• Travailler moins, travailler autrement ou ne pas travailler de tout Nouv.

    Le slogan présidentiel "Travailler plus pour gagner plus" est obscène. Pas tant par ce qu'il va à l'encontre des tables de la loi, mais d'abord parce que les horaires actuels de travail sont déjà excessifs. Ils dévorent la vie, étouffent la citoyenneté, engendrent le stress et la souffrance. Travailler plus est d'autant plus absurde et obscène, qu'à défaut de changement d'orientation, cela ne peut qu'accélérer le moment de la catastrophe écologique. C'est pourquoi il nous faut un nouveau mot d'ordre : "travailler moins pour vivre mieux !"

  • L'abondance frugale comme art de vivre. La frugalité fait l'économie de toute consommation non nécessaire. La réhabilitation de la joie de vivre à la base du projet de la décroissance passe largement par celle des saveurs. L'art de bien manger fait partie de cet art de vivre préconisé par la décroissance.

  • Le terme « décroissance » est récent dans le débat économique actuel, même si l'idée a une histoire plus ancienne. Mais que désigne-t-il au juste ? Une inversion de la courbe de croissance du produit intérieur brut (PIB), indice statistique censé mesurer la richesse ? Ou la fin de l'idéologie de la croissance, c'est-à-dire du productivisme ?
    Si la croissance est une croyance en un progrès infini - pourtant chaque jour démenti par les ressources nécessairement limitées de la planète -, alors la décroissance est un gros mot, voire un blasphème. C'est pourtant cette idée qui permettrait de réenchanter le monde, non pas en substituant à la religion de la croissance une religion inverse, mais en retrouvant la dimension spirituelle, quoique laïque, de l'homme, lequel n'est pas qu'un homo oeconomicus .
    David Henry Thoreau, le précurseur de la décroissance, disait que « serait un poète celui qui pourrait enrôler vents et rivières à son service, afin qu'ils parlent pour lui ». La décroissance, c'est cet art de vivre, un art de vivre bien, en accord avec le monde, un art de vivre avec art.

  • Philosophe français d'origine grecque, ayant exercé comme psychanalyste pendant de nombreuses années, Cornelius Castoriadis (1922-1997) a développé une pensée qui lie philosophie, anthropologie et politique. Il prônait l'avènement d'une « société autonome » fondée sur la démocratie directe, où tous les citoyens ont une égale possibilité de participer à la législation, au gouvernement, à la juridiction et finalement à l'institution de la société.
    Face à la dictature des marchés financiers et de la concurrence et aux dangers de la technique et du développement « de type occidental-capitaliste », il appelait à une autolimitation afin de fonder une société auto-organisée, frugale, écologique et démocratique.
    À l'heure où les discours sur l'effondrement se font de plus en plus présents, Castoriadis nous rappelle que « face à une catastrophe écologique mondiale [...] l'insertion de la composante écologique dans un projet démocratique radical est indispensable » pour éviter de voir « des régimes autoritaires imposant des restrictions draconiennes à une population affolée et apathique ».

  • Mot d'ordre des gouvernements de gauche comme de droite, objectif affiché de la plupart des mouvements altermondialistes,la croissance constitue-t-elle un piège ? Fondée sur l'accumulation des richesses, elle est destructrice de la nature et génératrice d'inégalités sociales.
    Dès 1986, Serge Latouche dénonçait dans cet ouvrage les dangers de la croissance et développait ses concepts de l'après-développement. En permettant ainsi de regarder le présent « dans le miroir du passé » suivant la formule d'Ivan Illich, alors même que l'air du temps favorise le triomphe de l'éphémère, ce texte reprend sous forme embryonnaire la plupart des thèmes majeurs de la décroissance.
    Serge Latouche propose de renoncer à la démesure et à l'illimitation pour redécouvrir la nécessité du sens de la mesure et des limites et travailler à une société fondée sur la qualité plutôt que sur la quantité, sur la coopération plutôt que la compétition, à une humanité libérée de l'économisme se donnant la justice sociale comme objectif.

