ou en aval. recueillies en volume à titre posthume uniquement.
Les qualités - légèreté, rapidité, exactitude, visibilité, multiplicité et cohérence - qui constituent les titres des fameuses Leçons américaines (1988) éclatent partout dans les récits ainsi rassemblés, témoignages de la confiance de l'écrivain, tenace, sans cesse renouvelée, en son art comme un moyen de connaissance : « Tu ne crois plus en la littérature ? Eh bien moi c'est la chose en laquelle je crois encore le plus. » (Lettre du 15 juin 1967.)
S'appuyant sur les multiples publications qu'a suscitées le centenaire de l'auteur en 2023, les présentations de Martin Rueff qui accompagnent le lecteur de ce « Quarto » offrent une vision innovante et saisissante d'une vie et d'une oeuvre exceptionnelles. -
«Écrire n'est pas pour moi un substitut de l'amour, mais quelque chose de plus que l'amour ou que la vie.»
15 janvier 1963
«Cette sensation terrible, toujours, d'être à la recherche de l'écriture inconnue, comme cela m'arrive de désirer une nourriture inconnue. Et je vois le temps passer, nécessité d'écrire contre le temps, la vieillesse.»
3 août 1990
«Écrire la vie. Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l'on éprouve de façon individuelle:le corps, l'éducation, l'appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l'existence des autres, la maladie, le deuil. Je n'ai pas cherché à m'écrire, à faire oeuvre de ma vie:je me suis servie d'elle, des événements, généralement ordinaires, qui l'ont traversée, des situations et des sentiments qu'il m'a été donné de connaître, comme d'une matière à explorer pour saisir et mettre au jour quelque chose de l'ordre d'une vérité sensible.»
juillet 2011 -
Comment un écrivain cantonné à l'image du héros rabelaisien, dont les premiers protagonistes sont les chantres de la virilité, s'autorise-t-il à incarner une voix de femme dans la fiction ? Comment s'y prend-il ? C'est là que réside tout l'enjeu de cette édition «Quarto» consacrée à Jim Harrison (1937-2016).
Romancier au large succès depuis Légendes d'automne (1979), Harrison opère avec Dalva (1988) un virage à 180 degrés et, à travers la voix d'une narratrice audacieuse et indépendante, il trouve la sienne. Le personnage devient un double de l'auteur, une incarnation de l'écrivain métamorphosé en femme. «Ma capacité à écrire en tant que femme, confesse-t-il, m'a sauvé de la mort par excès de drogues et d'alcool, car dans notre culture la virilité peut vous acculer dans un recoin où la seule chose qui reste à faire consiste à bouffer des animaux tués sur la route et à mordre la lune.» Question de survie, donc. Cette idée de métamorphose - de réincarnation - possible, rêvée, désirée, assumée n'est pas sans lien avec la culture amérindienne dont il se sent proche. Sa jumelle fantomatique - sa part féminine, secrète, dont tout un chacun dispose, étouffée dès la naissance par le poids des conventions - et sa soeur Judith tragiquement disparue se réinventent en Dalva, qui porte en elle la force, la puissance, la rage et la liberté de ces deux présences invisibles. D'autres personnages suivront, comme celui de Claire (La Femme aux lucioles), offrant une variation sur le thème de la femme puissante et autonome, conquérant sa liberté au prix fort. Ces «voix de femmes» qu'on découvre à travers le choix de textes ici retenus (connus ou inédits) constituent un point de bascule majeur dans l'oeuvre si abondante de Jim Harrison, mais aussi un exploit : l'écrivain renonce aux postures et aux clichés de la virilité pour retrouver et accueillir en lui une féminité dérobée, inventer une écriture qu'il qualifi e lui-même d'«androgyne». En s'ouvrant à une dimension inédite, son écriture elle-même se transforme, adoptant une fluidité nouvelle, une pratique de l'association libre résumée par deux formules lapidaires chères à l'auteur : «Dieu est une femme» et «Écris sans effort». La narration harrisonienne figure désormais une expérience intérieure, le cheminement tantôt douloureux, tantôt comique, voire burlesque, de personnages instables, en devenir, en métamorphose. -
Trois portraits : Philip K. Dick, Édouard Limonov, saint Luc. Un écrivain de science-fiction, devenu fou pour comprendre la folie du monde. Un aventurier russe, errant dans les décombres du communisme. Un médecin grec, auteur d'un des quatre récits appelés Évangiles, par quoi nous connaissons le personnage le plus mystérieux de l'Histoire, Jésus de Nazareth. Trois façons d'illustrer la formule d'un célèbre psychanalyste : «Le réel, c'est quand on se cogne.»
