• La mémoire est vivante, sensible aux effets que le présent exerce sur elle. Avec le temps, elle travaille et fournit des récits diversement composés, des variations du roman familial, comme si l'on était plusieurs, successivement, à l'intérieur de soi. La psychanalyse est le lieu où l'on peut observer électivement le phénomène : ces modifications s'y produisent de façon plus rapide, sollicitées par la marche de la cure, comme a pu l'observer l'auteure. Mais elle a constaté aussi que chacun, pour peu qu'il soit attentif à ce qui évolue en lui, à ses remaniements internes, peut en prendre conscience au long des années.

  • « J'ai toujours aimé le temps. De ce point de vue, mon métier de psychanalyste ne m'aura pas dépaysée. Et je sais aujourd'hui que, si on ne maîtrise jamais le temps, notre temps, on peut y circuler plus à l'aise même si la cloche de la fin sonne pour tout un chacun.

    « Sur le tard, c'est le moment de vie où le temps joue de ses facettes, passé, présent, avenir, parfois en les rendant plus distinctes, parfois en les confondant. Ainsi certains moments vécus s'imposent-ils dans leur actualité même, pleins de résonance affective. Ou bien ce sont les souvenirs qui dominent, assiègent. Quant au futur, longtemps illimité, il se trouve petit à petit rétréci ; les limites sont visibles, sensibles. Qu'a-t-on encore le temps d'être, de faire ? » J. R.-D.

    Une méditation littéraire et tonique sur le temps qui passe et la force de vie qu'il apporte.

    Jacqueline Rousseau-Dujardin est psychanalyste. Elle est notamment l'auteur d'Aimer, mais comment ?

  • « . revient de vacances. À l'heure dite, on sonne. Ça n'a donc pas été oublié ? Fait entrer l'autre qui s'étend. S'assoit, loge son dos dans l'inclination habituelle du fauteuil, retrouve sous ses bras le contact familier des accoudoirs, pose ses pieds sur le tabouret. Écoute.
    Écoute la source qui sourd. Source où ils coulent les mots de l'autre, cours doux-amer où ils boivent l'un et l'autre. Non pas qu'ils soient morts de soif les semaines passées. Ils vivaient peut-être même plus à l'aise, en repos loin des courants souterrains, oublieux des remous issus des trous d'ombre ou nés des creux du lit de terre, dévastateurs ou révélateurs, que l'analyse fait maintenant ressurgir en leur donnant une chance de devenir bénéfiques.
    Effets d'irrigation pour l'analyste. D'où germe une écriture composite, à la rencontre des mots, au croisement des voix, latérale et fragmentaire. Trace en plus, creusée par la peine et le plaisir et où jouent les fantasmes, rêves et souvenirs de l'un et de l'autre, où s'inscrit la pesée de leur vie. » J. R.-D.

  • """Odor di femmina"", ""orror di femmina"" - Odeur de femme, horreur de femme - Sous le parfum qui séduit se cache le piège tendu à l'homme par la femme : le charme est censé y masquer le mal. C'est cette proximité que l'auteur explore ici, dans les textes fondateurs de la culture occidentale, du théâtre grec aux romans du XXe siècle ; ou tout simplement, sous la violence quotidienne exercée par les hommes sur les femmes. Mais psychanalyste, elle en relève également les traces dans les théories freudiennes et lacaniennes de la sexualité comme dans sa propre pratique.
    La femme, nécessaire - jusqu'à présent du moins - pour mettre au monde les enfants, porte atteinte au voeu de suffire à la procréation, depuis toujours exprimé par les hommes. Sa "nécessité" même effraie. Mais aussi elle est l'objet du désir où l'homme risque, croit-il, de s'abîmer : du coup c'est elle qui, par projection, porte la faute et le danger, et en inspire la peur.
    Peut-on désamorcer ce piège en mettant ses ressorts au jour ? Peut-on désunir le choeur dénonciateur du danger féminin en analysant les voix qui le composent ? Et, par là, donner place à une autre image de la femme ? C'est le pari que fait ce livre."

  • Aimer est difficile autant que d'être aimé, même si chacun y aspire.
    C'est que la rencontre de l'autre entame le soi qui, passé les premières effusions, se retire dans des postures établies depuis l'enfance ou s'efforce, mais non sans écueils, de préserver un lien qui donne valeur à la vie. Les écrivains ont suivi dans leurs oeuvres ces parcours qui furent les leurs, ceux des personnages qu'ils ont créés et souvent les deux à la fois.
    Jacqueline Rousseau-Dujardin a choisi d'accompagner quelques-unes de ces versions amoureuses sous leurs formes variées, passant par Proust, Henry James, Madame de Staël, Madame Guyon, Balzac, Virginia Woolf. Et de méditer, aidée par son expérience psychanalytique, sur les solutions ou les aveuglements que tel ou tel donne ou oppose au désir amoureux et à son évolution.

  • Ce livre est une enquête sur l'histoire des femmes musiciennes dans les sociétés européennes, où la carrière des compositrices notamment a été entravée parce qu'elles étaient femmes, et leur production souvent confinée dans des genres mineurs dévolus à leurs sexes.La première partie décrit les conditions historiques générales.Dans la seconde sont analysés les parcours de Clara Schuman, Fanny Mendelssohn, Alma Mahler-Schindler.

empty