  • La décroissance entend nous libérer de l'aliénation de l'idolâtrie de la croissance et du marché. Désacraliser la croissance consiste à dévoiler la manière dont a été «bricolée» sa sacralisation : l'hypostase de l'argent, la «théologisation» de l'économie, et la création des idoles du progrès, de la science et de la technique. Le projet d'une société alternative soutenable et conviviale, porté par la décroissance, vise à sortir du cauchemar du productivisme et du consumérisme, mais aussi à réenchanter le monde. Il contient donc une dimension éthique et même spirituelle essentielle. Cela en fait-il pour autant une nouvelle religion ?

    Inédit.

  • Caricaturée par ses adversaires et une régression économique et social : radicale, la décroissance se veut a contraire une perspective d'avenir pour y échapper : celle d'un refus de gaspillage des ressources naturelles d'une prise en compte de leurs limites qui rendent d'ores et déjà impossible la généralisation à toute la planète du mode de vie occidental.
    Aussi exige-t-elle un changement radical de paradigme, ce que l'auteur appelle une société de décroissance. Une telle société donnerait un autre sens à la production et à la consommation, réorientant les arbitrages politiques, relocalisant l'économie, limitant les échanges dispendieux mais stimulant la convivialité. Cet appel à la décroissance, qui rencontre de nombreux échos depuis que la crise planétaire a éclaté et que les menaces sur l'environnement se précisent, est aussi un appel à l'imagination.

  • L'économiste et anthropologue Serge Latouche est l'un des premiers et principaux penseurs de la décroissance aujourd'hui. Dans ce livre, il revient de manière claire et érudite sur un très grand nombre de courants d'idées, d'intellectuels et d'activistes politiques qui ont influencé sa réflexion.
    La décroissance n'a pas la prétention de chercher à construire de toutes pièces une vision entièrement nouvelle de l'organisation de la vie sur terre. Elle vise plutôt à mettre en lumière ce qu'il peut y avoir de convergent entre des approches développées en tout temps, en tous lieux et dans tous les domaines, mais qui ont pour caractéristique commune d'avoir été ignorées ou discréditées a priori par les discours modernes de la productivité, de l'efficacité, de la croissance et du profit.
    La décroissance désigne en premier lieu la rupture avec l'occidentalisation du monde. Elle entraîne donc la réouverture de l'histoire au fond commun universel qu'on appelait traditionnellement « sagesse ». En revenant sur le stoïcisme, l'épicurisme, le cynisme, le taoïsme, le bouddhisme zen, les traditions indienne, africaine, amérindienne et bien d'autres, il s'agit d'abord, explique Latouche, de rappeler que l'humanité, par sa connaissance séculaire de l'homme et de ses passions, n'a pas attendu la démesure extrême de notre époque pour penser la mesure et les conditions de la vie bonne.
    Les précurseurs modernes, quant à eux, développent une critique de la croissance de l'intérieur. Celle-ci s'articule d'abord autour de la lutte contre les méfaits sociaux et politiques de la révolution industrielle, exprimée par des socialistes « utopiques » comme Morris, Fourier, Owen., ou des anarchistes comme Proudhon, Bakounine, Kropotkine. Plus proches de nous, ceux qui, à partir des années 1950, ont vécu l'essor de la société de consommation, l'emprise croissante de la technique et l'aliénation productiviste ont été, dans une large mesure, les fondateurs de l'écologie politique : Ivan Illich, Cornelius Castoriadis, André Gorz, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, François Partant, Nicholas Georgescu-Roegen, etc.
    Enfin, l'ouvrage se penche sur toute une pléiade de quasi-contemporains moins connus (Murray Bookchin, Barry Commoner, Alex Langer.) ou auxquels on ne pense pas parce qu'ils étaient avant tout des écrivains (Léon Tolstoi, Jean Giono, Aldous Huxley ou René Barjavel.).

