• Le temps : quoi de plus familier ? quoi de plus insaisissable ?

    Daniel Sibony en donne dans ce livre des aperçus pénétrants. Il est question du temps complexe et rationalisé de la physique ou de la métaphysique, abordées sans lourdeur, mais non sans payer son tribut au mystère.

    Il est question aussi du temps de la mémoire et de la nostalgie, cet « effort pour remonter le désir épuisé vers les lieux d'autrefois où il était plein de lui-même ; comme des poissons remontent le flux vers des lieux où se reproduire ».

    Au fil des pages, Daniel Sibony dit la place qu'occupe le temps dans nos vies : chacun est concerné, entre le désir de « prendre son temps », la crainte d'être « pris » par le temps et l'angoisse de vieillir.

    Le propos est riche des multiples ressources de l'auteur : mathématicien, physicien, théologien, psychanalyste exposant des cas très parlants. Avec un art consommé du verbe, il exploite en virtuose la façon propre qu'a le langage d'ensemencer et d'éclairer la réflexion.

    Rien d'étonnant si, dans sa préface, le grand mathématicien Alain Connes invite à lui prêter « la plus grande attention ».

  • La danse est une réponse à l'événement sans recours où le corps, cloué devant l'impossible, veut pourtant vivre et se mettre en marche, en mouvement. C'est une réponse, partie depuis la nuit des temps, donc à l'oeuvre dans l'inconscient : « Il y a autre chose, il y a de la place, bouge ! » L'analyste cherche les mots pour faire bouger les vies bloquées. La danse cherche le geste pour se donner ces mots de passe. Dans les deux cas, il y va de la rencontre avec l' autre.

    La danse, ouverture du corps, ou plutôt de l'entre-deux-corps, mais sur quoi ?

    C'est ce qu'on explore ici.

    D. S.

  • Une interrogation traverse ce livre : les trois courants monothéistes - islam, judaïsme, christianisme - pourraient-ils un jour se supporter, se pardonner, non parce qu'ils relèvent du même dieu et qu'ils sont " frères " (ce genre de fraternité produit plus de guerres que d'accords, plus de déchirements que d'ententes), mais parce qu'ils reconnaîtraient en eux le même type d'infidélité à ce qui les fonde ? chacun se reconnaîtrait enfant du même manque orignel, marqué d'une faille à l'origine, une faille qui n'est imputable à personne, en tout cas pas au voisin.
    Elle est intrinsèque à l'humain, et d'autres humains hors du champ religieux l'affrontent comme ils peuvent.
    Ce que les trois monothéismes font de leur origine - et de celle des autres - est toujours une énigme : en en démêlant sans concession mais toujours avec respect les fils et les enjeux, d. sibony renouvelle profondément l'intelligence de ces religions, de leurs rpaports entre elles et avec le monde moderne.

  • La Question de Dieu se présente aujourd'hui de façon plus neuve, comme si la tendance était de reprendre possession de problèmes essentiels que la religion a confisqués pour les gérer à sa façon. «Dieu» serait donc une Question trop sérieuse - ou trop drôle - pour être laissée aux religieux qui d'ailleurs ne semblent pas si heureux que ça de la gérer. Les autres, les athées, croient l'écarter par le silence, l'indifférence, et voilà qu'elle les rattrape au détour des générations («Papa, c'est qui, Dieu ?...»). En temps de crise, aussi : comme aujourd'hui, quand des tours s'effondrent.

    Il nous a donc fallu revoir pourquoi l'idée de Dieu, dans l'étroit monothéisme, est une bombe à retardement. Avant de voir comment chacun se fait son Dieu ou se fait à Dieu. La question n'est pas de savoir quel est le bon (en un sens, «y a pas de bon Dieu»...) ni ce que chacun met à cette place ; mais de comprendre de quoi est fait l'emplacement du divin. Que nomme donc ce Nom de Dieu ? Et pourquoi est-ce un juron ? Comme s'il pointait le fait d'être à bout, aux limites de sa vie. Comme si Dieu n'était qu'une limite...