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Simone Weil laisse le souvenir d'une figure étrange, surhumaine par certains aspects, qui attire et repousse en même temps. On lui reconnaît une puissance intellectuelle exceptionnelle, une force morale digne des héros, un courage et un esprit de résistance hors pair, mais une intransigeance dans l'existence qui fait peur et qui s'accompagne d'une lucidité souvent prophétique.
De son vivant, comme aujourd'hui, elle dérange, irrite, scandalise, tout en suscitant l'attachement le plus vif. Plus de cinquante ans après sa disparition, on est enfin en mesure d'embrasser la totalité d'une vie et d'une oeuvre foisonnante, et d'en dégager la cohérence dans toute sa force. Le but de ce volume est de faire tenir ensemble la militante, la philosophe et la mystique, car tout est solidaire dans cette pensée aux vues puissamment convergentes. Enfin, une série de témoignages sur Simone Weil, la réception de son oeuvre (Blanchot, Cioran, Sperber...) et sa diffusion à l'étranger complètent ce volume et lui apportent de précieux éclairages. -
L'oeuvre de Curzio Malaparte (1898-1957), voix majeure de la littérature italienne du XXe siècle, a souffert du caractère politique sulfureux et non conformiste de l'écrivain, dont le parcours sinueux et traversé de contradictions a éclipsé pendant de nombreuses années la force et la lucidité de ses livres. Kaputt (1944) aussi bien que La Peau (1949), ses deux romans emblématiques et récits de première main de la Seconde Guerre mondiale sur le front de l'Est et lors de la libération de Naples, témoignent pourtant de la place centrale donnée, dans son oeuvre, à l'homme et à ses déchirements moraux, plutôt qu'au politique. En retenant des genres variés (romans, essai, nouvelles, reportages, journal), ce volume souhaite rendre compte de la richesse de ses écrits et de la complexité de son parcours, tout en restituant le contexte historique, culturel et social dans lequel ces textes ont été publiés. Grâce aux archives de l'écrivain, dont une large sélection est reproduite dans la chronologie illustrée, le lecteur disposera des clefs nécessaires pour comprendre l'homme-Malaparte derrière les masques dont il s'est paré toute sa vie. «Un drôle de jeu, pour moi, la vie.»
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Maître de l'anticipation, explorateur inlassable des «mondes connus et inconnus», Jules Verne (1838-1905) apparaît comme un incontestable classique. Promoteur d'un roman de la science et de la découverte à travers l'exploration de territoires physiques autant que symboliques - des tréfonds de la terre jusqu'à l'immensité du ciel et de l'espace-, il reste ancré dans une époque résolument tournée vers les conquêtes et les colonisations de toutes sortes. Créateur de fictions et de fables inouïes, il s'appuie sur une soif d'invention, une frénésie de voyages commune à tous ses contemporains.
Pourtant, Verne sait s'affranchir des bornes imposées par un siècle dominé par la passion du confort et du profit. Le futurama vernien inventorie la galerie des merveilles à venir, mais dépeint aussi une humanité profondément dépendante des machines. Ainsi, l'auteur identifie-t-il très tôt les bénéfices comme les faillites possibles de cet imaginaire de l'innovation scientifique et technique. Car, au mouvement qui entraîne les hommes dans un monde moderne rêvé et fantasmé, s'oppose un revers interrogeant, sur le versant des valeurs collectives, morales et sociales, la finalité des enjeux liés aux prodiges de l'invention scientifique.