  • « Jetant un regard rétrospectif sur mon parcours intellectuel, autour d'un objet envahissant et problématique, l'économie, il m'apparaît que mes efforts ont visé à produire ce que les Grecs appelaient une metanoïa, c'est-à-dire un renversement de la pensée. Aujourd'hui, il nous faut renverser nos manières de penser. Parce que le monde n'est plus vivable ainsi, que nous le savons mais restons pris dans les schémas capitalistes et productivistes, il nous faut réinventer notre imaginaire pour trouver une nouvelle perspective existentielle. Qui passera par l'après-développement, la décroissance et l'éco-socialisme. »

  • La décroissance : les uns ne jurent que par elle quand les autres s´offensent que le mot soit prononcé. Que recouvre l´idée de décroissance, qui ne semble pas être la même pour les uns et les autres ? Surtout, elle charrie son lot de contresens et de controverses, portées dans un dialogue de sourds. Nombreux les opposants à cette idée, qui utilisent des arguments plus ou moins de mauvaise foi. Serge Latouche interroge toutes les idées reçues en circulation et y apporte des réponses précises et argumentées pour mettre un terme aux inquiétudes fantasmagoriques qui l´entourent. Non la décroissance n´est pas synonyme de croissance zéro ; non elle n´est pas technophobe. Ce n´est ni un projet anti-moderne destiné à nous renvoyer vivre dans des cavernes, ni un programme visant à restaurer un ordre patriarcal communautaire, ni l´instrument qui ferait de nous des chômeurs. À droite comme à gauche, les critiques fusent : comment éliminer la misère dans nos contrées sans croissance ? Quel sens peut bien avoir la décroissance dans les pays du Sud ? Comment rallier les nouveaux pays industrialisés à la décroissance ? Qui va soutenir un tel projet : les ouvriers ? Les classes moyennes ? Et si la croissance se résumait à la production de services ? A la valeur marchande ? Etc. etc. La décroissance ? Une manière de poser à nouveau la question des valeurs, afin de construire de nouveaux rapports et une nouvelle société.

  • Le primat de l'économie doit être remise en cause. C'est ce que Jean Baudrillard avait très bien vu en son temps : dans son ouvrage La société de consommation (1970), référence majeure pour les décroissants, le consumérisme engendre une « paupérisation psychologique », un état d'insatisfaction généralisée qui, dit-il, « définit la société de croissance comme le contraire d'une société d'abondance ».
    Bien que son oeuvre soit multiple et complexe, on ne peut pas dénoncer la société de consommation aujourd'hui sans se référer à ses analyses et il est presque impossible pour les objecteurs de croissance de ne pas reprendre certaines des formules qu'il a employé tant est forte la pertinence de ses intuitions ; les cinq premiers livres de notre auteur qui tournent autour du démontage de la société de croissance pourraient même passer pour un catéchisme de la décroissance.
    Le « style » Baudrillard ne réside pas seulement dans la qualité exceptionnelle de l'écriture, mais aussi dans cette étrange fascination pour le consumérisme qu'il dénonce. Toute l'oeuvre de l'auteur tourne finalement autour du désenchantement mélancolique de la modernité, entre révolte rentrée et résignation ironique.

  • Après le succès de la première édition de cet ouvrage sur l'obsolescence programmée, Serge Latouche a actualisé l'état des connaissances sur ce processus qui, pour stimuler la consommation et nous en rendre addict, fut conçu et mise en oeuvre au milieu du XIXème siècle aux Etats-Unis. Des 3 formes principales de l'obsolescence programmée -le recours aux techniques pour rendre un produit très vite suranné à la publicité qui nous convainc d'acquérir des produits dont nous n'avons nul besoin-, le plus symptomatique et le plus pervers est le fait d'introduire dans les objets une pièce défectueuse pour en limiter la durée de vie. Ainsi des ampoules (qui avaient été conçues pour une durée d'utilisation quasi illimitée), des automobiles, des appareils ménagers et aujourd'hui des ordinateurs ou des imprimantes. La plupart des biens que nous achetons sont sciemment viciés de telle sorte que nous soyons contraints, pour faire marcher la machine économique, de les renouveler. C'est cette histoire, face noire de l'économie capitaliste que nous raconte Serge Latouche, remontant au XIXème siècle et illustrant son propos de nombreux exemples plus éloquents les uns que les autres. Mais l'auteur tire également la sonnette d'alarme : pouvons-nous accepter de vivre ainsi dans une société aux ressources limitées, qui multiplie à l'envie et par nature le gaspillage, les déchets et engendre de facto de très grands dégâts environnementaux ?