    Au terme de ce livre, chacun pourra parler de Dieu comme d'une question qui lui est propre, singulière, sans crainte d'être «fusillé» comme religieux ou comme athée.

  • Par ces temps de grands malaises identitaires, subjectifs et collectifs, où l'identité fait problème et tente de se mettre en mouvement pour se lancer dans l'existence, le concept de différent ne suffit plus. Il semble trop simple ou trop figé, et ne rend pas compte des tressages qui ont lieu entre les deux termes différents, dans un espace qui devient en fait une dynamique d'entre-deux. On retrouve celui-ci dans les contextes les plus variés : l'écrivain qui cherche entre deux langues, même s'il n'en a qu'une, pour créer deux niveaux interactifs ; la femme qui, pour accéder à sa féminité, doit affronter l'Autre-femme, souvent sa mère, dans un entre-deux mouvementé ; l'adolescent, entre famille et société, qui cherche à faire le pas vers lui-même sans passer à l'acte ; le chercheur d'emploi, qui vit entre deux places les épreuves du déplacement ; tous sont dans un entre-deux plus ou moins animé, où l'origine se rejoue et se révèle accessible ou non à une sorte de partage qu'il s'agit d'éclairer.

  • « La Bible a été mon premier texte. Sa langue est ma langue. Elle m'a nourri et plus tard elle a nourri toute mon oeuvre. Je donne ici des exemples de l'usage que j'en ai fait depuis une quarantaine d'années. Je tente d'éclairer les acuités symboliques de ce livre immense : elles vont au-delà de ce que je pense des religions, elles concernent une façon d'être et de penser. » D. S.

    De la Genèse à la sortie d'Égypte, en passant par Caïn et Abel, Noé, Abraham, Moïse, Jonas ou Job, les grandes figures, les grands épisodes de la Bible décryptés par le regard à la fois personnel et érudit du psychanalyste.

    Introduction à la pensée et à la démarche originales de Daniel Sibony, cet ouvrage est aussi une invitation à une lecture réfléchie de ce pilier de notre culture qu'est la Bible.

  • Perversions

    Daniel Sibony

    Quel fil rouge peut bien passer entre des gens aussi distincts qu'un toxico, un mystique, un masochiste, un terroriste, un alcoolique, un joueur " mordu ", un homo hard, un fétichiste de la chaussure, un adepte de secte dure ?... Quel rapport entre ces braves gens et le petit pervers méchant qui pousse l'autre à la limite pour le voir s'y effondrer ? Et quel lien tout cela a-t-il avec l'actuel malaise de la civilisation, tout autre que celui pointé par Freud, où chacun-pour-soi se concocte son petit cocktail de liens fétiches et de dopants pour tenir le coup dans sa bulle ?... Le montage pervers est-il une simple transgression ou bien la quête tenace d'une autre loi ? Y a-t-il d'autres traversées du " malaise " que par la voie narcissique (phobique, perverse... ) ? Voilà ce que ce livre explore en une suite de dialogues vifs et sereins, nonchalants et pointus, ouvrant un nouvel horizon sur nos " maladies du lien ".

  • « Vouloir vivre en paix avec les autres et en même temps adorer un Texte qui attaque ces autres : voilà le conflit «cornélien» que vivent bien des musulmans d'Europe, la réaction la plus commune est le déni.
    Il n'y a rien dans le Coran contre les juifs, les chrétiens ou les athées. Un déni bien compréhensible qui aide à vivre. Plus curieux est le fait que, en Europe, on érige ce déni en principe culturel : on peut tout critiquer sauf l'islam. Cela ne fait qu'aggraver le clivage entre discours et réalité, clivage qui n'est déjà pas simple à supporter. D'autant que la pression intégriste et identitaire vient perturber cette posture sommaire ; et que s'y s'ajoutent les jeunes qui veulent faire vivre leur Texte sacré et s'illustrer comme des héros de la foi.