Si Paris au XXe siècle livre une vision d'une civilisation urbaine admirable par sa technologie, cette société dénote par sa déculturation et sa brutalité. C'est donc contre la puissance de destruction inhérente au progrès que l'écrivain met en garde, et sur le dévoiement de la science et de l'industrie à des fins bellicistes qu'il alerte. S'ajoutent les doutes portés sur la figure du savant, de l'«homme ingénieux toujours plein d'imaginative» (Edgar Poe), illuminé ou dévoyé, dont la folie n'est atténuée ici que par des ressorts burlesques déployés tout au long des fictions retenues.
Un classique très contemporain à découvrir dans un volume enrichi des illustrations originales et de nombreux documents retrouvés dans les archives personnelles de l'écrivain. -
Préface illustrée inédite de l'auteur
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Paris des jours et des nuits : Romans
Patrick Modiano
- Gallimard
- Quarto
- 26 Septembre 2024
- 9782072948749
Son art de la déambulation, depuis son adolescence, a permis à Patrick Modiano de nouer une relation fusionnelle avec Paris. Lui seul sait en explorer le passé, l'atmosphère et les détails d'époques révolues. Plus qu'une toile de fond à ses romans, sa passion quasi obsessionnelle pour les lieux, les rues, les annuaires, les quartiers, l'a poussé à faire de la capitale un personnage omniprésent, un élément central de son identité littéraire. Sans chercher à tout prix à livrer un Paris vrai, véritable, conforme à ce qu'il a été, il écrit un Paris rêvé, dont les traces évanescentes ne subsistent que dans sa mémoire. Des photographies placées en tête du volume, accompagnées des mots de l'écrivain, émergent une topographie personnelle, une géographie intime des lieux parisiens calquées sur les souvenirs qu'il s'en est faits entre 1953 et 1972. De son premier roman, La Place de l'Étoile (1968) jusqu'à La Danseuse (2023), aux confins de la réalité vécue, remémorée et distordue, et du rêve, du matériel et de l'immatériel, du palpable et de l'insaisissable, le chemin emprunté par l'auteur révèle à quel point autobiographie et géographie réinventées nourrissent aujourd'hui encore son écriture, même après l'effacement des lieux. Aux neuf romans retenus pour la présente édition, parus entre 1982 et 2019, s'ajoute un récit inédit, Brassaï de la nuit. Dans un dialogue établi entre texte et images, vision doublement sublimée de Paris, Patrick Modiano revient sur le travail du photographe d'origine hongroise, ce «poète qui transmettrait très loin dans le temps les visages [des mauvais garçons] et les lumières noires et blanches de Paris». Derrière les tableaux brossés par le Prix Nobel de littérature 2014, demeurent à jamais le Paris de sa jeunesse et ses territoires fantomatiques.
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Depuis trente ans, Erri De Luca, citoyen engagé sur le plan politique, écologique, social, reconstitue avec force et densité une histoire de l'humanité : de l'enfance livrée à elle-même au difficile apprentissage de la vie, des ruelles de Naples à l'âpre beauté de la nature, de l'amour sublimé, du poids de l'histoire aux drames contemporains, de la quête de sens au besoin de solidarité et de compassion, son oeuvre est universelle, magistrale, placée sous le signe de l'héritage et de la transmission.