  • Dès le départ du mouvement de la décroissance, Jacques Ellul en a été considéré comme l'un des principaux précurseurs, bien qu'il n'ait jamais employé le mot. Sa critique de la démesure technicienne et son analyse du « totalitarisme technicien » constituent des pièces maîtresses du projet de la décroissance. Certaines des conséquences tirées de cette critique de la technique, comme la nécessaire réduction du temps de travail, recoupent et alimentent les propositions concrètes des objecteurs de croissance.
    Sur le plan théorique, la pensée de la décroissance peut aussi puiser abondamment dans ses innombrables écrits non consacrés à la technique (articles, chroniques, ouvrages et cours), où Ellul dénonce en maints endroits et avec la plus grande fermeté la démesure de la société occidentale, la croissance et le développement.
    Cependant, la pensée du maître bordelais, qui a embrassé tant de domaines de la théologie à la politique, ne se réduit pas à la décroissance.
    Ce livre s'attache donc aussi à signaler, à côté de convergences importantes soulignées déjà par plusieurs auteurs, des divergences qui nuancent la légitimité du rapprochement entre les idées de Jacques Ellul et celles des objecteurs de croissance. On complétera ainsi l'éloquente formule empruntée par l'écologie politique à Ellul (« penser globalement, agir localement »), par son pendant à « l'ère de l'anthropocène » : « penser localement, agir globalement ».

  • Remember Baudrillard

    Serge Latouche

    • Fayard
    • 30 Janvier 2019

    Jean Baudrillard (1929-2007) appartient à la génération de la French Theory, à cheval entre post-marxisme et postmodernité. À la différence de ses contemporains philosophes et sociologues, il eut une trajectoire non conformiste. Il a traversé de manière flamboyante la sociologie, la linguistique, la sémiologie, la psychanalyse, l'anthropologie, et la philosophie, avec une agilité conceptuelle qui en déconcerta plus d'un. Dont Serge Latouche, qui le fréquenta jusqu'en 1976, avant que leurs routes ne se séparent. Il y a un mystère Baudrillard, du moins une fascination pour sa pensée et son écriture qui ne se laissent enfermer dans aucun système.
    Oublier Baudrillard  ? Cela pourrait être une tentation pour se conformer à son injonction, mais ce serait céder à tous les bien-pensants et esprits académiques qui ne pouvaient accepter sa liberté de critiquer.
    Se rappeler Baudrillard aujourd'hui, c'est exhorter à l'extrême lucidité, celle à laquelle l'auteur des Cool Memories s'est exercé toute sa vie durant. Une lucidité qui lui fit  annoncer et analyser, dès les années 1970, le monde dans lequel nous vivons  : terrorisme, hyperconsumérisme, artificialisation générale et triomphe du virtuel, simulacres, jeux médiatiques, immondialisation...
      Serge Latouche, professeur émérite d'économie à l'Université d'Orsay, objecteur de croissance, est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, Le Pari de la décroissance (Fayard), Pour une société d'abondance frugale et Petit traité de décroissance sereine (Mille et une nuits).
     

  • Pour Cornelius Castoriadis (1922-1997), nos sociétés sont des " institutions imaginaires " ; l'homme a oublié qu'il était lui-même à l'origine des lois qui les fondent (le divin, les ancêtres, l'économie...). Elles sont ainsi dépendantes des formes mêmes qu'elles ont créées. Ce n'est donc qu'en se reconnaissant comme auto-instituées et sources de formes nouvelles qu'elles pourront devenir autonomes.

    La force de la pensée de Castoriadis, nous dit Serge Latouche, est d'inciter au dévoilement de ces mythologies sociales qui sous-tendent l'ordre des choses. La déconstruction de l'idéologie de la croissance, du développement et du consumérisme/productivisme est désormais le préalable indispensable à l'institution - par l'éducation - d'une démocratie radicale fondée sur l'écologie. Une révolution dont le sujet ne peut être que la société tout entière.