    C'est cette intrication entre croyance, amour et vindicte qui est ici analysée, éclairant au passage les ressorts de la croyance et les supports inconscients du différend entre Islam et Occident ; différend dont on mesure la dynamique dans ce duo étrange entre terrorisme et amour. » D. S.

  • Un coeur nouveau

    Daniel Sibony

    « Voici des traces de mon passage dans le service de chirurgie cardiaque de l'hôpital Bichat à Paris, avec les transplantés et les insuffisants du coeur.

    J'y ai appris beaucoup sur le coeur qu'on coupe et qu'on remplace, sur les démêlés toujours neufs entre le corps et la technique, sur la profusion de la vie, sa générosité, ses irrégularités. Sur l'unité increvable du corps et de l'esprit. Sur le fait que le coeur n'est pas qu'une pompe et que l'impulsion émotionnelle nous fait vivre et nous soutient au moins autant que son battement régulier. Sur le fait que ce qui «fatigue» le coeur, c'est le contrecoeur, c'est ce qu'on s'impose de faire alors que c'est contraire à notre esprit et à notre mode d'être. » D. S.

    Une plongée inédite et saisissante dans le monde de la chirurgie de pointe. Mais surtout une méditation bouleversante sur la vie, ses ressacs et son unité.

  • Si les impasses du désir font sens pour vous, pouvant aller jusqu'au rejet voire à la haine, même celle qu'on n'éprouve pas mais qu'on retrouve à l'oeuvre, venue on ne sait d'oú ; si les effets de blocage, compulsion, culpabilité, pensée obsédante vous interrogent ; si l'idée vous tente de renouveler les vieux concepts de l'hystérie par les repères plus précis du devenir femme (ou de ce que je nomme l'entre-deux-femmes) ; si la transmission du féminin et celle de l'identité vous concernent ; si vous vous demandez comment tout cela rebondit dans la trame sociale, à travers des violences qui relèvent de la haine identitaire (bien plus que de ce qu'on nomme à tort " racisme") ; ouvrez ce livre, il a plus de trente ans, et lisez tranquillement.
    Quelques mouvements devraient s'ensuivre.

  • Avec Shakespeare

    Daniel Sibony

    D sibony a fait dans son séminaire, pendant plusieurs années, une conférence par mois sur une pièce de shakespeare.
    Toutes y sont passées. ce livre-ci contient déjà les analyses de douze d'entre elles et sera suivi par un autre. depuis sa parution, c'est un outil précieux pour les metteurs en scène et pour les spectateurs qui cherchent une autre approche, par les voies de l'inconscient. car l'idée, ici, est de prendre au sérieux le projet shakespearien d'un théâtre du monde, par des voies singulières oú l'humain se constitue, se renouvelle, s'arrache à lui-même ou aux forces du destin qui le portent.
    De sorte qu'au-delà des histoires qui sont ici démontées ou surmontées, nous sommes devant l'acuité de l'événement à l'état pur : traumatique ou grotesque, hallucinant, ou déclencheur de cataclysmes ; l'événement est la matière qui fait de nous des êtres humains, qui anime le jeu global de l'être.

  • Entre la transmission symbolique juive et la question de la transmission que pose la psychanalyse, sont détectées ici quelques résonnances : rapport à la loi, castration, symbolisation. Ce n'est peut-être pas un hasard si l'agacement envers les psychanalystes n'est pas sans rapport avec l'agacement envers les juifs. Etude de la Loi et travail de la cure sont mis en parallèle.