À travers un choix de textes (publiés ou inédits), la présente édition invite à découvrir le parcours de celui qui est entré en littérature «par accident» et qui, devant la maladie de son père, s'est résolu à s'adresser à un éditeur - «Quand j'écris, je chuchote parce que je pense qu'il est resté aveugle même là où il est, et qu'il n'arrive pas à lire la page derrière mon épaule. Il aimait les histoires et je suis encore là pour les lui raconter.» Pour De Luca «écrire n'est pas un travail, c'est une façon d'être en compagnie et de rassembler les absents», et à l'aune des documents personnels placés au début du volume comme un pont entre sa vie et son oeuvre, c'est à un rendez-vous en tête à tête avec l'auteur italien que le lecteur est ici convié. -
Fragments d'un tout : Oeuvres choisies
Ludmila Oulitskaïa
- Gallimard
- Quarto
- 10 Avril 2025
- 9782073084309
Née en 1943, Ludmila Oulitskaïa, figure de proue de la littérature russe contemporaine, en embrassant tous les genres littéraires, compose un tableau de la Russie marquée par les tragédies du XXe siècle. Son écriture concise révèle les dimensions cachées de chaque destin - en particulier celui des femmes -, les émotions éprouvées, sonde les âmes autant que les corps. D'une justesse saisissante, elle déploie des images visuelles, poétiques, des situations cocasses ou tragi-comiques, pour rendre compte des relations entre les personnages, en lutte pour leur survie et leur liberté... Avec finesse et une touche d'humour noir, Ludmila Oulitskaïa dépeint les visages trop humains du totalitarisme, du nationalisme ou de l'antisémitisme.
Grâce à des documents «sauvés» d'un exil forcé et un choix d'oeuvres de son mari, l'artiste Andreï Krassouline, cette édition retrace l'itinéraire d'une autrice exceptionnelle, convoquant ses modèles, rappelant son attachement au passé qui lui procure force et sens moral, son entrée en littérature, les épreuves qui nourrissent son écriture, véritable pont tendu entre sa vie et son oeuvre. -
Ce volume contient notamment : Carnet «méthodologie historique» - Critique historique et critique du témoignage - Écrits et photographies de guerre 1914-1918 - Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre - Mémoire collective, tradition et coutume - Pour une histoire comparée des sociétés européennes - La Féodalité européenne [inédit] - Introduction aux Caractères originaux de l'histoire rurale française - L'erreur collective de la «Grande Peur»... - Problèmes d'Europe - Que demander à l'histoire ? - Réflexions pour un lecteur curieux de méthode - L'Étrange Défaite - Comment et pourquoi travaille un historien [inédit] - Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien - Textes inédits du Cercle d'études de Montpellier - Conférences sur la Grande-Bretagne - Écrits clandestins (1943-1944) - «Testament» - Regards sur Marc Bloch : Georges Altman, Georges Bratianu, Raymond Aron, Henri Brunschvig, Bronislaw Geremek - «Vie et Oeuvre» illustré.
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Les origines du totalitarisme - Eichmann à Jérusalem
Hannah Arendt
- Gallimard
- Quarto
- 29 Mai 2002
- 9782070758043
Dispersé jusqu'à présent en trois volumes, Les origines du totalitarisme retrouve son unité dans la réunion des trois parties qui le constituent. L'ensemble est accompagné d'un dossier critique qui donne à la fois des textes inédits préparatoires ou complémentaires aux Origines, comme «La révolution hongroise», un débat avec Eric Voegelin, des extraits de correspondances avec Blumenfeld et Jaspers.
Pour Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, des correspondances avec Jaspers, Blücher, Mary McCarthy, Scholem éclairent l'arrière-plan de l'écriture de l'ouvrage et la violente polémique qu'il a suscitée. -
À 42 ans, en avril 1847, George Sand commence Histoire de ma vie dont la rédaction prendra huit ans. Somme méconnue, cet incontestable chef-d'oeuvre raconte comment Aurore Dupin est devenue écrivain sous le nom de George Sand. Mais il se présente aussi comme une quête des origines d'une modernité exceptionnelle. Sand rappelle qu'elle est arrière-petite-fille du maréchal de Saxe par son père et fille du peuple par sa mère. Avec une rare lucidité, elle analyse le «devenir soi» d'un caractère, rappelle sa petite enfance à Nohant, les conflits familiaux qui la déchirent, les tensions qui habitent une famille brisée par la mort du père, la grande mélancolie qui s'ensuit jusqu'à sa tentative de suicide à 17 ans. Si elle évoque admirablement le passé, Sand sait aussi dire le présent et l'avenir : elle expose ses vues sur le devenir de la société, le rôle de la religion, la condition des femmes. Histoire de ma vie reste un modèle de vivacité et de courage, de franchise et de détermination. George Sand fonde un genre : l'autobiographie au féminin.
