Belles Lettres

  • Prendre au sérieux l'idée de contemporanéité, faire se télescoper ce qui coexista et se risquer à produire un collage qui donnerait à voir, en un même livre, les écrits d'une carmélite et ceux de criminels, en un même chapitre les lettres de menaces envoyées par d'anonymes anarchistes et les lettres d'intercession écrites au front par les poilus, en une même page les commentaires des théologiens et ceux des graphologues de l'affaire Dreyfus. Produire par ce montage une biographie collective d'un moment de notre histoire sociale et politique. Laïciser Thérèse pour montrer qu'elle fut certes la fille de saint Jean de la Croix et Thérèse d'Avila, mais également, le fruit de la société française des lendemains de la Commune, le véritable monument de papier de la IIIe République. En suivant Thérèse au fil de ses petits papiers, c'est une vie de rien qui se dévoile, une existence comme en dehors de l'histoire et qui pourtant va s'y inscrire par l'écriture. Là est sans doute le plus remarquable à plus d'un siècle de distance : l'extraordinaire destin de la figure de Thérèse Martin ne tient pas dans son exceptionnalité mais dans son caractère profondément ordinaire ; elle apparaît comme une passionnante figure pour comprendre l'histoire de l'écriture depuis les années 1880 jusqu'à aujourd'hui. C'est une plongée au milieu des archives minuscules, dans les boucles de l'écriture de la jeune carmélite morte en 1897 que l'ouvrage nous propose, dressant un portrait polyphonique de la petite sainte.

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