  • Beaucoup réagissent à l'événement en s'étonnant non pas de lui mais de ne pas l'avoir prévu : comme si notre vocation normale était de tout prévoir et de faire en sorte que rien n'arrive, que rien ne nous arrive. Nos idéaux de prévision cachent un énorme désespoir. Voici donc une suite de flashes, d'éclairs sur l'événement réel et concret "rebonds" dont beaucoup ont paru dans la presse, dialogues aigus avec le temps, allant du sport au sida, du Proche-Orient qui brûle au bloc de l'Est qui se dégèle, des attraits de l'argent aux vertiges du sacré, du chômage insidieux au racisme ordinaire - bref, beaucoup de surprises, de points critiques qui sont la texture même de nos vies. Ces entrechocs surprenants entre le vécu et l'invivable éclairent autrement nos modes d'être. Ce sont des récits de la pensée, comme si elle était une fable ou une histoire dont l'événement serait un éclair. Chaque texte est dû à un déclic, à une secousse, qu'il transmet. Il y fallait un analyste original, à l'esprit libre de toute chapelle ou allégeance, sensible à ce qu'il appelle l'événement d'être.

  • Daniel Sibony est de passage à Tel-Aviv lorsque les fusées attaquent la ville. Il livre ici ses impressions et ses pensées. Les roquettes lui rappellent, en plus violent, les pierres qu'il recevait enfant, à Marrakech, dans la médina. Il retrouve sa sérénité d'alors, cette force où l'on a en soi, presque en même temps, la détresse et la joie de vivre, et où l'on peut se sentir attaqué sans être détruit. D'ailleurs, non loin de là, une institutrice a innové ; lors des alertes, elle fait entonner aux enfants des chansons nouvelles : « J'ai peur, j'ai peur, mon coeur fait boum-boum, on doit courir aux abris. » Cette chronique écrite au coeur du conflit s'accompagne de réflexions inédites sur le djihad, les rapports entre l'islam et l'Occident, le conflit du Proche-Orient. La solution que Daniel Sibony propose se formule comme un paradoxe : la paix ne viendra que de la paix. Ce qui seul pourra affronter le grand malentendu.

  • « Le Coran prend appui sur la Bible pour lancer un projet grandiose : convertir l'humanité à la «vraie religion», l'islam, par un double «effort», à la fois pacifique et coercitif, symbolique et militaire.

    Ces deux aspects sont intriqués, indissociables, pour des raisons de structure, dont les effets ont porté une histoire de treize siècles et demeurent actuels. D'où l'idée que le Coran serait non seulement un Texte religieux mais un grand Livre stratégique - une stratégie sacrée, pragmatique et totalement originale.

    Au passage, une question récurrente est évoquée, celle de savoir «ce qu'il y a et ce qu'il n'y a pas» dans le Coran ; plutôt que d'y répondre par «il y a tout et son contraire», on y apporte un nouveau regard. » D. S.

  • Le peuple psy

    Daniel Sibony

    Que peul-on attendre de la psychanalyse ? Quelle est sa place aujourd'hui clans nos cultures ? Vieilles questions qui sont ici renouvelées à partir d'autres un peu plus vives : de quoi les sectes " psys " sont-elles le symptôme ? Quel rapport entre leur discours et le discours religieux ? Que signifie ce double mouvement où chacun s'approprie l'" idée psy ", sous mille formes, pendant que des groupes " psys " se cramponnent à un ressassement dépressif ? La psychanalyse est elle-même en analyse avec le monde où elle s'expose. Une analyse rigoureuse, quelle ignore, et qui permet de la situer, de la respecter aussi comme on respecte tout symptôme et de nous éclairer sur les replis de nos modes d'être. Cette démonstration, écrite sans violence ni complaisance, s'inspire d'une pratique vivante et d'un certain appel du large et de l'air libre.

  • Voici quelques éclats du temps, pincements de nos histoires, grincements d'actualité, à même la trame de nos vies ; ils deviennent dans ce livre événements de pensée, présences du temps qui font craquer la chape du présent. L'événement siècle s'avance à travers ses bouts d'histoires, de meurtre et de sexe, d'abus et de repentance, d'homo-famille et de clonage, de jeux et d'affolements, dans un théâtre ou un «cinéma» débridé, y compris celui de l'art et de la culture.