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Édition de l'auteur
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Du vent, du sable et des étoiles
Antoine de Saint-Exupéry
- Gallimard
- Quarto
- 25 Novembre 2021
- 9782072958830
Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) aspirait à un monde où l'action et le rêve fussent intimement liés, convaincu qu'en cette coïncidence résidait la vérité de l'expérience vécue. Sa voie fut celle du consentement au risque : le désert et les périls aériens, qui ouvrent alors au trésor caché de l'existence, à la révélation de ce qui nous tient fraternellement et spirituellement aux nôtres et au monde. Saint-Exupéry s'est appuyé sur son exceptionnelle expérience d'aviateur pour affirmer sa confiance dans la grandeur humaine, accessible à chacun par l'engagement librement consenti. Toute son oeuvre littéraire - ici resituée dans le mouvement biographique qui l'a vue naître - est une tentative admirable pour restituer poétiquement la substance même de l'existence, sa vérité intime et sincère - celle du coeur. Réunissant les oeuvres littéraires d'Antoine de Saint-Exupéry, de ses premiers contes et poèmes de jeunesse, inspirés par son apprentissage de pilote, à Citadelle, incluant ses quatre grands romans et Le Petit Prince, cette édition est enrichie de très nombreux documents inédits ou méconnus, se fonde sur les plus récentes découvertes et offre pour la première fois dans la collection Quarto un volume illustré en couleurs.
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Nous devons à André Lanly, éminent philologue et professeur émérite à l'université de Nancy, d'avoir servi l'un des monuments les plus difficiles à déchiffrer de la littérature française en osant lui donner sa forme moderne. C'en est fini des obstacles de l'orthographe, du doute sur le sens des mots, de l'égarement suscité par la ponctuation. Lire ce chef-d'oeuvre devient ici un pur bonheur. «Ce ne sont pas mes actes que je décris, c'est moi, c'est mon essence. J'estime qu'il faut être prudent pour juger de soi et tout aussi scrupuleux pour en porter un témoignage soit bas, soit haut, indifféremment. S'il me semblait que je suis bon et sage, ou près de cela, je l'entonnerais à tue-tête. Dire moins de soi que la vérité, c'est de la sottise, non de la modestie. Se payer moins qu'on ne vaut, c'est de la faiblesse et de la pusillanimité, selon Aristote. Aucune vertu ne se fait valoir par le faux, et la vérité n'est jamais matière d'erreur. Dire de soi plus que la vérité, ce n'est pas toujours de la présomption, c'est encore souvent de la sottise. Être satisfait de ce que l'on est et s'y complaire outre mesure, tomber de là dans un amour de soi immodéré est, à mon avis, la substance de ce vice [de la présomption]. Le suprême remède pour le guérir, c'est de faire tout le contraire de ce que prescrivent ceux qui, en défendant de parler de soi, défendent par conséquent d'appliquer sa pensée à soi. L'orgueil réside dans la pensée. La langue ne peut y avoir qu'une bien lègère part.» Les Essais, Livre II, chapitre VI.
