Sciences humaines & sociales

  • Ce volume corrige, complète et approfondit les lettres de Céline à Pierre Monnier publiées dans le Ferdinand Furieux (L'Age d'homme, 1979) de ce dernier. Si le récit de Monnier n'est pas repris, 325 lettres sont ici réunies, contre 313. Cette correspondance retrace la résurrection éditoriale de Céline, de Denoël à Gallimard, grâce au courage et à l'abnégation de Pierre Monnier.
    Après 18 mois de prison, Céline, exilé au Danemark, vit dans une chaumière prêtée par son avocat Thorvald Mikkelsen. Menacé d'extradition, en conflit avec Denoël, il n'a rien publié depuis Guignol's band en 1944. Tout en écrivant Féérie pour une autre fois, il cherche désespérément à faire rééditer ses livres. La providence a pour nom le caricaturiste Pierre Monnier, qui a profité de la tournée d'un groupe folklorique en septembre 1948 pour venir le rencontrer. De retour à Paris, Monnier est résolu à mettre fin par tous les moyens à ce scandale éditorial. Via Charles Frémanger, des Éditions Froissart, il réussit à republier Le Voyage sous le manteau en Belgique (1949). Puis il décide de créer sa propre structure d'édition, « Frédéric Chambriand ». Le résultat est concluant, Céline est satisfait, mais Casse-Pipe et Mort à crédit reparaissent dans une certaine indifférence.
    Pierre Monnier sert également à Céline de courroie de transmission avec les avocats Naud et Tixier-Vignancour qui tentent d'obtenir son amnistie. En 1950, il prépare l'arrivée de l'écrivain chez Gallimard, obtenant la réimpression de tous ses romans et la publication de sa nouvelle oeuvre, Féérie pour une autre fois. Une fois le non-lieu obtenu, en 1951, l'écrivain rentre en France. La résurrection de Céline peut commencer, même si sa saison au purgatoire (notamment dans la presse) n'est pas encore tout à fait terminée.

  • Les lettres réunies ici, lettres d'amitié ou d'intimité et dont plus de cent sont inédites, ne résolvent pas l'énigme de Louis-Ferdinand Céline, mais elles l'éclairent. Chacune des correspondantes a un caractère différent, appartient à un monde différent, mais elles ont en commun le fait que Céline a fait d'elles un public privilégié devant qui il pouvait s'ouvrir de façon spontanée. Il en résulte pour le lecteur un être complexe, certes, et parfois désagréable, mais toujours vivant, incarné. Céline y révèle tout le paradoxe de sa personnalité à la fois irréductible et fidèle, brutale et tendre.
    Ses commentaires - que ce soit sur la vie privée ou sur les troubles des années trente - trahissent ses préjugés en même temps qu'ils témoignent de sa finesse et de sa lucidité. Et, derrière l'ensemble, se dresse la figure angoissée d'un homme de plus en plus réduit à la solitude par le génie artistique qui éclot en lui.

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