    Alors voici de quoi aider à reprendre souffle, peut-être à sortir de leur cadrage quotidien ceux qui ne se paient ni de mots ni d'images mais du luxe d'exister dans la présence, ce temps mystérieux entre le passé et l'avenir - ce temps actuel si distinct du présent.

  • Plutôt que de ferrailler dans la "guerre" entre analystes et thérapeutes, Daniel Sibony adopte un point de vue original : faire l'analyse des psychothérapies en vogue, et montrer qu'elles supposent toutes l'inconscient et mettent en acte des transferts très variés, en déployant des métamorphoses de l'"idée psy".
    Du coup, loin de nier leur efficacité, il l'éclaire à partir de l'idée freudienne revue et développée par lui, d'un point de vue où l'essentiel est l'enjeu d'exister comme relais d'une transmission de vie.
    Beaucoup de malentendus et d'agressivités sont rendus inutiles par cette nouvelle approche. Mieux, en parlant des psychothérapies de ce point de vue accueillant et critique, on peut enrichir l'analyse elle-même en formulant plus nettement ce qu'elle n'est pas et surtout ce qu'elle peut être à l'avenir: une certaine passation d'être...

  • Pendant près de treize siècles, le monde arabe a eu dans son vaste territoire de fortes minorités juives ; cela a donné lieu à un certain « vivre-ensemble ». Il importe de mieux savoir comment il s'est déroulé, pour comprendre comment il a pu se conclure par un départ massif des populations juives. D'autant plus qu'aujourd'hui le « vivre-ensemble » est devenu une ritournelle, non pas dans le monde arabe, où ce n'est pas à l'ordre du jour, mais dans les régions d'Europe à forte présence islamique.

    Ce livre apporte les éléments nécessaires afin d'appréhender avec rigueur et profondeur l'un des problèmes majeurs de l'islam, celui de son rapport à l'autre et, plus généralement, le rapport d'une majorité à des éléments singuliers qui interrogent son origine.

  • Apprendre l'événement.
    Apprendre à prendre ce qui arrive, à bout de bras ou de pensée ou d'images, apprendre à le sentir, le pressentir, le tourner, le retourner, s'y engager, le traverser, en émerger... et d'autres choses encore, d'autres gestes (entrez, la variété est grande, quoique modeste au regard de ce qui arrive).
    Et si vous apprenez à lire, entendre, interpréter ce qui arrive, alors l'événement que vous êtes, l'événement que vous pourriez être pour vous-même n'est plus... imprenable, insaisissable ; la rive n'est plus inaccessible où affluent nos destins, et où l'histoire a rivé ses « clous » terribles ou grotesques, et ses « croix » à tour de bras...
    Dans ce second tome d'Événements, on est plus près de l'actuel que de l'actualité du jour. Mais après tout, l'actuel de l' être qui se met en acte, en actions étonnantes, n'est-ce pas ce qui aujourd'hui questionne les identités et soulève la planète en éclats d'angoisse, d'hébétude et de rire ?

  • Le problème entre l'islam et les autres n'estil pas surtout aggravé par l'interdit d'en parler ? Par la censure dont on le couvre et par la façon étrange dont l'Occident le gère, en l'intégrant à une éthique de la faute, qui est ici analysée comme un symptôme majeur : la culpabilité perverse ?
    Il s'ensuit, selon Daniel Sibony, une phobie qui a en fait très peu à voir avec l'islam.
    Lequel, comme tant d'autres formations religieuses et culturelles, a ses problèmes, que les hommes réels tentent de résoudre comme ils peuvent, y compris par des essais de révolution.
    Sans doute fallait-il un auteur, dont la langue maternelle est l'arabe, pouvant lire le Coran dans le texte, arrivé en France à 13 ans, connaissant la Bible en hébreu, ayant vécu les problèmes de l'immigration et ayant fait des recherches sur les trois monothéismes et sur le conflit du Proche- Orient pour tenter de formuler de façon neuve et bienveillante ce qui lui semble être le problème majeur entre l'islam et le monde occidental.