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«Seule l'action est la prérogative de l'homme exclusivement ; ni bête ni dieu n'en est capable, elle seule dépend entièrement de la constante présence d'autrui : c'est ainsi que, dans les premières pages de Condition de l'homme moderne, Hannah Arendt répond à sa manière à la question qu'est-ce que l'homme ? dans un livre qui présente sans doute la synthèse la plus complète de sa pensée qu'elle ait donnée de son vivant. Les ouvrages réunis dans ce volume sont tous consacrés à ce problème de l'action, dont ils élucident à la fois la signification philosophique et les implications plus directement politiques. Publiés entre 1958 (Condition de l'homme moderne) et 1972 (Du mensonge à la violence), ils sont donc postérieurs au premier grand livre de Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme (1951), dont ils donnent en quelque sorte le contrepoint ; Hannah Arendt y montre ce qui, dans l'humaine condition, peut toujours être source de résistance contre tous les processus de destruction dont le totalitarisme moderne a représenté une forme paroxystique mais dont certains traits se retrouvent dans toutes les sociétés modernes. Tous ces ouvrages s'appuient sur un travail considérable d'élucidation philosophique, dont on peut mesurer l'ampleur en lisant le Journal de pensée mais, contrairement aux grands livres posthumes, ils sont centrés sur les questions pratiques, même lorsqu'ils proposent une interprétation d'ensemble de constructions théoriques aussi considérables que la science moderne ou la philosophie de l'histoire.»
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D'un monde l'autre. Romans
Ray Bradbury, Joseph Mugnaini
- Gallimard
- Quarto
- 10 Octobre 2024
- 9782072970054
Ray Bradbury (1920-2012) compte, au même rang que Philip K. Dick, parmi les grands maîtres de l'anticipation, qui ont donné au genre de la science-fiction ses lettres de noblesse. Son oeuvre vaste (plus de cinq cents nouvelles, vingt-sept romans, théâtre, poésie, scénarios et adaptations), initiée dès l'âge de douze ans, se nourrit de lectures éclectiques à la bibliothèque municipale de Waukegan (Illinois). Une révélation au même âge : l'écriture pourvoira à son immortalité ! Écrivain de profession à vingt-deux ans, Bradbury connaît tôt le succès : les Chroniques martiennes (1950), puis Fahrenheit 451 (1953) lui confèrent rapidement un statut de romancier et de scénariste reconnu à l'échelle mondiale. Futuriste de premier plan, il n'en explore pas moins la culture et la société de son époque, dont il dresse une critique cinglante : Chroniques martiennes n'évoque-t-il pas la colonisation et le racisme, Fahrenheit 451 l'aliénation des populations par les médias ? Son talent pour la fiction courte, son imagination fantaisiste, sa prose poétique et son appréhension fine du caractère humain, ses histoires «parfait mélange de terreur et d'euphorie», lui ont valu les éloges de la critique, du public et une postérité au-delà de l'oeuvre littéraire.
Les textes publiés entre 1950 et 2001, ici réunis, explorent les thèmes de prédilection de l'auteur - magie de l'enfance, mort, défense de l'individu ou dérives de la science. C'est tout l'art de Bradbury qui est embrassé, ancré dans un futur improbable ou un passé nostalgique avec pour point d'orgue sa définition du monde, sa conception de mondes autres. -
« Elle est là, autour de vous. Ne passez pas à côté - l'immédiat, le réel, le nôtre, le vôtre, celui du romancier qu'il attend... Faites New York ! » (Henri James à Edith Wharton, 1902).
Sur le conseil du romancier Henry James, l'Américaine Edith Wharton jette une lumière crue et révélatrice sur l'aristocratie new-yorkaise, saisissant à la fois la haute comédie qui s'y joue et les contradictions qui l'animent. Autrice de poèmes et de nouvelles déjà parus dans des magazines littéraires de renom, elle porte désormais un regard acéré sur la mondanité, les convenances et l'étiquette, les règles du jeu social, l'hypocrisie, la cruauté et la corruption qui gangrènent la bonne société, celle de l'argent et des affaires, qui l'a vue naître et grandir. Au fil des récits (romans et nouvelles), avec un sens aigu de la satire, elle décrypte la quintessence même de son milieu et son esprit clanique, les luttes impitoyables et les menaces feutrées que fait peser sur l'ancien monde l'arrivisme conquérant d'une nouvelle caste, celle du nouveau riche.
