P.o.l

  • « A-t-on des nouvelles de monsieur de La Pérouse ? » aurait demandé Louis XVI alors qu'il s'apprêtait à mon- ter sur l'échafaud. Nous sommes en 1793 et malgré tous les efforts de l'expédition de recherche dirigée par l'amiral d'Entrecasteaux, il n'y a aucune trace du lieutenant de vaisseau Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, parti de Brest le 1er août 1785 pour un voyage d'exploration autour du monde aux commandes de L'Astrolabe et de La Boussole. Le mystère n'a fait que s'épaissir, et ce malgré les enquêtes menées par les députés de l'Assemblée Natio- nale de 1791 jusqu'aux récentes recherches de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois.
    L'auteur et performeur Anne-James Chaton reprend l'enquête à zéro, et puisque rien n'a permis jusqu'à pré- sent de résoudre l'énigme, il use d'autres méthodes. L'affaire La Pérouse convoque les journaux de bord de James Cook et de Bougainville, les grands romans d'aventure de mer et de piraterie, de Daniel Defoe, de Robert Louis Stevenson, de Jack London, les maîtres du roman policier comme Agatha Christie et le cinéma des années 60, grands pourvoyeurs d'épopées maritimes. L'auteur puise dans ces oeuvres une multitude d'indices et établit de nouvelles pistes de recherches sous formes d'hypothèses : La Pérouse aura pu subir un empoisonnement alimentaire, une rafale de vent, il aura été victime d'un assassinat ou d'une mutinerie ; il aura été attaqué par un animal marin, une baleine blanche, ou il aura succombé à la tentation d'une robinsonnade...Les 23 hypothèses développées dans le livre sont rythmées par les témoignages des personnages des romans d'aventures, par les géographies maritimes, par les chants de marins. « L'affaire La Pérouse », en prenant le parti de la poésie, apporte un éclairage indéniable à cette troublante affaire et ne manquera pas de faire date dans l'histoire des techniques d'investigations policières.

    Ce texte est à l'origine d'un spectacle sonore créé en novembre 2018 au Théâtre de Montreuil, et en tournée dans plusieurs lieux en 2019.

  • Le 23 novembre 1963, à 10h45 GMT, Lee Harvey Oswald abat de trois balles de fusil Carcano le 35ème président des Etats-Unis d'Amérique John Fitzgerald Kennedy. Sept jours plus tard, Lyndon Johnson crée la commission Warren, chargée de faire la lumière sur les circonstances de cet assassinat. Elle rend ses conclusions en septembre 1964 : 888 pages extraites des 26 volumes d'auditions et de pièces à conviction accumulées.
    Pour écrire cette biographie romanesque de Lee Harvey Oswald, Anne-James Chaton a dépouillé les minutes des interrogatoires menés par la commission, ne retenant que les témoins ayant directement connu Oswald ou assisté à l'assassinat, soit 267 entretiens, plus de 10.000 pages. Le roman est exclusivement construit à partir de cette base documentaire. Les informations recueillies par l'examen de cette archive vivante sont méticuleusement prélevées et organisées afin de reconstituer la vie de Lee Harvey Oswald sur la seule base de ces témoignages. Le livre prend la forme d'une biographie mais très vite l'oralité bouscule la narration. Les voix des témoins surgissent dans le texte. Tout s'accélère. Jusqu'à faire entendre les dialogues réels, ceux des témoignages. La dimension sonore du livre s'affirme encore avec la retranscription des enregistrements radios des voitures de police au moment de l'assassinat. Plus le lecteur s'approche d'une fin qu'il sait inéluctable et plus le phrasé du récit se dépouille pour laisser place à la parole vivante des témoins.
    La dernière partie du livre, consacrée aux interrogatoires de polices dans le commissariat de Dallas, tient quasi exclusivement à la restitution des séances d'identification et des débats entre le commissaire de police et l'assassin.
    La biographie a lentement muté en thriller, puis en tragédie. Le réel cède le pas à la possibilité de la fiction.

  • Populations Nouv.

    Populations

    Anne-James Chaton

    Dans Populations, Anne-James Chaton propose de drôles de portraits des peuples d'aujourd'hui en se servant des mots et des regards des écrivains d'hier qu'il détourne à son profit. L'auteur relit de grandes oeuvres et y prélève matière à composition de courts récits ou des analyses des caractères de nos contemporains. Les Allemands dont il décrit le tempérament en effectuant une relecture singulière d'Être et Temps de Martin Heidegger, des Japonais au travers des Haïkus revisités du poète Basho, des Français montrant un tout autre visage après une réécriture ciblée de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust, des Américains portraiturés à partir du chef d'oeuvre Témoignages du poète Charles Reznikoff, des italiens aux particularités si prononcées quand on suit, de façon libre, le texte de L'histoire Naturelle de Pline l'Ancien. Selon la nature du texte relu par l'auteur et la clé de relecture appliquée - par exemple toutes les occurrences du mot « espèce » dans l'Origine des Espèces de Charles Darwin pour les Anglais, ou les descriptions des rêves des patients dans L'interprétation des rêves de Sigmund Freud pour les Autrichiens - l'autochtone se donne à voir sous d'autres traits, parfois insoupçonnés, comme ces Autrichiens que l'on découvre lubriques à souhait, ou ces Français oscillants sans cesse entre le savoir-vivre et la trivialité.
    Le livre rassemble quinze populations et se déploie sur les cinq continents.

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