  • « Chacun cherche dans l'être des points d'amour qui soient pour lui, qui le «distinguent«, quitte à faire face aux ennuis que ça lui crée, quand il les trouve. Plus généralement, chacun, sujet ou groupe, tente d'exister en partant de son identité, dont il affronte les cassures, et transforme les secousses, comme il peut.

    Or dans cette démarche, celle de tous sous les formes les plus variées, le peuple juif semble apporter quelque chose par sa façon bien à lui d'exister. Au-delà de ses Textes - d'ailleurs pris et repris pour faire de grandes religions -, son existence, qu'on n'a pas réussi à lui prendre, semble un apport qui dépasse «les Juifs« eux-mêmes, et acquiert une portée non pas singulière ou universelle, mais singulièrement universelle ; de quoi subvertir le clivage habituel entre ces deux termes.

    Ce livre, explorant un jeu fécond entre l'existence et l'identité, s'adresse à tous ceux qui se sentent étouffer dans leur cadre d'identité ou de fonctionnement, et qui cherchent le passage vers un mouvement existentiel, où «écrire» la vie, soutenir sa texture et la transmettre, peut devenir une source d'énergie, de quoi maintenir l'existence comme une Question toujours vivante - qui serait le propre d'un peuple élargi de «passeurs». » D. S.

  • Trop peu d'efforts sont faits pour comprendre ce qui se passe dans la tête et le coeur des xénophobes, pour comprendre comment on le devient, comment ça cesse et ça revient.

    Ce livre entre dans cette brisure d'identité qui, chez ceux qu'on nomme « racistes », est devenue insupportable. Cette plaie où chaque être est coupé de lui-même et de l'autre - et qui devient tantôt recherche de liens tantôt haine identitaire, nous cherchons à la comprendre comme rapport à l'être, jalousie essentielle, épreuve inévitable où certains font naufrage et où d'autres émergent. Et nous tentons de penser le mal, non pas pour « en finir » avec, mais pour y être plus « résistants ».

  • L'enigme antisemite

    Daniel Sibony

    • Seuil
    • 15 Septembre 2004

    « Nous proposons une autre approche de l'antisémitisme et de la raison qui en fait une "métaphore" singulière d'un problème que toute famille humaine connaît et résout avec plus ou moins de succès : Quoi transmettre à ses enfants ? "Les Juifs", dans cette approche, sont le peuple qui par définition est appelé à transmettre (et d'abord à se transmettre). Quoi ? Eh bien, l'exigence de transmettre. Mais encore ? Disons : transmettre l'existence, le fait de persister à être, la relation à l'être ; et cette relation dépend de ce qu'on injecte dans le mot "être". Cela va de l'être divin, du Dieu, à l'être possible ; ce qui implique par exemple : transmettre la rage qui peut combattre le destin. Parfois on y transmet le minimum, réduit à un mot, notamment "être juif", avec dans ce mot un contenu variable qui peut même être vide.
    Dans ces conditions, quiconque a des problèmes avec la transmission peut se tourner vers "les Juifs", fasciné ou hostile. Notamment, quiconque est dans le fantasme de transmettre le même, la même identité, le même fantasme de plénitude narcissique, peut se retourner contre eux. Quiconque pense avoir résolu la question de la transmission, s'il en a fait par exemple une pure transmission de savoir, ou de conduite précise qui fonde une image de soi, peut être agacé par leur façon de maintenir la question de la transmission symbolique, parfois même de l'incarner, en tout cas de la rappeler sans cesse ; en somme : de la transmettre.
    N'y a-t-il pas, à partir de ce point de vue, une tout autre approche de l'antisémitisme oe
    C'est l'enjeu de ce petit livre : exhumer du nouveau sur cette vieille question. »

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