  • Ce texte, édité en 1991, aux éditions de la Découverte n'a malheureusement rien perdu de son actualité, bien au contraire. Les tragiques événements qui nous sont rapportés quotidiennement nous le rappellent cruellement.
    Réactualisé et enrichi par l'auteur, qui a pris en compte les derniers développements des drames qui envahissent le monde, il porte un regard sans concession sur le délitement de nos sociétés.

    L'utilitarisme et l'économisme, propres à la civilisation matérialiste occidentale, tendent à uniformiser de plus en plus la société. Cette formidable machine à réduire les cultures, les modes de vie à des produits de consommation, est aussi une machine à exclure. Elle crée des naufragés du développement que l'on trouve partout : dans les banlieues des métropoles, dans les bidonvilles du tiers monde, dans les réserves où survivent les espèces humaines mal protégées en voie de disparition. C'est le monde des gagnants qui fabrique de plus en plus d'exclus.
    Face à ce « monde des gagnants », il existe une autre réalité pour les naufragés de cette société consumériste, ces exclus du système dans la « nébuleuse de l'informel ». En effet, la pratique économique reste profondément enchâssée dans un tissu de réseaux de solidarité et de réciprocité reconstruit sur de nouveaux imaginaires bricolés avec plus ou moins de bonheur.
    Cette tentative de recréation du lien social est source d'espoir : l'on peut entrevoir les prémices de ce que pourrait être l'après-développement, tel un véritable laboratoire des avenirs possibles.
    Devant les échecs patents de notre civilisation, il est primordial de remettre en perspective nos principales thèses philosophiques, économiques, anthropologiques et sociales et de changer de paradigme sur les notions de progrès et de développement. C'est un passage obligé et indispensable pour essayer de reconstruire un chemin nous menant à un monde postoccidental.

  • Au début des années 1930, lorsque Paul Valéry écrit l´une de ses plus fameuses phrases, « Le temps du monde fini commence », il constate que le temps de l´aventure, des découvertes des nouveaux continents et de leur conquête est terminé. Aujourd´hui, son expression « monde fini » nous renvoie à l´épuisement du monde, tout d´abord de son sol et de ses richesses minières et pétrolifères, à la pollution des eaux, de l´océan, de l´air... L´exploitation totale de notre biosphère ne peut plus être que l´annonce de la fin du monde. Si nous voulons éviter la catastrophe, il convient de rompre avec le projet de développement illimité que porte l´Occident et d´entrer dans une nouvelle ère : l´Âge des limites. Nous devons impérativement abandonner le programme formulé au XVIIe siècle par le philosophe anglais Francis Bacon : « Reculer les bornes de l´empire humain en vue de réaliser toutes les choses possibles. » C´était une illusion, dangereuse et destructrice. Serge Latouche montre comment le processus qui conduit à toujours repousser les limites se manifeste dans tous les domaines (non seulement économique et écologique, mais aussi politique et moral).

  • Croissance, croissance tel est le mot magique prononcé à satiété pour nous sauver des crises qui n'arrêtent pas de se succéder... Décroissance serait un gros mot à bannir, surtout à chaque élection ! Serait-ce la prétention de l'homme de croire qu'il peut exploiter la planète et ses congénères jusqu'à plus soif et qu'il a créé un modèle qui générera toujours plus de richesse, toujours plus de bonheur. Pourtant depuis les thèses de l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen, nous savons maintenant qu'un autre schéma de développement est possible, qui respecte tout à la fois l'environnement et l'homme.
    Serge Latouche défend depuis toujours cette démarche avec pertinence et talent. Ses chroniques, parues dans Politis et revues pour cet ouvrage, nous font prendre conscience de l'urgence et de la justesse de ses analyses. Il ne s'agit pas seulement d'adapter notre attitude face au dérèglement de notre société, mais il s'agit bel et bien de notre survie.

