• Son nom d'avant

    Hélène Lenoir

    Quand elle le voit pour la première fois, c'est dans un autobus : son regard impitoyable entrant en elle, juste avant qu'il ne descende ; quelques secondes encore avec la vitre entre eux.
    Et puis rien. les circonstances dans lesquelles ils se revoient par hasard vingt ans plus tard ne leur permettent pas de s'approcher l'un de l'autre et sans doute en resteraient-ils là si cela ne tenait qu'à elle, devenue entre-temps épouse de notable et mère de trois enfants. mais lui, maintenant, il veut quelque chose.

  • L'entracte

    Hélène Lenoir

    Une femme quitte sa place à l'entracte et aborde dans le hall un homme qu'elle reconnaît sans savoir oú elle l'a déjà rencontré.
    Il lui propose de sortir faire une promenade plutôt que d'assister à la seconde partie du concert. " on n'est pas obligés. ", lui dit-il. c'est dans une situation analogue que se trouvent les personnages des quatre autres nouvelles. très différents les uns des autres, ils ont en commun un parcours ancré dans une relation forte devenue pesante ou simplement difficile. pris entre la tentation de fuir et l'obligation de rester, ils se réveillent, et c'est au moins ça.

  • Quand elle apprend que Claire, sa fille de vingt-quatre ans, vient d´être transportée sans connaissance à l´hôpital Beaujon après avoir été fauchée sur son vélo par un motard qui a pris la fuite, Elvire saute dans le premier train pour Paris et pressent très vite que cet accident va l'ébranler.
    À mesure que se reconstitue le patchwork de sa vie, Elvire s'éloigne peu à peu de sa famille pour qui elle n'a finalement jamais été qu'une pièce rapportée.

  • Odette Silaz meurt dans le foutoir de sa maison patiemment constitué avec Do, son petit-fils qu'elle a élevé et qui, à vingt ans, se révèle un incapable.
    Sa mort donne libre cours aux vieilles querelles entre Carine, la mère de Do et Muriel, sa tante, au sujet de la disparition du père, Georges, il y a longtemps de cela.
    Au cimetière, le jour de l'enterrement, tout le monde veut croire encore au retour de Georges Silaz.

  • Début juillet, orages et pluies diluviennes ont soudain transformé le fleuve en torrent, provoquant un accident qui a fortement ému la ville.
    Thérèse vient d'arriver. Étrangère, elle a soigneusement préparé son week-end dont le temps fort doit être une entrevue avec un peintre célèbre. Mais, dès le premier soir, rien ne se passe comme prévu.
    Surmontant sa contrariété, elle s'installe à la terrasse d'un bistro, non loin de Karl Ritter, un quinquagénaire fatigué, qui, frappé par sa beauté, la regarde.

  • La brisure

    Hélène Lenoir

    • Minuit
    • 25 Janvier 2003

    Un petit tableau représentant une scène amoureuse est retrouvé en morceaux, une dizaine peut-être...
    ça commence banalement par un baiser...
    Et, dès le moment où ils s'écartent, où ils se mettent à parler, à mal entendre, à sous-entendre, à croire entendre... ça se fissure, ils prennent peur, ils ne peuvent plus se toucher.
    Ou alors ils établissent un code et ils s'installent dans cette matière figée, reproduisent les mécanismes qui les font fonctionner depuis l'enfance, l'un mangeant goulûment l'autre qui se laisse voluptueusement faire, engourdi par le charme...
    Ou bien ils sont expulsés et c'est peut-être leur seule chance, quand ils ont encore assez de force pour se tenir debout...

  • Demi-tour

    Hélène Lenoir

    Une femme qu'il faut juste accueillir dans un appartement loué pour un mois, un petit groupe de réfugiés croisé sur une route de campagne près de la frontière, un vieil homme et sa jeune visiteuse riant doucement un soir d'été sur un balcon voisin, un couple de clients pas comme les autres... ils ne font que passer. Leur charme souvent inquiétant attire, blesse, séduit et déjà ils repartent, emportant leur mystère.
    La plupart sans se retourner. Mais ceux qui restent sentent tôt ou tard que leur bouleversante apparition les a fait pivoter sur eux-mêmes, les orientant vers un cap jusqu'alors insoupçonné ou tout simplement ignoré. Troisième recueil de nouvelles de l'écrivain, Demi-tour est constitué de sept nouvelles dans lequel elle rompt avec le thème de la famille, son terrain d'exploration favori. Chacune de ces nouvelles décrit un moment important qui, sur un laps de temps très court, va amener le personnage à reconsidérer sa vie...

  • « Il revint lentement vers son fauteuil, le contourna et se planta derrière le dossier. Elle, fixant fiévreusement le feu, immobile sur son petit tabouret, serrant ses mains jointes entre ses genoux pour maîtriser le tremblement qui l´avait saisie tout entière, son dos courbé tressaillant par vagues, ses lèvres mordues comme si elle claquait des dents. Il l´avait vu et, dans son désarroi, il s´approcha d´elle et se pencha en posant doucement ses mains sur ses épaules. » Dans une langue impitoyable et incarnée, Hélène Lenoir dresse le portrait subtil et angoissant d'une soeur qui distend les liens familiaux pour devenir une femme enfin libre.

  • Véra voyage, lui non.
    Après trente ans de vie conjugale orageuse, cette chose est admise.
    Elle est donc partie en finlande chez leur fils ludo, installé là-bas. lui, profite de sa solitude pour bricoler un peu dans la maison. mais son répit sera de courte durée, car ludo téléphone et lui apprend que véra vient d'être hospitalisée à la suite de malaises cardiaques. ce serait quand même bien que tu viennes, dit-il à son père.

  • Sous le voile Nouv.

    Une vieille femme évoque pour la première fois ses années de couvent, du temps où elle était Soeur Jeanne Marie au sein de la congrégation de Notre-Dame de Sion. Elle revient sur son parcours depuis son entrée au noviciat en 1941 jusqu'à sa sortie en 1950 : ses bonheurs, mais surtout ses difficultés pour trouver sa place dans une communauté de religieuses semi-cloîtrées, soumises à une règle très stricte.
    Rejetée par ses parents après avoir rendu son habit, elle est accueillie comme « demoiselle professeur » dans la maison de Sion d'Anvers et se voit rapidement confiée aux soins du professeur van Luyden, neuropsychiatre quinquagénaire, lequel est bouleversé dès la première rencontre par sa nouvelle patiente.

    Découvrir aujourd'hui la vie d'une communauté de religieuses dans les années 1940 - 1950 inspire effroi, consternation - un malaise qui nous ramène aussi à quelque chose d'intimement familier.
    Qu'est-ce que l'obéissance ? La soumission aveugle à une règle qui nous brise ?
    Que devient un idéal dès lors qu'on s'engage ? Ou que fait de nous l'amour et jusqu'où va l'acceptation des compromis ?
    Qu'est-ce qu'une séparation : quitter ou être quitté ? Et comment franchir le pas, en surmontant l'angoisse du Dehors ?
    Autant de questions que Jeanne et les autres personnages qui la côtoient soulèvent en silence, chacun à sa façon.

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