• « Les autres ne font pas ça. Se faire appeler, l'un et l'autre, Lamarche-Vadel relève d'une excentricité aggravée par la fantaisie de porter ce double nom avant même le mariage comme si celui-ci n'était pas le réel opérateur du changement onomastique. Ce qui dans leur cas est vrai puisque le mariage n'a pas eu lieu et que quand bien même aurait-il eu lieu, il ne conférait pas aux époux le droit de mutualiser leurs noms propres. Alors ils se sont placés à la lisière du droit, substituant à la toute-puissance du nom-du-père, qui transmet le nom, la toute-puissance du désir qui inaugure une existence. ».
    En juillet 1968, dans la librairie des PUF, boulevard Saint-Michel, Gaëtane Vadel rencontre Bernard Lamarche, qui y travaille comme magasinier. Lui est autodidacte et poète, fasciné par le surréalisme, en crise avec sa famille catholique rigoriste. Elle est une étudiante en philosophie, au diapason des aspirations libertaires de l'après-Mai. Très vite, ils associent, hors mariage, leur nom respectif en un seul bloc, créant ainsi une sorte de trait d'union amoureux, en usage dans le cercle restreint de leurs ami(e)s qui va devenir leur signature publique. Ni le divorce, ni le destin tragique de Bernard Lamarche-Vadel qui va mettre fin à ses jours en 2000 ne briseront pas le pacte originel de ce double nom.
    Sobre, la langue de Gaëtane Lamarche-Vadel se veut descriptive et précise, mais se fait aussi nerveuse et sensible, surtout lorsqu'elle rend hommage, avec cinquante ans de recul, à cet acte d'émancipation fondateur. Il s'agit d'une vraie fausse autofiction en forme d'essai philosophique qui sait éviter l'exhibition des secrets de famille, pour demeurer sur la crête des souvenirs et interroger, à travers l'évolution des moeurs, des lois et des technologies récentes, les façons d'échapper aux fatales déterminations généalogiques. Pourquoi ce livre ? Pour réinjecter du double et du trouble dans le nom.

  • Si l'appropriation est devenue une conduite réactive à une situation de totale dépendance, l'illusion qu'elle véhicule ne lui vient pas de nulle part mais d'un double héritage. Le premier, une confiance aveugle dans les pouvoirs du propre et de la propriété. Le deuxième héritage a fait de l'appropriation le ressort d'un combat collectif contre les modes de vie sociale aliénés et aliénants, en faveur de la reconception de valeurs commune génératrices de présent.

  • Derrière les murs du jardin éclôt l'amour courtois. Le jardin secret est le lieu éponyme de la Vierge. Les herbes du paradis, épices et plantes odoriférantes, y croissent naturellement. A la renaissance le jardin secret abrite les miracles de la nature. Outre les traditionnelles simples des jardins médiévaux, il accueilles des fleurs rares et pérégrines venues des tous les pays, Egypte, Turquie, Indes Occidentales récemment découvertes. Médecins botanistes, géographes, ambassadeurs les ramènent de leurs expéditions lointaines.

  • Phénomène social, économique, artistique, la prodigalité de ces espaces d'art public est aussi la conséquence de l'intérêt qu'ont porté les chercheurs en sciences sociales à l'espace public qui, en tant que concept, continue d'assurer un rôle essentiel de distanciation et de rassemblement, de réflexion et d'échange. Une lente mais sûre symbiose de l'entertainment et du social rejoint la représentation de la démocratie vendue comme une image de bien être et de réussite sociale. Conscients de cette dérive, des artistes inventent toutes sortes de lignes tangentielles aux représentations coagulées de l'art et de l'espace public afin de détricoter leur union et de trouver parmi les bris de leur défaite des interstices ou des trous par où passera l'ébauche ou la promesse d'un espace public actualisé par ses usagers.
    Gaëtane Lamarche-vadel, critique d'art et membre du collectif de rédaction de Multitudes, a été chercheuse au cerFi de 1973 à 1980 et a collaboré à la revue Recherches. Elle a enseigné à l'université de Paris VIII, à l'école d'architecture Paris la seine et a été jusqu'en 2013 professeur de philosophie esthétique à l'École nationale supérieure d'art de Dijon, HDR sorbonne. Elle a dirigé des recherches sur l'art/la ville/l'espace public et est l'auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

  • L'appropriation est un phénomène à double face : négatif, quand il est un moyen de s'accaparer des biens, des territoires, des pouvoirs, mais positif, quand il est un processus de recyclage qui réactualise ce qui a été oublié.
    Dans les années 1960, les artistes s'approprient des objets usuels qu'ils transforment, révélant la puissance inventive du quotidien. Dans le domaine architectural et urbain, durant la deuxième moitié du XXe siècle, l'appropriation s'est développée contre des conceptions fonctionnalistes et autoritaires de l'espace, générant des projets collectifs qui refusaient de dissocier l'habitat de l'habiter. Au tournant du siècle, le déficit persistant de logements, la globalisation, les flux migratoires, l'urgence écologique suscitent de nouvelles pratiques appropriatives de l'espace et du temps qui sont regardées comme des pôles de résistance, ou des embryons de villes futures : Occupy Wall Street, Indignados, Printemps arabes, l'installation de zones à défendre (ZAD), les squats (de subsistance), les campements de SDF ou les « occupations potagères » (jardins d'utopie). Qui sont donc les acteurs de ces appropriations ? Quelles sont leurs formes spatiales, les territoires concernés ? Quels sont les liens entre ces appropriations et les réseaux sociaux ?

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