Plus qu'une ville de naissance, New York sera à jamais pour Wharton une muse, aussi capricieuse qu'exigeante, qui l'inspirera même après son installation définitive en France en 1913. La fresque historique qu'offrent ici les trois romans et un recueil de nouvelles, parus entre 1905 et 1924, plonge le lecteur au coeur d'une société aussi fascinante que détestable, dont les failles morales se dissimulent derrière les apparences d'une probité candide, depuis les années 1840 jusqu'aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Et avec cette édition Quarto et les documents d'archives inédits qui l'illustrent, l'occasion unique de découvrir le parcours d'une des romancières les plus marquantes de son temps, un véritable esprit libre. -
Charles Louis de Secondat, baron de La Brède, dit Montesquieu (1689-1655), a fait de son oeuvre un hymne à la raison, à la liberté, au bonheur. Auteur mordant et spirituel des Lettres persanes (1721), voyageur curieux de comprendre les sociétés européennes de son temps, lecteur infatigable, il est également le publiciste grave et rigoureux de De l'Esprit des lois (1748). En perçant à jour les rapports entre la géographie physique, le droit, la forme du gouvernement, l'histoire des mentalités, la religion, l'économie, Montesquieu offre une intelligente synthèse entre les Anciens et les Modernes, refusant de renier les apports d'Homère et de Virgile, tout en accueillant l'esprit critique et historique de son temps. En Moderne déterminé, avec un sens aigu de l'observation et de l'expérience, il formule une science politique nouvelle dans la langue élégante des honnêtes gens, élabore une méthode pour les sciences humaines qu'il contribue à fonder : sociologie, démographie, économie politique, science politique, anthropologie, ethnologie... Véritable somme politique, De l'Esprit des lois a été repris, défendu contre les attaques virulentes et amendé par son auteur jusqu'à sa mort. Montesquieu y engage tout à la fois une réfl exion sur les différents gouvernements, une enquête sur les sociétés humaines et une analyse comparée des lois afin de former tout homme à évaluer l'intervention législatrice pour mieux appréhender la réalité sociale. Chef-d'oeuvre absolu, il est l'un des livres les plus importants, les plus clairvoyants du siècle des Lumières et de la littérature mondiale. Grâce à une orthographe modernisée, cette édition fournit les clefs nécessaires pour aborder ce grand oeuvre et l'inscrit dans l'exceptionnel cheminement intellectuel que fut celui de son auteur.
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Ce volume parcourt cinquante années de l'histoire américaine, de l'avant-guerre aux années 1980, au sein de la communauté juive de Newark, une banlieue new-yorkaise. Une histoire parfois reconsidérée que le romancier se réapproprie sans souci de chronologie : l'Amérique de Philip Roth. Partant du mouvement de la contre-culture des années 1960 en lutte contre la guerre du Viêtnam (Pastorale américaine), il revient sur la guerre froide et la croisade anticommuniste des années 1950 (J'ai épousé un communiste), passe par le politiquement correct des années 1970-1980 (La tache), et se «projette» dans d'hypothétiques années 1940 (Le complot contre l'Amérique), où le fascisme et l'antisémitisme gagnent les États-Unis. En contrepoint d'une sévère critique de la société américaine, Philip Roth tisse une fine analyse des mécanismes de l'homme pris au piège de l'imprévisible. Confrontés à de grands bouleversements, des destins se brisent soudain sous l'effondrement des illusions, des secrets, des certitudes sur lesquels reposaient des vies idéales, prototypes du rêve américain. Quatre oeuvres sur l'identité de l'individu pris dans la tyrannie des mythes américains.
Quatre oeuvres sur «le bel avenir américain qui semblait promis, celui qui devait naître en toute logique du solide passé américain, issu d'un processus sans rupture où chaque génération gagnait en intelligence, parce qu'elle connaissait les limites et l'inadéquation des aînés, dont elle savait dépasser l'étroitesse d'esprit pour jouir pleinement des droits conférés par l'Amérique, pour s'affranchir des habitudes et des attitudes juives, pour s'émanciper de l'insécurité du vieux monde et des vieilles obsessions, et, enfin conforme à l'idéal, vivre parmi ses pairs, sans complexes» (Pastorale américaine).