  • La planete uniforme

    Serge Latouche

    • Climats
    • 26 Octobre 2000

    Le terme de «mondialisation» - le plus souvent comme mot d'ordre et incantation - est désormais entré dans le langage courant pour désigner la soumission sans précédent de nos vies à l'emprise des marchés. Mais derrière des apparences nouvelles, symbolisées par l'essor de technologies spectaculaires - telles les autoroutes de l'information - on retrouve le mouvement qui, depuis plusieurs siècles, travaille à occidentaliser et uniformiser la planète.
    Afin de prendre la mesure des défis auxquels est confrontée l'humanité à l'aube du XXIe siècle, Serge Latouche interroge ici la nature exacte de ce processus et l'ambivalence profonde de son principal agent historique : l'Occident.
    Celui-ci ne détruit-il pas le reste du monde autant par ce qu'il lui donne que par ce qu'il lui prend ? Et n'est-il pas urgent de distinguer le combat légitime pour des valeurs universelles, c'est-à-dire réellement humaines, de cette volonté d'uniformiser la vie par le marché-roi, qui menace, à terme, de déconstruire les fondements mêmes de l'ordre humain ?
    Serge Latouche procède à une analyse lucide des illusions et impasses de la modernité. Tout en indiquant, au-delà du pessimisme de son constat, à quelles conditions et avec quels moyens, il demeure possible de résister à cet Ordre nouveau qui étend son ombre sur la planète.
    J.C. Michéa

  • En donnant à sa riposte aux attentats du 11 septembre le nom de code Enduring Justice (« Justice sans limites »), le gouvernement américain a mis le doigt, à son insu, sur l'un des problèmes fondamentaux de ce nouveau siècle : que signifie faire justice dans une économie mondialisée oe Aujourd'hui, l'échange social tend à être totalement absorbé par le trafic marchand. Le système économique, avec le renfort de la violence symbolique, a réussi à établir une fantastique domination imaginaire. Normalement, il n'aurait pas dû tenir face aux injustices criantes du monde, dont nombre de rapports statistiques annuels nous donnent la mesure. Et pourtant, contrairement aux prévisions de Marx, de Lénine, de Mao Tsé-tung, la révolution mondiale n'a pas eu lieu.
    La déconstruction du discours économique permet de mettre en évidence son amoralité, voire son immoralité. Tout souci de justice a été éliminé dans le fonctionnement de la société mondiale de marché. Le travail de décolonisation des esprits passe donc d'abord par la remise en cause d'une lecture exclusivement économique du monde. Après quoi il devient possible d'esquisser les traits de ce que pourrait être une société plus juste. C'est une gageure, mais c'est ce qu'exige la situation.

    Serge Latouche, professeur émérite à l'université Paris-Sud (Orsay), est spécialiste des rapports culturels Nord/Sud et de l'épistémologie des sciences sociales. Il a notamment publié L'Autre Afrique (Albin Michel, 1998), et La Déraison de la raison économique (Albin Michel, 2001).

  • Serge Latouche, professeur émérite d'économie, est le penseur le plus connu de la décroissance. Il est l'auteur de nombreux livres dont "Le Pari de la décroissance", "Petit Manuel pour une décroissance sereine". Dans ce livre, il explore les conditions de la construction d'une civilisation de sobriété choisie. Bref une alternative vitale à une société de consommation et à son attributprincipiel, le productivisme vouée à l'impasse.

  • La prégnance de l'économie sur la vie des hommes n'est pas plus à démontrer que leur morosité et leur souffrance. Comment s'est construit notre « imaginaire économique », notre vision économique du monde ? Pourquoi voyons-nous aujourd'hui le monde à travers les prisme de l'utilité, du travail, de la compétition, de la concurrence et de la croissance sans fins ? Nous avons inventé la valeur-travail, la valeur-argent, la valeur-compétition, et construit un monde où rien n'a plus de valeur mais où out possède un prix ? Au fil d'une passionnante mise en perspective historico-économique, Serge Latouche revient aux origines de cette économie que les premiers économistes appelaient la « science sinistre ». Servi par une brillante érudition économique et philosophique, cet ouvrage montre la manière dont s'est façonné notre obsession utilitariste et quantitative, et nous permet ainsi de porter un regard neuf sur notre monde.

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